Un récent voyage en Chine et à Hong Kong a révélé une région en pleine transformation. Des impressionnantes infrastructures de connectivité de Guangzhou à l’évolution du commerce de détail axé sur l’expérience à Shanghai, notre périple a mis en évidence l’accent stratégique mis par la Chine sur l’intégration régionale et le progrès technologique. La reprise postpandémique de Hong Kong était tout aussi frappante : les prix de l’immobilier ont rebondi et la ville a retrouvé sa vitalité caractéristique.
Principaux points à retenir
L’intégration régionale se renforce : la « Greater Bay Area » chinoise, une initiative stratégique visant à coordonner le développement économique régional, illustre les ambitions du pays en matière de connectivité. Nous sommes passés par la gare ferroviaire sud de Guangzhou, qui a accueilli 21,8 millions de voyageurs pendant la fête du Printemps de cette année1.
Une consommation axée sur l’expérience : en raison de l’importance accordée aux loisirs, les centres commerciaux et les détaillants restructurent leurs activités autour d’offres expérientielles. Au cours de notre voyage, nous avons appris que la demande de voyages est désormais motivée à près de 80 % par les loisirs, et c’est manifestement là que se trouvent les occasions futures pour les exploitants régionaux.
Les sociétés de qualité offrent des occasions : les entreprises bien gérées privilégient le rendement pour les actionnaires et génèrent une croissance durable. Il ne fait aucun doute que la Chine est en train de devenir un marché dans lequel fleurissent de plus en plus d’entreprises de grande qualité, ce qui renforce notre conviction que la recherche ascendante peut révéler des occasions intéressantes.
Les progrès de la robotique humanoïde : les fabricants chinois contrôlent désormais plus de 50 % du marché mondial des robots de collaboration, les entreprises mettant à profit leur expertise en matière de bras robotiques et d’interfaces cerveau-machine pour développer des composants de robots humanoïdes à forte valeur ajoutée.
La reprise à Hong Kong : les prix de l’immobilier se sont redressés depuis leur creux de 2025, et le volume des opérations est en forte hausse d’une année sur l’autre. Force est de constater que Hong Kong a repris de la vigueur après des années de restrictions sanitaires drastiques qui ont décimé les communautés d’expatriés.
La première étape de notre récent voyage était Guangzhou. Pour l’une des plus grandes villes de Chine, l’ambiance y était étonnamment détendue. Ce n’est pas seulement lié à sa silhouette, mais aussi au fait qu’une grande partie de la vie semble se dérouler en dehors du travail. Les rues longeant le fleuve étaient animées, bondées de gens qui se promenaient, dansaient et se rassemblaient dans des restaurants en plein air entre amis ou en famille. Les fameux « dai pai dong » de la ville lui confèrent une énergie qui semble davantage sociale que commerciale1.
Toutefois, ce qui distingue vraiment Guangzhou, c’est son rôle de ville majeure au sein de la Région de la Grande Baie de Guangdong-Hong Kong-Macao (Greater Bay Area ou GBA) en Chine. L’envergure et l’efficacité de la gare sud de la ville, le plus grand carrefour ferroviaire à grande vitesse du sud de la Chine, nous ont immédiatement impressionnés et ont donné le ton à notre visite.
Comptant parmi les gares les plus fréquentées de Chine, elle a accueilli 21,8 millions de voyageurs pendant les 40 jours de la fête du Printemps de cette année2, avec des trains partant toutes les minutes aux heures de pointe, à l’instar du métro londonien, mais sans saturation.
À plus grande échelle, la GBA est une initiative stratégique visant à coordonner le développement économique régional pour une population de 88 millions d’habitants et un PIB de 15 000 milliards de RMB (2024)3. La construction de cette région économique vise à promouvoir un développement axé sur l’innovation en tirant parti des atouts globaux de ces villes, réputées pour leurs services financiers, leurs capacités de production, leur innovation et leur rôle de plaques tournantes. Au-delà du soutien général des politiques gouvernementales mises en place, la création de valeur dépend fortement de la robustesse du système d’infrastructure.
Il est clair que Guangzhou mise avant tout sur la connectivité, tant sur le terrain qu’en ce qui concerne son développement régional au sein de la GBA.
Shanghai
Shanghai dégageait une énergie tout à fait différente, avec un rythme plus effréné. De retour dans une ville que nous avions visitée à plusieurs reprises au cours des deux dernières années, nous avons remarqué que l’aéroport comptait bien plus de voyageurs et que les quartiers du centre comptaient davantage de touristes étrangers que lors de nos précédentes visites en janvier. Dans les rues et dans les centres commerciaux, il était évident que les restaurants, les cafés, les boutiques de thé au lait et les expositions éphémères attiraient les foules, les gens venant souvent simplement flâner et profiter de ce qui les entourait.
Ce qui nous a particulièrement frappés, c’est la manière dont les centres commerciaux ont réorganisé leurs locataires et réaménagé l’emplacement des magasins afin de refléter la tendance de consommation de plus en plus axée sur l’expérience qui se dessine dans le pays. Les magasins de détail s’inscrivent également dans cette tendance en adaptant leur format pour créer des espaces permettant aux consommateurs de profiter pleinement de leur expérience de magasinage.
Cette évolution corrobore les discussions que nous avons eues avec un hôtelier de premier ordre et une plateforme d’agents de voyages en ligne durant ce voyage ; ceux-ci nous ont dit qu’en Chine, la demande de voyages est maintenant axée à 70 %-80 % sur les loisirs. Cela contraste fortement avec la composition du marché américain, où les voyages d’affaires occupent une place prépondérante. Cet accent sur les loisirs explique pourquoi tout l’écosystème a été conçu autour de l’« expérience », et c’est manifestement là que se trouvent les futures occasions pour les exploitants régionaux.
Nous avons passé la semaine à rencontrer les équipes de direction de divers secteurs. Nous avons notamment rencontré les représentants de plusieurs sociétés chinoises de premier plan dans les secteurs de la consommation, de l’exploitation minière et de la technologie. Nous constatons de plus en plus que la qualité des entreprises qui émergent en Chine mérite une plus grande attention.
Certaines entreprises bien gérées accordent une plus grande importance au rendement pour les actionnaires et à la génération d’une croissance durable des bénéfices, et bon nombre d’entre elles disposent de véritables avantages concurrentiels et d’une affectation du capital plus rigoureuse. La Chine est en train de devenir un marché où émergent de plus en plus d’entreprises de qualité élevée, et nous pensons qu’une analyse ascendante peut révéler des occasions intéressantes malgré les préoccupations géopolitiques et macroéconomiques descendantes.
L’un des thèmes récurrents de notre voyage a été la visibilité croissante de la course à la suprématie en IA de la Chine. Des publicités pour des agents conversationnels et des services infonuagiques d’entreprises comme Alibaba et ByteDance apparaissaient fréquemment dans les aéroports et les pôles de transport, placées dans des zones très achalandées. Nos entretiens avec les principales sociétés Internet chinoises ont confirmé un point récurrent : l’IA est devenue un domaine de concurrence essentiel. C’est aussi un sujet d’intérêt majeur pour les investisseurs qui suivent ce secteur.
Les sociétés Internet nous ont indiqué que la concurrence s’était estompée au cours de la dernière décennie dans tous les secteurs verticaux et qu’elle devenait plus saine, en particulier à la suite des récentes enquêtes antitrust.
Deux aspects positifs sont apparus : premièrement, l’écosystème Internet mature de la Chine a favorisé l’émergence de comportements de consommation distincts, ce qui pourrait influencer la façon dont les perturbations liées à l’IA se manifesteront par rapport à l’Occident. Deuxièmement, la concurrence a évolué, s’éloignant des modèles technologiques axés sur les subventions et sur l’efficacité. ByteDance s’est imposé comme l’acteur le plus disruptif dans les secteurs verticaux : commerce électronique, livraison de repas, services infonuagiques et assistants virtuels s’appuyant sur l’IA.
En ce qui concerne les perturbations liées à l’IA, nous avons constaté que les sociétés Internet et les développeurs d’IA semblent avoir des points de vue assez divergents. Les sociétés Internet préfèrent créer leurs propres écosystèmes fermés, en conservant les opérations au sein de leurs plateformes et en s’associant à des acteurs comme les sites de voyages pour leur offre. Elles se concentrent sur le développement de leurs propres modèles d’IA en interne, afin de les intégrer parfaitement à leurs services existants. Les développeurs d’IA voient les choses autrement. Ces entreprises considèrent l’IA comme la prochaine grande occasion de croissance, maintenant que l’essor d’Internet a ralenti. Elles affirment que les agents conversationnels sont surtout efficaces pour générer du trafic. En effet, comme on peut facilement passer de l’un à l’autre, les sociétés Internet peuvent difficilement en générer des revenus. Les développeurs d’IA estiment aussi qu’une adoption plus généralisée de l’IA entraînera des changements organisationnels et des gains d’efficacité importants à tous les niveaux des entreprises.
L’évolution de la robotique humanoïde constitue elle aussi une occasion intéressante. Nous avons rencontré deux entreprises axées sur les principaux éléments du « corps », l’une spécialisée dans les bras et l’autre dans les mains. Chacune d’elles exploite des capacités existantes distinctes pour en tirer un avantage concurrentiel.
Les cobots (robots de collaboration) se distinguent des bras industriels traditionnels par leur plus petite taille, leur plus grande flexibilité et leur capacité de travailler aux côtés des humains sur des tâches de fabrication dynamiques. Le marché des cobots connaît une croissance constante avec un taux de pénétration encore inférieur à 10 %, ce qui laisse entrevoir un potentiel d’expansion considérable. Les acteurs chinois représentent plus de 50 % du marché mondial4. Les capacités éprouvées des bras robotisés des principaux fabricants de cobots, déjà utilisées dans de multiples domaines, leur permettent de tirer pleinement parti de cette expertise pour la transposer dans des applications de robots humanoïdes.
L’autre entreprise applique une intelligence inspirée du cerveau à des mains bioniques intelligentes extrêmement performantes. Ses systèmes permettent un contrôle à plusieurs degrés de liberté au moyen d’interfaces cérébrales artificielles non invasives, ce qui la positionne favorablement pour des applications plus larges dans le domaine des robots humanoïdes. Le marché plus large de l’intelligence inspirée du cerveau est considérable, avec des applications majeures dans les soins de santé et les technologies grand public, mais il présente des barrières à l’entrée élevées en raison des exigences de précision médicale.
Cela représente un créneau relativement unique dans la chaîne de valeur de la robotique humanoïde, avec peu de concurrents comparables. Ensemble, ces exemples soulignent la position de chef de file de la Chine dans la robotique humanoïde, non pas dans le domaine des composants commodisés, mais dans celui des composants corporels à forte valeur ajoutée et aux barrières à l’entrée élevées, un domaine où la différenciation technique est la plus facile à défendre.
Hong Kong
Dans la lignée du thème de l’efficacité que nous avions déjà remarqué à Guangzhou, notre trajet de 90 minutes seulement jusqu’à Hong Kong s’est avéré agréable. Le train était propre, ponctuel et efficient. Assis là, à observer le paysage changer d’une ville à l’autre, nous avons pu constater à quel point l’amélioration des liaisons avait redessiné la GBA, rendant ainsi la vision plus large de l’intégration plus tangible et plus concrète.
Nous avons conclu notre mission de recherche par une importante conférence sur l’investissement à Hong Kong. Pendant près de trois ans, la ville a subi certaines des restrictions liées à la COVID-19 parmi les plus strictes au monde : les frontières étaient contrôlées, la quarantaine dans les hôtels s’est étendue jusqu’à trois semaines au plus fort de la pandémie, les restaurants fermaient à 18 h et la communauté d’expatriés s’était considérablement réduite – les familles préférant s’installer à Singapour ou à Londres plutôt que de subir une nouvelle période d’isolement. Le dynamisme qui avait toujours caractérisé Hong Kong s’était estompé au point de rendre la ville presque méconnaissable.
Aujourd’hui, la transformation est saisissante. En parcourant la ville, il nous est apparu évident que Hong Kong avait retrouvé son dynamisme à bien des égards : les prix de l’immobilier ont commencé à rebondir après le creux du marché en 2025, le volume des opérations est en forte hausse d’une année sur l’autre, et nos collègues du bureau de Hong Kong ont confirmé ce que les rues révélaient déjà : la ville reprend vie.
Ce voyage nous a également donné l’occasion de passer du temps en personne avec nos collègues de Hong Kong, de prendre des nouvelles, d’échanger des points de vue sur les marchés et de discuter des thèmes observés dans l’univers des marchés émergents, où l’Asie continue de représenter la majeure partie de nos occasions de placement.