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Accepter Déclin

Eric Lascelles shares his insights on U.S. monetary policy and the impacts of tariffs on the global economy. He discusses key themes such as trade policies, U.S. Federal Reserve decisions, inflation trends, and U.S. exceptionalism.

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Quelles sont vos perspectives pour l’économie mondiale ?

Eric Lascelles

Nous pensons que l’économie mondiale pourrait connaître une croissance assez lente au cours des prochains trimestres, mais qu’elle devrait pouvoir commencer à s’accélérer à partir de 2026. Pour l’heure, les droits de douane constituent l’enjeu fondamental et le principal obstacle car ils freinent la croissance. En plus d’être une source d’inflation supplémentaire. Et cet aspect devrait probablement dominer au cours des prochains trimestres. Mais si nous faisons porter notre regard plus loin, nous percevons des mesures de relance budgétaire aux États-Unis. En fait, nous observons un certain nombre de pays développés mettre en place leurs propres mesures de relance budgétaire. Une telle conjoncture offrirait donc des perspectives d’accélération. Nous estimons que les banques centrales sont encore largement en mode de baisse des taux, ce qui devrait également favoriser la croissance en 2026. Et bien sûr, nous ne devons pas oublier que les prix mondiaux du pétrole sont également en baisse. Ainsi, même si les droits de douane sont le thème dominant, il demeure que quelques facteurs favorables pourraient contribuer à stabiliser la situation et, à terme, permettre aux économies de progresser un peu plus rapidement. Quand je pense spécifiquement aux États-Unis, peut-être l’autre facteur à prendre en compte tient-il à l’importance considérable des dépenses d’investissement engagées par les leaders technologiques, notamment. Cela apporte une aide utile à un moment où d’autres aspects se butent à des vents contraires. En ce qui concerne le Canada, nous pensons bien sûr et surtout aux droits de douane. Mais la vraie question est de savoir ce qui se passera lors de la négociation de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) au cours de la prochaine année. S’il est probable qu’il soit maintenu sous une forme ou une autre, cette négociation pose un risque réel pour le Canada. S’agissant de la Chine, nous percevons indiscutablement certains défis en matière de démographie, de dette, de faiblesse du marché immobilier, etc. Sans parler de la question des droits de douane, bien évidemment. Mais, il faut le dire, la Chine semble diversifier assez bien ses échanges commerciaux, s’éloignant quelque peu des États-Unis. Ce qui est très utile. La Chine a engagé ses propres mesures de relance, ce qui est également bénéfique. Et surtout, la Chine semble innover, en créant de nouvelles technologies et de nouveaux produits qui, selon nous, lui permettront de continuer à progresser de manière plutôt satisfaisante, malgré une conjoncture mondiale relativement difficile. Sans vouloir pour autant mettre tous les autres pays du monde dans le même panier, puisqu’il n’y a pas lieu d’agir de la sorte, je dirais qu’il faut garder à l’esprit le fait que les dommages causés par les droits de douane devraient être relativement faibles pour la plupart des pays du monde. Ils pourraient donc être en mesure de surmonter cette crise un peu mieux que beaucoup pourraient ne l’imaginer.

Quels sont les impacts économiques des politiques tarifaires actuelles des États-Unis ?

Eric Lascelles

Les droits de douane demeurent le thème économique dominant. Et, de manière plus générale, les politiques publiques restent très pertinentes quant à ce qui concerne les perspectives économiques actuelles. Les taux des droits de douane américains sont légèrement supérieurs à ce que nous avions prévu. Nous estimons actuellement le taux moyen des droits de douane à environ 19 %. Nous avions pensé qu’il pourrait se stabiliser à quelques points de pourcentage en dessous de ce niveau. Il en résulte donc une légère aggravation des dommages potentiels. Et bien sûr, les droits de douane prennent deux formes très distinctes. La première vise uniquement les pays en tant que tels. Certains pays ont conclu des accords début août, d’autres non. Mais dans tous les cas, les pays sont touchés par des droits de douane assez importants sur ce front. L’autre aspect concerne les droits de douane sectoriels.

Il s’agit principalement des secteurs de l’acier, de l’aluminium, de l’automobile et du cuivre, mais d’autres pourraient également être touchés. Ces droits de douane ont un impact significatif. Ils devraient causer des dommages économiques et contribuer à l’inflation. Nous pensons que nous commençons déjà à en voir les effets sur ces deux plans. Avant d’aller plus loin, il convient de reconnaître l’existence de contestations juridiques importantes concernant une partie de ces droits de douane appliqués de manière générale à certains pays. Et, honnêtement, personne ne peut vraiment prédire si la Cour suprême les annulera ou non. J’ai consulté les marchés de paris. Ils sont actuellement à 50/50, il est donc difficile de se prononcer avec certitude. Je dirais simplement que si la Cour suprême devait annuler ces droits de douane, je ne pense pas pour autant que nous en aurions fini avec une telle avenue. En effet, la Maison Blanche dispose de suffisamment d’autres outils tarifaires pour atteindre plus ou moins ses objectifs, disons dans les six mois ou dans l’année qui suivraient. Il pourrait donc y avoir une certaine incertitude si ces droits de douane devaient être annulés. Mais en fin de compte, des droits de douane importants persisteront probablement pendant une période plus longue. Et quand on parle des dommages économiques qui en découlent, il est intéressant de noter qu’ils sont un peu moins importants que ce que l’on craignait initialement. Est actuellement engagé un débat qui consiste à déterminer si nous assistons tout simplement à un décalage ou si les dommages sont moins prononcés que prévu. Nous sommes d’avis qu’une partie de ces deux interprétations est vérifiée. Nous prévoyons une croissance économique relativement faible pendant quelques trimestres, alors que les dommages liés aux droits de douane se manifesteront plus clairement. Mais il semble tout de même que certains fabricants étrangers absorbent une partie du coût des droits de douane. Cela permet d’éviter que les consommateurs américains ne subissent de plein fouet les conséquences de ces droits de douane. Nous avons observé d’autres facteurs qui ont simplement contribué à la croissance, comme les baisses de taux de la Fed ou les dépenses supplémentaires en technologies de type IA. Voilà qui contribue à amortir le choc. Mais nous pensons toujours qu’un certain affaiblissement est à prévoir.

Quelles sont vos perspectives en matière d’inflation ?

Eric Lascelles

L’une des conséquences des droits de douane est la hausse des prix. Nous pensons que nous commençons à en voir les effets. Mais il me semble que la première chose à dire est que nous ne nous attendons pas à une inflation similaire à celle de 2021, 2022 ou 2023. À l’époque, l’inflation était de 8 ou 9 %, selon les pays. Nous pensons que nous parlons ici d’une inflation qui aurait pu atteindre les 2,5 % et qui, au lieu de cela, a brièvement atteint environ 3,5 %. Elle est donc plus élevée que souhaité, ce qui complique la tâche de la banque centrale et érode certainement le pouvoir d’achat dans une certaine mesure. Mais je pense qu’il est important de resituer cela dans son contexte, en termes d’ampleur des dommages qui pourraient survenir. Les prix sont plus élevés du simple fait qu’une part importante des droits de douane est généralement répercutée sur les consommateurs. Il s’agit donc simplement d’une hausse des coûts. Je noterai qu’il est intéressant de constater que les fabricants étrangers semblent absorber une partie de l’impact des droits de douane. Dans quelques secteurs, notamment l’industrie automobile, les fabricants nationaux en ont également absorbé une partie. L’effet ne se répercute donc pas entièrement sur les consommateurs. L’effet ne se reflète donc pas entièrement dans les prix à la consommation, mais nous commençons à en voir les effets. Fort heureusement, d’autres facteurs ont eu un effet compensatoire. Il se trouve, par un heureux hasard, que les prix du pétrole ont baissé. De la même façon, les coûts du logement, du moins l’inflation liée aux logements mesurée par l’IPC, ont également quelque peu reculé. Nous n’observons donc pas la reprise généralisée de l’inflation que nous redoutions. Si nous prévoyons tout de même une certaine inflation, interviennent certaines forces compensatoires utiles. Si l’on prend du recul par rapport aux États-Unis et que l’on considère le reste du monde, il faut reconnaître objectivement que les droits de douane ne sont probablement pas si inflationnistes. En effet, l’inflation à laquelle on pourrait s’attendre en théorie est généralement due au fait que les pays ripostent contre le pays qui leur impose des droits de douane. Or, nous avons constaté très peu de représailles. Seuls la Chine et le Canada ont brièvement réagi. Le Canada a considérablement reculé. Normalement, lorsque vous êtes frappé par des droits de douane, votre taux de change baisse. Cela ne s’est pas produit. En fait, les taux de change ont augmenté, ailleurs qu’aux États-Unis. À ce stade-ci, il ne semblerait donc pas que l’inflation doive être beaucoup plus élevée dans le reste du monde.

Les pressions politiques exercées sur la Fed entraîneront-elles des baisses de taux ?

Eric Lascelles

Il est actuellement question de la Fed et on s’attend à ce qu’elle abaisse ses taux à court terme. Je pense que cela se justifie largement d’un point de vue économique fondamental. Il est raisonnable de penser que l’économie américaine sera quelque peu affaiblie à court terme. Il est raisonnable de penser que l’inflation additionnelle due aux droits de douane sera temporaire. Mais il est indéniable qu’il existe un aspect supplémentaire, à savoir la pression politique réelle qui s’exerce actuellement sur la Fed pour qu’elle réduise ses taux plus qu’elle ne serait autrement encline à le faire. Et si l’on fait porter notre regard sur l’année à venir, il est plus que plausible qu’un certain nombre de votes supplémentaires du Comité fédéral de l’open market (FOMC) puissent s’aligner politiquement avec les vues de Maison Blanche. Cela suscite donc, me semble-t-il, une certaine inquiétude. Je dirais que nous ne pensons pas que la politique monétaire s’écartera complètement des fondamentaux. Nous pensons toutefois que cette pression supplémentaire pourrait entraîner une baisse un peu plus importante des taux d’intérêt, du moins à court terme, que ce ne serait le cas autrement. Je pense simplement qu’il y a toujours un débat sur le niveau approprié du taux des fonds fédéraux. Le taux actuel se situe probablement dans la fourchette moyenne à haute de ce que l’on pourrait considérer comme justifiable, compte tenu des circonstances actuelles. Nous nous situerons probablement dans la partie basse de cette fourchette appropriée. Nous ne nous éloignerons donc pas complètement des fondamentaux, mais nous tenterons un peu notre chance avec des taux légèrement plus bas. Il semblerait donc qu’une baisse assez importante des taux soit en cours. Je situerais cette question de manière plus générale en évoquant le fait la Fed est quelque peu politisée, et que cela plaide en faveur d’une légère baisse des taux à court terme, bien évidemment. Mais cela laisse aussi probablement entrevoir une légère hausse des taux à long terme, car il y a peut-être une légère perte de confiance à l’égard de la politique publique américaine. Une courbe de rendement plus prononcée pourrait donc se profiler à l’horizon. Un dollar légèrement plus faible pourrait être approprié. Et bien sûr, lorsque vous réduisez les taux d’intérêt plus que vous ne le feriez autrement, l’inflation devrait être un peu plus élevée que d’habitude. L’inflation et l’économie devraient également connaître une accélération temporaire, car les économies aiment les taux d’intérêt bas. Mais si cela n’est pas tout à fait fondé, vous risquez d’en souffrir un peu plus tard. La croissance à court terme sera donc un peu plus rapide, mais la croissance à long terme sera peut-être un peu plus lente de ce fait.

L’exceptionnalisme américain est-il en déclin ?

Eric Lascelles

Eh bien, l’économie américaine s’est longtemps comportée de manière assez exceptionnelle. C’est le pays qui détient la monnaie de réserve mondiale. Il a pu emprunter à des taux plus bas qu’il n’aurait pu le faire autrement. De ce fait, elle a été la plus dynamique des économies développées. Elle a également bénéficié du marché boursier le plus solide au cours des 15 dernières années environ. Et, bien sûr, elle a accueilli un grand nombre d’entreprises dynamiques et uniques. Cette économie a donc vraiment été exceptionnelle. Néanmoins, il semble que cet exceptionnalisme commence à s’éroder quelque peu. Il est possible d’évoquer certaines politiques économiques sous-optimales récemment mises en œuvre, notamment en ce qui concerne les droits de douane. Il est juste de dire que la situation budgétaire est désormais quelque peu précaire aux États-Unis. Le déficit est important, la dette est élevée et il n’y a pas vraiment de plan pour résoudre cela. La polarisation s’accentue aux États-Unis. La confiance internationale envers les États-Unis a également reculé dans une certaine mesure. Et, parallèlement, nous avons vu d’autres pays se développer dans une certaine mesure. La Chine, avec une économie en croissance assez rapide. Même des régions comme l’Europe, qui se sont peut-être réveillées suite aux événements récents, sont en mesure d’agir un peu plus rapidement. Il semble donc possible d’affirmer que l’exceptionnalisme économique américain est en train de s’estomper dans une certaine mesure. L’avantage des États-Unis en termes de croissance par rapport aux autres pays sera probablement un peu moins marqué. Nous prévoyons un affaiblissement progressif du dollar. Nous prévoyons des coûts d’emprunt à long terme qui seront probablement un peu plus élevés qu’ils ne le seraient autrement. Malgré tout, je tiens à dire que les États-Unis devraient rester quelque peu exceptionnels à un égard très important. Lorsque nous examinons les technologies critiques, celles qui sont susceptibles de stimuler la productivité et l’innovation et, en fin de compte, la croissance économique au cours des prochaines décennies, il est assez remarquable de constater à quel point les États-Unis sont à la pointe de ces technologies. Ainsi, qu’il s’agisse de l’intelligence artificielle, de l’informatique quantique, de l’espace ou des produits pharmaceutiques, les États-Unis se classent objectivement au premier rang dans tous ces domaines. Je ne voudrais certainement pas laisser sous-entendre que l’économie américaine est sur le point de perdre son caractère singulier. Elle demeure plutôt singulière, mais il se pourrait qu’elle perde un peu de son caractère exceptionnel et qu’elle soit un peu moins avantagée qu’elle ne l’a été au cours des dernières décennies.

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