Eric Savoie explique en quoi les tensions géopolitiques en Iran créent de l’incertitude sur les marchés et évalue leur incidence probable à court terme. Il présente également ses perspectives sur les taux d’intérêt, les titres à revenu fixe, les actions et les stratégies de répartition d’actifs dans le contexte macroéconomique actuel.
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Transcription
Eric Savoie, CFA, CMT, Premier Stratégiste, Placements
Quel est l’impact de la guerre en Iran sur les marchés financiers ?
La guerre en Iran introduit assurément un nouveau risque ou une nouvelle incertitude dans nos hypothèses de base pour l’économie et les perspectives pour l’année à venir. Je dirais qu’elle élargit l’éventail des résultats potentiels, tant négatifs que positifs, qui entourent notre scénario de base. Et cela, principalement parce que l’Iran est un important fournisseur d’énergie pour le monde entier. Ainsi, si le conflit en Iran s’étend sur une longue période et a des répercussions importantes sur le prix du pétrole, il affectera l’inflation et peut-être les dépenses de consommation, et pourrait en fin de compte peser sur la croissance économique en général. Bien sûr, au moment où nous enregistrons, beaucoup de questions restent sans réponse. Nous ne savons pas si ce conflit s’intensifiera davantage, ni s’il sera de courte durée ou s’il se prolongera.
C’est pourquoi j’aime revenir sur l’histoire et me poser la question suivante : comment les marchés financiers ont-ils réagi par le passé lorsque nous avons connu une intensification des conflits géopolitiques ? Généralement, la réaction du marché à ce genre d’événements ou d’interventions militaires est plutôt modérée et souvent de courte durée. Nous avons donc examiné les événements remontant jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Notre ensemble de données comprend 42 événements. En moyenne, l’indice S&P 500 a reculé d’environ 3 % sur une période de cinq jours et a récupéré toutes ses pertes dans les douze jours suivant l’événement. La plupart du temps, l’impact n’est donc pas si important. C’est ce que l’on constate actuellement, du moins jusqu’à présent. Ce qui se passe reflète les moyennes observées par le passé. Bien entendu, les manchettes domineront l’actualité à court terme, et provoqueront peut-être beaucoup plus de volatilité sur les marchés financiers et attiseront la peur des investisseurs. Mais je pense qu’il est également important de ne pas perdre de vue le fait que cette situation trouvera probablement une issue.
Bien sûr, nous ne savons pas quand cela se produira ni sous quelle forme. Cependant, à un moment donné, cette situation s’atténuera, prendra peut-être fin, et les investisseurs porteront alors leur attention sur des facteurs plus importants pour les perspectives à long terme de la macroéconomie, qui, pour l’instant, semblent plutôt prometteuses. Nous bénéficions de facteurs favorables grâce à l’intelligence artificielle, les banques centrales ont assoupli leur politique monétaire et les gouvernements ont pris des mesures de relance budgétaire. Exception faite de la situation en Iran, tous ces facteurs témoignent d’un contexte macroéconomique favorable.
Quelles sont vos perspectives pour les taux d’intérêt ?
En ce qui concerne l’année à venir, les banques centrales devraient marquer une pause, du moins dans un avenir proche. Mais en ce qui concerne la Fed en particulier, nous pensons qu’elle pourrait reprendre ses baisses de taux au second semestre. Ce qui complique un peu la situation à court terme, c’est que le conflit au Moyen-Orient a fait bondir les prix du pétrole ici à court terme. Si les prix de l’énergie restent élevés pendant une période prolongée, cela pourrait donc limiter l’ampleur de la baisse des pressions inflationnistes. Et cela pourrait avoir une incidence sur la décision de la Fed de réduire ou non les taux à court terme. Cependant, nous pensons toujours, et le marché partage cet avis, que dans le courant de l’année, les tensions inflationnistes s’apaiseront suffisamment pour permettre à la Fed de reprendre ses baisses de taux. Le marché anticipe des baisses de 25 à 50 points de base au cours des 12 prochains mois. Nos prévisions vont dans ce sens.
Voilà donc ce que nous prévoyons pour la Fed. Cependant, nous pensons que les banques centrales au Canada et en Europe ont atteint la fin de leur cycle de baisse des taux, et nous ne prévoyons aucun changement dans ces régions au cours des 12 prochains mois.
Quelle est votre opinion au sujet des titres à revenu fixe ?
Sur le marché des titres à revenu fixe, et plus particulièrement sur le marché des titres d’État, nous avons observé de fortes fluctuations des rendements, car les investisseurs intègrent diverses conséquences liées à la croissance mondiale et à la politique budgétaire. Ils songent aussi aux niveaux élevés d’endettement des gouvernements dans le monde. Et plus récemment, à la recrudescence des risques géopolitiques. D’ailleurs, le conflit en Iran a entraîné une légère remontée des rendements au cours des dernières semaines, car les investisseurs ont intégré une prime d’inflation un peu plus élevée en raison de la flambée des prix de l’énergie, qui pourraient rester élevés si le conflit dure. Selon notre point de vue et nos modèles, les rendements des obligations d’État devraient se situer entre 1 % et 5 % au cours de l’année à venir.
Par ailleurs, nous pensons que l’évaluation et le risque d’évaluation sur le marché des titres à revenu fixe d’État sont relativement limités. Nous ne nous attendons donc pas à ce que les rendements connaissent une hausse soutenue et durable sur un horizon prévisionnel d’un an. Parallèlement, de nombreuses pressions limitent ou pourraient limiter la capacité des rendements à baisser de manière significative à court terme, simplement en raison de l’importance des mesures de relance budgétaire et du poids élevé de la dette publique. Les rendements restent donc un peu plus élevés. Nous prévoyons donc que les rendements des obligations d’État resteront stables ou augmenteront légèrement au cours de l’année à venir, ce qui se traduira par des rendements compris entre 1 % et 5 % pour les titres à revenu fixe d’État. Les investisseurs pourraient toutefois bénéficier d’un potentiel de rendement légèrement supérieur s’ils se tournent vers les obligations de sociétés, de catégorie investissement ou à rendement élevé. Cependant, les écarts sont actuellement à des niveaux historiquement bas, n’offrant qu’un très faible rendement supplémentaire par rapport au risque de défaillance des entreprises.
À l’heure actuelle, on observe une légère tension dans certains segments du crédit, principalement le crédit privé. Nous observons également une tension un peu plus marquée dans le secteur des logiciels. Il n’y a pas nécessairement de signes de tensions systémiques et généralisées sur le marché du crédit. Les écarts des obligations de sociétés de catégorie investissement restent donc très proches de leurs creux historiques. Ainsi, selon nous, même si les investisseurs pourraient obtenir un rendement légèrement supérieur sur le marché des obligations de sociétés, le rapport risque-rendement n’est pas particulièrement attrayant. En ce qui concerne la répartition d’actifs, nous recommandons une exposition légèrement plus faible aux marchés du crédit dans ce contexte.
Quel est votre point de vue à l’égard des actions ?
Le conflit au Moyen-Orient complique assurément les perspectives des marchés boursiers à très court terme. Mais je crois que si on met de côté ce conflit, sans pour autant minimiser les risques qui y sont associés, et si l’on prend un peu de recul pour examiner les perspectives à long terme des marchés boursiers, je pense que celles-ci sont plutôt favorables. Les bénéfices des entreprises devraient continuer de croître à un rythme très rapide. Par exemple, aux États-Unis, les analystes tablent toujours sur une croissance des bénéfices d’environ 15 % en 2026, puis 15 % supplémentaires en 2027. C’est un contexte très favorable à la croissance économique. Cette croissance est en grande partie alimentée par tous les investissements dans l’IA. Il ne s’agit pas seulement des investissements, mais aussi des gains de productivité qui en découlent. Ainsi, nous observons des choses très intéressantes sur les marchés boursiers en ce qui concerne l’IA. Nous avons constaté une forte rotation au sein des marchés, car les investisseurs commencent à distinguer les gagnants et les perdants dans ce domaine. Ce n’est donc pas une situation gagnante pour tout le monde.
Bien sûr, certaines entreprises font des investissements considérables, de l’ordre de centaines de milliards de dollars, mais chaque dollar dépensé par ces entreprises constitue un revenu pour une autre entreprise. Ce que l’on observe sur les marchés boursiers, c’est que les entreprises qui participent au développement de l’IA, c’est-à-dire celles qui fournissent les puces ou l’infrastructure liée à la construction des centres informatiques, ou l’énergie nécessaire pour alimenter ces centres, tirent énormément profit de ce contexte. Cependant, il y a aussi des perdants, en particulier dans le secteur des logiciels, où certaines entreprises sont fortement perturbées par l’IA. Pensez à une entreprise dont l’une des principales compétences est de fournir une solution logicielle qui, du jour au lendemain, est automatisée par l’IA. Son chiffre d’affaires est alors gravement menacé.
On observe donc un écart de rendement important entre les gagnants et les perdants sur le marché boursier. Selon moi, c’est un thème important qui devrait se confirmer au cours des prochains mois et trimestres. Dans l’ensemble, nous estimons toutefois que cette situation est plutôt favorable pour la croissance des bénéfices des sociétés. Pas seulement pour les entreprises de technologie, mais pour toutes les entreprises qui adopteront ces outils d’IA. Lorsque nous examinons les cours, ou ce qui est pris en compte dans le marché pour tenter de repérer les occasions, surtout du point de vue de la répartition d’actifs, nous constatons que les marchés boursiers sont devenus nettement plus chers. Non seulement aux États-Unis, mais aussi dans le monde entier. Les actions se situent dans la limite supérieure de leur fourchette historique aux États-Unis, mais aussi au Canada et au Japon.
Dans ces régions, le potentiel de rendement serait donc légèrement inférieur. En revanche, dans d’autres régions du monde, au Royaume-Uni, en Europe, et en particulier dans les marchés émergents, les évaluations restent inférieures à ce que suggèrent nos modèles. Nous tablons donc sur des rendements compris entre 5 % et 9 % sur l’ensemble des marchés boursiers mondiaux pour l’année à venir. Il faut noter que les rendements les plus élevés devraient être enregistrés en dehors de l’Amérique du Nord.
Comment avez-vous positionné votre composition de l’actif dans le contexte actuel ?
Pour définir notre répartition d’actifs, quel que soit le contexte, nous tenons compte de l’ensemble des risques et des occasions qui s’offrent à nous, ainsi que des défis qui se profilent à l’horizon. Bien sûr, il y a actuellement beaucoup d’incertitude pour diverses raisons, la plus importante étant la guerre en Iran. C’est pourquoi nous aimons construire un portefeuille qui nous semble capable de résister à toutes sortes de scénarios.
Bien entendu, pour l’instant, notre scénario de base prévoit que le conflit au Moyen-Orient aura peu d’incidence sur les perspectives économiques à long terme en matière de croissance, de taux d’intérêt et d’inflation. Cependant, il constitue un risque important à court terme. Dans notre scénario de base, l’économie poursuivra sa croissance. Nous prévoyons que la Fed sera en mesure de reprendre ses baisses de taux au second semestre de 2026. Dans ce contexte, les titres d’État à revenu fixe devraient offrir un potentiel de rendement compris entre 1 % et 5 %. Les perspectives de rendement sont donc relativement faibles du côté des titres à revenu fixe. Du côté des actions, le potentiel de rendement devrait être légèrement supérieur, de l’ordre de 5 % à 9 %. Cet écart entre les titres à revenu fixe et les actions n’est pas particulièrement important pour l’instant, donc la prime de risque des actions n’est pas très attrayante. Dans ce contexte, il ne nous semble pas judicieux d’avoir des expositions au risque significatives. Une légère exposition au risque nous satisfait. Nous avons donc une surpondération de 1 % en actions. Nous sommes à 61 %, contre notre position neutre de 60 %. Notre recommandation pour les titres à revenu fixe est de 37 %, contre une position neutre de 38 %.
Cependant, là où nous avons apporté un changement au trimestre dernier, et où nous voyons davantage d’occasions, c’est au niveau de la répartition régionale au sein des différents marchés boursiers. Le potentiel de rendement ou la prime de risque entre les actions et les obligations sont faibles, mais nous voyons davantage d’occasions dans les écarts de rendement entre les régions. À l’heure actuelle, nous sommes moins optimistes à l’égard du marché boursier américain, simplement parce qu’il est très cher, et plus optimistes quant à d’autres segments du marché, à savoir les actions internationales. Au cours du dernier trimestre – et nous avions déjà adopté cette orientation il y a un trimestre – nous avons décidé d’accroître notre sous-pondération en actions américaines et d’affecter le produit aux marchés internationaux. Nous avons ainsi augmenté notre surpondération au Canada, au Japon, en Europe et sur les marchés émergents.