Eric Savoie analyse les prévisions concernant les mesures d’assouplissement de la Fed, les rendements des titres à revenu fixe et la résilience des marchés boursiers en 2026, malgré les pressions liées aux valorisations.
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Quelle direction les taux d’intérêt américains prendront-ils en 2026 ?
Eric Savoie
Nous traversons une période des plus singulières pour l’élaboration de prévisions en matière de taux d’intérêt. Le contexte actuel est complexe, notamment pour la Fed, en raison d’une dynamique de forces opposées liées aux droits de douane. D’un côté, ceux-ci accentuent les pressions inflationnistes, mais de l’autre, ils pèsent en quelque sorte sur l’économie.
Dans ce contexte, la Fed doit accomplir une tâche ardue : prendre une décision unique, à savoir déterminer la politique de taux d’intérêt, afin de répondre à ces forces qui évoluent actuellement en sens opposé. Ainsi, la Fed a déjà procédé à plusieurs baisses de taux.
Le fait le plus marquant du dernier trimestre a été la reprise du cycle de réduction des taux d’intérêt de la Fed, après une interruption qui avait duré toute l’année. Elle a donc abaissé ses taux de 25 points de base en septembre, puis de nouveau en octobre et en décembre. Dans sa dernière communication, la Fed a laissé entendre qu’elle se considère désormais en bonne position pour examiner attentivement les nouvelles données et ajuster ses évaluations à chaque rencontre.
Je retiens de la dernière mise à jour que la Fed pourrait marquer une pause pour l’instant, mais surtout, qu’elle conserve la latitude nécessaire pour prendre ses décisions selon l’évolution des données. Nous nous attendons donc toujours à ce que la Fed procède à deux nouvelles baisses de taux au cours de la prochaine année. C’est ce qui est pris en compte par les marchés, et nous continuons donc à anticiper une poursuite du cycle d’assouplissement des taux. Toutefois, il convient peut-être de modérer un peu les attentes quant à l’ampleur de cet assouplissement au cours de l’année à venir. Il est important de noter que la trajectoire des taux d’intérêt n’est pas prédéterminée. Bien entendu, si l’économie s’affaiblit plus que prévu, l’assouplissement pourrait être un peu plus marqué.
En revanche, si l’économie résiste mieux que prévu et que les pressions inflationnistes restent plus tenaces, la Fed pourrait retarder de nouvelles baisses de taux. Notre scénario de base prévoit donc deux baisses au cours de l’année à venir, mais nous verrons ce que les données indiquent.
Que nous réservent les marchés des titres à revenu fixe l’an prochain ?
Notre point de vue sur les obligations d’État diffère un peu de celui sur les taux d’intérêt à court terme. Alors que nous anticipons une poursuite de la baisse des taux d’intérêt à court terme, en particulier aux États-Unis, nous pensons que les taux des obligations à long terme resteront plutôt stables aux niveaux actuels, avec une possibilité de légère hausse.
En effet, même si nos modèles prévoyaient une baisse des taux obligataires cette année ou pendant quelques années encore, un des facteurs qui freinent cette baisse est l’inquiétude liée aux niveaux de la dette publique. Les gouvernements ont été prompts à dépenser massivement pour financer la relance budgétaire, et cela ne se limite pas aux États-Unis ; on observe ce phénomène partout dans le monde.
En fait, les taux des obligations d’État ont fluctué dans une fourchette relativement étroite jusqu’à présent cette année. À environ 4 %, le taux des obligations américaines à dix ans se situe près de la limite inférieure de la fourchette. Toutefois, nous ne prévoyons pas de baisse significative des taux obligataires tant que les inquiétudes liées à la dette publique persistent. Ainsi, selon nous, les investisseurs en titres à revenu fixe pourraient obtenir des rendements inférieurs à 5 % ou semblables à ceux des liquidités sur le marché des obligations d’État au cours de l’année à venir.
Ces rendements pourraient être légèrement supérieurs si l’économie se révélait plus faible que prévu. Par contre, si les pressions inflationnistes demeurent élevées, ils pourraient être un peu inférieurs. Bien entendu, les investisseurs en titres à revenu fixe pourraient se tourner vers le marché des obligations de sociétés pour obtenir un rendement un peu plus élevé. Mais même là, les écarts de taux entre les obligations de sociétés et les obligations d’État sont plus faibles que jamais depuis la crise financière mondiale.
On ne peut donc pas espérer un rendement supplémentaire marqué en acceptant ce risque de crédit. Naturellement, les investisseurs pourraient penser que, compte tenu de l’étroitesse actuelle des écarts, ceux-ci pourraient s’élargir. Cependant, nous n’observons pas de conditions favorables à un élargissement soutenu des écarts de crédit à partir de maintenant. Les entreprises restent fondamentalement solides, leurs bilans sont sains et les ratios de couverture des intérêts sont plutôt robustes. Ce contexte d’écarts très restreints pourrait donc persister très longtemps. Il conviendrait donc de se montrer un peu plus prudent dans la prise de risque du côté des sociétés, étant donné la faible rémunération supplémentaire offerte pour ce risque.
Les marchés boursiers poursuivront-ils leur tendance haussière en 2026 ?
Les marchés boursiers ont connu une très bonne année jusqu’à présent. Et c’est assez remarquable : au début de l’année, si vous aviez demandé à quelqu’un quelles étaient ses attentes pour le marché boursier et lui aviez présenté tous les risques auxquels il ferait face (droits de douane, paralysie du gouvernement, risques géopolitiques et autres facteurs défavorables), puis ajouté que le marché dégagerait des rendements à deux chiffres, beaucoup auraient été surpris. Mais voici ce que nous constatons : le S&P500 a progressé de 15 %, 16 % jusqu’à présent cette année, ce qui constitue un rendement très solide. Cependant, la véritable bonne nouvelle se situe hors des États-Unis : les actions mondiales ont enregistré une hausse encore plus marquée.
Nous avons observé des rendements allant de 20 % à 30 % depuis le début de l’année sur de nombreux marchés boursiers hors des États-Unis. La question est donc : cette tendance pourra-t-elle se poursuivre en 2026 ? Nos attentes pour l’année à venir ont été légèrement revues à la baisse, pour tenir compte du fait que les actions ont déjà enregistré une progression très forte.
Les valorisations ont ainsi augmenté non seulement aux États-Unis, mais partout dans le monde. Les valorisations des sociétés technologiques américaines à mégacapitalisation demeurent notre principale source de préoccupation. D’autres marchés se sont également renchéris en raison de cette forte hausse.
Le marché boursier canadien, par exemple, est devenu plutôt cher, tout comme le marché boursier japonais. Ainsi, le potentiel de rendement dans ces marchés a diminué, avec des rendements attendus d’environ 5 % pour les actions nord-américaines et japonaises. Toutefois, en dehors de ces marchés, des segments boursiers continuent d’offrir un potentiel de rendement intéressant et des valorisations attrayantes.
Les marchés européens et les marchés émergents, par exemple, se négocient encore à des niveaux attrayants, en deçà de la juste valeur estimée par notre modèle. D’un point de vue fondamental, les perspectives à l’approche de 2026 sont donc très solides. Les bénéfices devraient continuer de croître à un rythme supérieur à 10 % aux États-Unis comme au Canada. Une mise en garde s’impose, toutefois : à ce stade, une grande partie de ces bonnes nouvelles, ou de ces attentes positives, est déjà intégrée dans les cours des actions.
Il est donc tout à fait possible que les actions poursuivent leur progression, tant que l’enthousiasme des investisseurs se maintient. Il convient toutefois de souligner qu’au vu du niveau élevé des valorisations, toute déception sur le plan des bénéfices ou de l’économie pourrait rendre les actions vulnérables.
Les valorisations élevées vous préoccupent-elles ?
Les perspectives de bénéfices des sociétés du S&P 500 sont plutôt favorables. Les analystes tablent sur une croissance des bénéfices de 13 % à 14 % en 2026 pour l’indice S&P 500. Et cela, après une année 2025 marquée elle aussi par une croissance des bénéfices supérieure à 10 %. La question est donc de savoir comment ce niveau pourrait persister, surtout dans un contexte où la croissance économique prévue n’est que d’environ 3 % à 4 % (en valeur nominale).
En fait, la réponse repose sur les marges bénéficiaires. Les marges bénéficiaires ont continué de croître jusqu’à présent cette année, et on s’attend à ce qu’elles poursuivent leur hausse en 2026. Cela donne un bon coup de pouce aux perspectives de bénéfices. La raison pour laquelle les marges pourraient augmenter tient à la baisse des taux d’intérêt, qui favorise la rentabilité des entreprises.
À cela s’ajoutent aussi les avantages offerts par l’intelligence artificielle. Ainsi, il n’y a pas que les sociétés d’IA qui bénéficient de ce contexte. Pensez également à toutes les entreprises qui intègrent l’IA dans leurs activités pour réduire les coûts ou accroître la productivité. Par conséquent, les marges bénéficiaires s’élargissent, non seulement dans le secteur technologique, mais aussi dans d’autres secteurs. Si cette expansion des marges se poursuit l’an prochain, la croissance économique pourrait alors atteindre de 4 % à 5 %, ce qui se traduirait par une croissance des bénéfices supérieure à 10 % pour le S&P.
C’est ainsi que l’on arrive à ces prévisions. Pour ce qui est des perspectives de rendement des principaux marchés mondiaux, rappelons qu’une grande partie de ces attentes positives est déjà intégrée dans les cours. Si les bénéfices devaient croître de plus de 10 %, le point de départ élevé des valorisations laisse prévoir des rendements de l’ordre de 5 % pour le S&P 500 et d’un peu moins de 10 % pour les autres marchés.
Dans l’ensemble, le rendement des marchés boursiers devrait s’établir entre 5 % et 9 % au cours de l’année à venir.
Comment avez-vous positionné votre composition de l’actif dans le contexte actuel ?
En matière de composition de l’actif, nous cherchons à établir un équilibre entre les risques et les occasions à court terme sur le marché, tout en tenant compte du potentiel de rendement à long terme des différentes catégories d’actif. À l’heure actuelle, notre composition de l’actif est relativement proche d’une position neutre. Ainsi, si la pondération neutre en actions est de 60 %, nous nous situons actuellement à 61 %.
Nous surpondérons donc légèrement les actions, tout en sous-pondérant légèrement les titres à revenu fixe, à 37 % contre une pondération neutre de 38 %. Notre position a légèrement changé par rapport au trimestre précédent. Il y a trois mois, notre pondération en actions était de 62 %. Nous avons donc réduit légèrement notre surpondération en actions dans ce contexte, en partie en raison de la forte progression des actions.
Le rapport risque/rendement sur le marché boursier ne semble plus aussi attrayant qu’au début de l’année. Nous en avons tenu compte en réduisant légèrement notre exposition. Dans le volet des actions, nous avons également réajusté certaines pondérations régionales. Nous avions délaissé l’Amérique du Nord au profit des marchés internationaux, où les valorisations boursières nous semblaient plus intéressantes.
Ce trimestre, nous avons légèrement ajusté ces placements. Nous avons réduit la sous-pondération en Amérique du Nord, et, par conséquent, la surpondération ou la préférence pour les actions internationales a également diminué. Cette décision vise à ne pas trop sous-pondérer le marché des sociétés américaines à grande capitalisation. Nous reconnaissons l’important dynamisme positif dans le secteur de l’IA, ainsi que chez les sept magnifiques, ces sociétés technologiques américaines à mégacapitalisation.
Même si nous avons certaines inquiétudes concernant les valorisations, nous reconnaissons qu’à court terme, le dynamisme positif pourrait prévaloir. Ce ne sont là que quelques-uns des ajustements que nous avons apportés au cours de la dernière année. Dans l’ensemble, nous estimons que cette composition de l’actif – avec une légère surpondération en actions et une légère sous-pondération en obligations, tout en restant proche d’une position neutre – nous place dans une bonne posture pour tirer parti de la volatilité ou des occasions qui pourraient se présenter si les conditions venaient à évoluer.