Dans cet épisode, Grace Xiang, gestionnaire de portefeuille institutionnel, s’entretient avec Andrew Sweeney, premier directeur général et gestionnaire de portefeuille institutionnel, PH&N Institutionnel. Ensemble, ils se penchent sur les nombreux défis auxquels les fonds de dotation et les fondations font face depuis quelques années dans le domaine des placements – de la volatilité des marchés et de l’inflation sans précédent aux nouvelles exigences réglementaires – et discutent de stratégies pratiques pour constituer des portefeuilles résilients qui servent les missions à long terme des organismes sans but lucratif.
Voici quelques sujets abordés dans cet épisode :
Les défis récents des organismes sans but lucratif dans le domaine des placements, notamment le rendement inférieur des gestionnaires actifs, les contraintes liées aux liquidités sur les marchés privés, ainsi que la communication efficace avec les parties prenantes.
Le fait que, pour les organismes sans but lucratif, le risque va au-delà de la volatilité et du risque de baisse, et englobe le risque de liquidité, le risque lié à la mission, la séquence des rendements et les considérations réputationnelles.
L’importance de bien évaluer les besoins en liquidités et les exigences de distribution lorsqu’on opte pour des marchés privés.
Le « paradoxe du rendement » et la façon d’envisager la réussite du point de vue des objectifs de placement plutôt qu’en fonction des étalons du marché.
Les approches de répartition stratégique d’actifs visant à atteindre les objectifs de rendement supérieurs que bon nombre d’organismes sans but lucratif doivent désormais adopter afin de préserver leur pouvoir d’achat, de faire croître leur portefeuille et de respecter des contingents de versements accrus.
Temps d'écoute : {{ formattedDuration }}
Transcription
Bonjour à tous et bienvenue à ce nouveau balado Le pouls du secteur institutionnel, dans lequel nous abordons des sujets intéressants et pertinents pour nos investisseurs institutionnels. Je m’appelle Grace Xiang, et c’est moi qui vous présenterai l’épisode d’aujourd’hui. Pendant de nombreuses années, le plus grand défi des investisseurs dans les fonds de dotation et les fondations consistait simplement à obtenir des rendements stables à long terme. Puis, les choses se sont compliquées au cours des dernières années avec la pandémie mondiale, l’inflation, la hausse des taux, le chaos géopolitique, et pour ajouter un peu de piment à tout cela, les contingents de versement ont augmenté.
Pour aider nos auditeurs à comprendre le quotidien de nos clients et répondre à certaines questions pressantes de nombreux investisseurs, j’ai invité mon collègue Andrew Sweeney à me rejoindre aujourd’hui. M. Sweeney est premier directeur général et gestionnaire de portefeuille chevronné au sein de l’équipe PH&N Institutionnel, et je tenais vraiment à ce qu’il se joigne à moi aujourd’hui, car non seulement il est un vétéran du secteur, mais il a aussi occupé plusieurs postes au fil des ans, notamment en tant que membre du conseil d’administration et que gestionnaire de portefeuille. Il était aussi présent à des événements où il a posé beaucoup de questions difficiles ou y a répondu dans de nombreux contextes de marché différents.
Bienvenue M. Sweeney. Je suis ravie de vous accueillir ici aujourd’hui.
Merci, Mme Xiang. Je suis heureux d’être ici. Je pense que nous avons un excellent sujet très intéressant à aborder.
C’est fantastique. M. Sweeney, cela fait longtemps que vous travaillez avec des organismes sans but lucratif. Comme je viens de le mentionner à nos auditeurs, vous avez siégé à des conseils d’administration et à des comités des placements. Vous avez également géré des portefeuilles et aidé nos clients à surmonter des conditions de marché assez épineuses. Cela éveille donc ma curiosité. Pouvez-vous nous donner certains thèmes récurrents et préoccupations qui ont été abordés lors de ces réunions ces dernières années ?
En effet, on dirait que les investisseurs qui, auparavant, se demandaient comment faire fructifier le portefeuille se posent désormais la question « Est-ce la bérézina ? ».
Oui, Mme Xiang, voilà une excellente question. Au cours des quatre ou cinq dernières années ont défilé toute une série de problèmes. Je pense notamment aux questions soulevées récemment à propos du rendement de la gestion active qui a pataugé pour surpasser les indices. Cette difficulté a commencé dans les marchés boursiers mondiaux, mais au cours des 18 derniers mois, elle s’est propagée au marché boursier canadien.
Les clients ou les investisseurs se posent la question : « Pourquoi faut-il adopter une stratégie de gestion active si les gestionnaires de celle-ci ne sont pas à la hauteur ? Voilà donc un problème qui, selon moi, a vraiment secoué les investisseurs au cours des dernières années. L’autre question qui se pose concerne la répartition des marchés privés.
Donc, si l’on en revient à 2022, je pense que c’est ce qui a établi le contexte à l’époque. On a alors assisté, et cela semble lointain alors que ce n’est pas vraiment le cas, à une période de repli tant des actions que des obligations. Et c’était vraiment une mauvaise passade pour les portefeuilles des particuliers. Les investisseurs ont alors cherché à savoir s’ils disposaient d’autres options pour réduire le risque de baisse.
Souvenez-vous, en 2022, les gens évoquaient la mort du portefeuille 60/40. Dans ce contexte, nous avons vu beaucoup d’investisseurs accroître leurs placements sur les marchés privés. Le capital-investissement faisait parler de lui, les affectations à des titres de dette privée devenaient très populaires. Mais à l’heure actuelle, en 2026, nous constatons que le marché des titres de créance privée comporte ses défis discutés sous toute leur couture, en ce qui concerne certains des prêts et la mise en place de suspensions par plusieurs fonds.
Par conséquent, la pression en faveur d’une diversification accrue sur les marchés privés il y a quatre ans a créé un problème de liquidité assez pressant dans les portefeuilles des clients. On en finit donc jamais. Aujourd’hui, il s’agit principalement de la gestion active des marchés publics, et à un niveau secondaire, de la liquidité, ou plutôt de l’illiquidité des marchés privés.
Demain, quelque chose d’autre surviendra. Il y a toujours un problème qui surgit. Je suppose que ce ne sera jamais un long fleuve tranquille.
Oui, c’est bien vrai. Et c’est très instructif, M. Sweeney. J’aimerais définitivement creuser certains des problèmes d’aujourd’hui. Il semble que beaucoup d’organisations se posent irrévocablement des questions fondamentales à propos de leurs portefeuilles. Nous savons pertinemment que leurs tâches ne deviennent pas plus faciles, alors qu’ils tentent de trouver un équilibre entre leurs besoins immédiats et leurs objectifs à long terme.
Alors que les marchés continuent de connaître le genre de sautes d’humeur observées dernièrement, et bien sûr, en parlant de relever des défis complexes, vous avez participé récemment à titre d’orateur à des conférences sur les fonds de dotation et les fondations, et quand j’ai discuté avec des clients qui ont assisté à ces événements, ils semblaient être interpellés par ceux-ci.
Vous avez discuté du risque dans votre présentation, et dans le domaine des placements, nous parlons habituellement du risque tel que celui de la volatilité du marché. Et vous savez à quel point nos graphiques ressemblent aux dessins de mon fils de trois ans, surtout au cours des derniers mois. Mais pour les investisseurs sans but lucratif, nous savons que le risque comporte en fait beaucoup plus de nuances que cela. Pouvez-vous donc développer un peu le sujet pour nos auditeurs ?
Oui, je pense que cette question du risque a tout son attrait car, dans le secteur des placements, nous déterminons le risque en quelques chiffres, principalement la volatilité, qui est l’écart type des rendements. Nous examinons aussi le risque de repli ou de baisse, que les actuaires ont même baptisé fort bien.
Ils l’appellent la VAR conditionnelle 95. Et pour nous, le risque concerne vraiment l’un de ces deux chiffres. En prenant toutefois du recul et en réfléchissant aux risques pour les fondations, on constate que ces deux risques sont réels pour elles. Mais le risque va beaucoup plus loin. Il s’agit vraiment d’une perspective à multiples facettes.
Je dirais que le risque d’une fondation est souvent lié à celui d’échec de sa mission. L’un des besoins observés chez les fondations concerne la répartition de leurs besoins de financement, que ce soit pour les soins de santé, les services sociaux ou l’éducation. Elles financent ces besoins. Un risque se pose toutefois. Les entreprises peuvent-elles financer ces besoins en période de récession ? Y a-t-il des choses qui nuiront à leur risque réputationnel ou à leur capacité, p. ex., un déficit de financement ? En réalité, le risque pour ces organisations donc est assez large. J’ai utilisé l’expression « à multiples facettes » plus tôt. Je pense qu’elle décrit très bien ceci. Parfois, ce type de genre d’incohérence survient dans notre monde : le risque est vraiment lié à ces deux paramètres que nous modélisons et qui découlent de la théorie moderne du portefeuille.
Le risque que court une fondation est en réalité plus large et beaucoup plus nuancé. Ceci rend donc parfois la discussion très intéressante parce que tous ces risques différents peuvent se répercuter sur une organisation. Le secteur des placements cible en réalité une gamme beaucoup plus restreinte de risques tout en délaissant parfois une partie du contexte qui est vraiment très importante pour ces organisations.
Oui, absolument. Je pense comme vous qu’il s’agit d’une distinction très importante. En effet, pour ces organisations, le risque ne se limite pas à enregistrer des pertes comptables. Elles ont une répercussion énorme sur la vie réelle. Vous avez mentionné plus tôt le risque de liquidité, et nous savons pertinemment que celui-ci est un grand sujet de préoccupation pour beaucoup de nos clients.
Nous avons constaté que les investisseurs sans but lucratif ont fortement augmenté leurs placements dans des stratégies des marchés privés portant notamment sur l’immobilier, les infrastructures, le capital-investissement, etc. Comme vous l’avez mentionné plus tôt, cet ajout visait un rendement et une stabilité supplémentaires. Bien sûr, plusieurs de ces stratégies ont tendance à très bien se prêter à la modélisation dans le cadre d’un exercice d’optimisation de portefeuille. Mais je pense que la leçon tirée des dernières années est que ces modèles ne prennent pas en compte un risque bien réel d’immobiliser le capital au moment où les organisations en ont le plus besoin.
Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet et sur la façon dont les investisseurs devraient concilier leur besoin de rendements stables et leurs considérations liées à la liquidité ?
Oui. La question concernant la liquidité est vraiment très importante. Une fois de plus, c’est l’un des éléments qui ne font pas nécessairement partie des mesures du risque lié à la volatilité et à la baisse. Quoi qu’il en soit, c’est un risque réel. Parfois, je pense que les investisseurs n’accordent pas autant d’importance au risque d’illiquidité, surtout parce qu’il est plus difficile à évaluer que les autres risques.
Ce n’est pas qu’il soit moins important, il est simplement plus difficile à mesurer. Il n’est pas obtenu à partir d’une formule mathématique. Ainsi, comme je l’ai mentionné au début, l’une des constatations observées depuis les dix dernières années, et qui s’est accélérée en 2022 est cette adoption d’une prime d’illiquidité. Cette prime existe depuis de très nombreuses années. Il s’agit en fait d’une prime de risque assez fiable pour les investisseurs disposant d’un horizon à long terme.
Les investisseurs qui ont donc un horizon de placement à très long terme ont souvent investi dans des secteurs comme le capital-investissement, l’immobilier, les infrastructures, et, dernièrement, dans les titres de créance privée. Ces catégories d’actifs présentent toutes des caractéristiques vraiment positives. Par exemple, vous êtes généralement rémunéré en contrepartie de l’illiquidité. Mais comme je le rappelle toujours aux gens, l’illiquidité est un bogue, et non une caractéristique.
Elle n’est pas souhaitable. C’est quelque chose qui, si vous disposez d’un long horizon de placement et que vous en obtenez une rémunération, représente une prime de risque intéressante. Mais dans les faits, je pense que les gens sous-estiment le risque qu’elle implique. C’est un constat de nos jours. Nous le voyons chez de très grands fonds de dotation aux États-Unis qui ont investi bien plus de 50 % de leurs avoirs dans des titres illiquides.
P. ex., le capital-investissement, les fonds de couverture, l’immobilier et les infrastructures, ce type d’actifs. Quoi qu’il en soit, ces fonds constatent que les temps ont changé et qu’ils ont besoin de liquidités. Nous les voyons donc contraints de vendre des positions secondaires de capital-investissement ou d’essayer d’obtenir des liquidités en devant renoncer à un gain potentiel.
Pour cet exercice d’équilibriste intéressant, je pense qu’il est important que les investisseurs à long terme tiennent compte de cette prime de risque en particulier. Elle constitue un merveilleux élément de diversification. Un bon élément à ajouter à votre portefeuille. Mais je pense que les gens doivent faire preuve d’une prudence extrême face à l’illiquidité qu’ils adoptent, parce qu’en réalité, ce n’est pas gratuit.
C’est un risque que vous prenez et pour lequel vous devez être rémunéré. Je pense que parfois les gens sous-estiment leurs besoins de liquidités jusqu’à ce qu’ils se rendent compte de ceux-ci dans un contexte de marché très difficile où la liquidité fait défaut. C’est donc l’une des choses auxquelles, je pense, les gens doivent réfléchir à l’avance et accorder une certaine importance, au lieu de ne pas s’en préoccuper et d’espérer que tout va bien se passer ou simplement de supposer qu’ils vont obtenir la liquidité dont ils ont besoin à tout moment. Ce n’est ordinairement pas la manière dont les marchés fonctionnent habituellement lors d’un événement quelconque.
Oui, voilà un cadre très pratique, M. Sweeney. Il semble donc qu’il faut être proactif, au lieu d’être réactif, dans la gestion de ses placements sur le marché privé et, surtout, de les lier à ses besoins de financement. Et je pense que cela fait référence à quelque chose d’assez fascinant que vous avez mentionné à deux reprises lors des deux dernières conférences auxquelles nous avons assisté.
C’est le concept du paradoxe du rendement : le rendement annuel médian du portefeuille moyen était de 15 % en 2025, selon le dernier sondage sur les fonds de dotation et les fondations canadiens, ce qui me semble assez impressionnant. Nous entendons toutefois maintenant dire que les conseils d’administration et les donateurs exercent une surveillance accrue et sont moins satisfaits. Pouvez-vous m’aider à en comprendre le pourquoi ? Cela ne me paraît pas très logique.
Oui, j’aime ce concept du paradoxe du rendement qui fait en sorte que des organisations et même des gens sont logés à la même enseigne ; ils atteignent leur objectif de placement. La plupart des gens se fixent comme objectif de placement de surpasser l’inflation d’un certain montant. Pour une fondation, on pense souvent au taux de financement, au taux de décaissement imposé par l’ARC, en plus du niveau d’inflation et peut-être d’un petit coussin de sécurité.
Elle a donc un taux de rendement cible. En période de vigueur des marchés, elle le dépasse parfois de façon assez importante. Vous avancez donc le chiffre d’une fondation moyenne ou médiane en 2025 : un taux de l’ordre de 15 points de pourcentage. Personne n’a d’objectif de rendement de 15 %. Ordinairement, je pense que les gens cherchent à réaliser 7 ou 8 % à long terme.
Les fondations ont donc une belle longueur d’avance sur leur référence. Et pourtant, puisqu’elles sont à la traîne des indices de référence des marchés publics, les gens sont frustrés par leur rendement. Nous observons des cas où les gens sont mécontents alors que l’on a atteint son objectif de placement. Et les donateurs de se demander : « Pourquoi vous donnerais-je mon argent ? Je vais faire mieux encore, et je vous ferai un don ultérieurement. Je vais conserver mes placements dans les actions. Et vous savez quoi ? Je vais faire mieux que vous. » Nous recevons des questions. Nous le constatons souvent lorsque les conseils d’administration posent des questions au comité des placements ou aux gestionnaires pour leur demander, par exemple, pourquoi ils n’obtiennent pas de meilleurs résultats.
Il est donc très ironique de constater que les organisations réalisent leur mission. Le portefeuille de placements réalise exactement les objectifs de la mission de l’organisation qui étaient fixés. Cependant, il pourrait être à la traîne des indices de référence des marchés publics, et créer ainsi des défis. L’un de nos sujets de conversation fréquents concerne donc la question de la communication avec les donateurs et les parties prenantes, et le fait que ces fondations indiquent très clairement ce qu’elles font et ce qu’elles ne font pas.
Je pense que les communications constituent un élément vraiment très important, pour s’assurer que les gens comprennent qu’il se peut que la fondation n’ait pas le portefeuille le plus dynamique parce qu’elle veut préserver le capital en cas de baisse. Cela signifie qu’elles risquent de tirer de l’arrière en période de forte embellie du marché. Cela ne veut pas dire pour autant que le portefeuille ne fonctionne pas.
On peut donc dire que la communication est une solution possible. Mais le problème avec ce genre de choses est identique à celui des investisseurs individuels. C’est ce que les enfants appellent la peur de passer à côté. La crainte de rater une occasion que votre portefeuille se porte bien. Et on se rend compte que ses voisins font encore mieux.
Je pense qu’il est vraiment important d’en revenir aux principes de base et de définir l’objectif de placement qu’on essaie d’atteindre, et de se demander si notre portefeuille fonctionne de la manière prévue. Et, dans bien des cas, les portefeuilles des fondations sont conçus pour adopter une stratégie défensive en période de repli, au lieu d’être un portefeuille le plus performant dans un marché très vigoureux.
C’est un paradoxe fascinant qui ferait croire au bonheur universel. Mais, vous savez, le portefeuille fonctionne bien... Et pourtant personne n’est content.
Vous venez d’aborder ici quelques questions très importantes, M. Sweeney. Selon moi, la manière dont un investisseur sans but lucratif définit le succès est la question à un million de dollars. J’aime beaucoup la façon dont vous avez présenté ce concept, car il donne à la mission une place centrale, au lieu de simplement rechercher le rendement du marché et d’essayer de surpasser une sorte de référence conceptuelle.
Pour ce qui est de la réalisation de certains des objectifs que vous venez d’aborder, je pense que l’une des principales décisions que doivent prendre les OSBL concerne la structure de leur approche de placement. Les gestionnaires actifs ont connu plusieurs années vraiment difficiles, en particulier ceux qui utilisent une approche fondamentale ascendante. C’est aussi l’un des défis évoqués plus tôt.
Comment nos clients devraient-ils envisager le rôle de la gestion active et évaluer leurs gestionnaires actifs ? En effet, cette question revient sans cesse au cours des réunions du comité des placements.
Oui, la question des gestionnaires actifs est vraiment difficile à aborder pour les clients, a fortiori pour les fondations et les fonds de dotation. Comme vous l’avez dit, la période que nous venons de traverser a donné du fil à retordre aux gestionnaires actifs. Un tel épisode n’avait plus été observé depuis 25 ans. En fait, cela renvoie, à mon avis, à ce qui s’est produit lors de la bulle technologique de 1999 et de 2000, où bon nombre des mêmes arguments ont été avancés sur la mort de la gestion active et sur les raisons pour lesquelles les gestionnaires actifs n’arrivent pas à suivre ? À ce moment-là, je pense que les gestionnaires actifs qui s’en tenaient à leur discipline, qui ont continué de faire ce qu’ils ont toujours fait, ont finalement eu gain de cause en obtenant des rendements nettement supérieurs. Je pense au début des années 2000. Il s’agissait d’une sorte d’âge d’or où la gestion active, qui avait été considérée comme dépassée en 1999 et en 2000, a tenu le coup et produit de très, très bons résultats pendant longtemps, plusieurs années. Je pense que cela renvoie à certains des éléments de ma réponse à la question précédente sur le paradoxe du rendement. À mon avis, les propriétaires d’actifs ou les fondations doivent vraiment réfléchir à ce qu’ils souhaitent réaliser avec leur portefeuille, c.-à-d. les résultats qu’ils souhaitent obtenir.
On constate souvent qu’ils ont besoin de détenir des actions parce qu’il s’agit souvent de l’une des principales sources de rendement à long terme d’un portefeuille. C’est donc un bloc fonctionnel très important. Mais un portefeuille structuré, disons, comme un portefeuille à faible volatilité ou de qualité a, par sa nature même, tendance à tirer de l’arrière en période de forte vigueur des marchés. Il s’agit donc de reconnaître le rôle d’un gestionnaire ou d’une stratégie en particulier dans votre portefeuille, en veillant à ce que le gestionnaire fasse ce que vous lui avez demandé et ce pour quoi vous l’avez embauché, et à ce qu’il ne s’écarte pas de la discipline qu’il est imposé ou de son style de gestion.
Je crois qu’il faut reconnaître que les marchés sont relativement efficaces. Il n’est donc pas facile d’obtenir des rendements supérieurs. Cependant, au fil du temps, les gestionnaires actifs ont obtenu des rendements supérieurs dans la plupart des catégories d’actifs, y compris les actions. Il faut toutefois passer par un cycle complet. À mon avis, la difficulté à l’heure actuelle tient au fait que les marchés ont connu une envolée continue au cours des dernières années.
Les gestionnaires actifs ont donc vraiment la vie dure. Mais je pense qu’en cas de repli ou de ralentissement cyclique, on verra probablement que les gestionnaires actifs ont de bien meilleures chances de faire mieux. Je crois que les investisseurs ou les fondations qui conservent une gestion active seront récompensés pour leur patience.
Quoi qu’il en soit, j’ajouterais que les marchés ont, au cours des derniers mois, et ce, même les six derniers mois, vraiment mis à rude épreuve la patience des gens et leur aptitude à garder les nerfs solides pour garder le cap avec les gestionnaires actifs qu’ils ont peut-être embauchés bien avant.
Voilà des informations vraiment utiles, M. Sweeney. Je pense aussi qu’il est bon de rappeler à nos auditeurs qu’il ne s’agit pas seulement d’essayer de surclasser le marché. Il y a aussi beaucoup d’autres facteurs importants à prendre en compte, p. ex., la protection contre les baisses, la gestion des risques, et le simple fait d’éviter une dépréciation permanente du capital, surtout pour les fondations qui investissent. Car, vous savez, bon nombre de ces organisations ne se contentent pas d’investir pour aujourd’hui.
Dans les faits, elles le font pour soutenir leurs missions dans un horizon de 50 ou 60 ans. Bien entendu, ce tour d’équilibriste ne fait que se compliquer. Pensez à tout ce que les investisseurs sans but lucratif ont dû surmonter depuis quelque temps. Comme vous l’avez mentionné plus tôt, les obligations et les actions avaient toutes deux reculé en 2022, une période pourtant récente.
Par conséquent, tous nos acquis sur la diversification cessaient de s’appliquer. Et, vous savez, cette année-là, l’inflation a atteint, je pense, 8,4 %. Pour couronner le tout, le contingent des versements est passé de 3,5 % à 5 %, ce qui a fondamentalement modifié l’équation financière pour ces organisations. Si ces investisseurs ont besoin de préserver leur pouvoir d’achat, de faire croître leur portefeuille et de couvrir leurs dépenses, ils doivent viser un rendement cible d’au moins 7 à 8 %. Voilà une cible selon moi élevée dans le contexte actuel de valorisations élevées et d’incertitude. Cela étant dit, que conseillez-vous, M. Sweeney, pour résoudre le casse-tête de la répartition d’actifs qui permettrait à ces investisseurs d’atteindre leurs objectifs ?
Les deux éléments que vous avez soulignés sont, je pense, très importants : l’augmentation du contingent des versements de 3,5 % à 5 % change vraiment la donne financière d’une fondation. Et puis l’expérience que nous avons connue en 2022, des marchés défavorables et une inflation élevée simultanée. Ces deux éléments ont à mon avis sonné l’alarme pour les fondations au fur et à mesure de leur évolution.
Les chiffres de l’ordre de 7 à 8 % que vous avez avancés sont en réalité les cibles à atteindre : mettons un contingent des versements de 5 %, possiblement un taux d’inflation à long terme de 2 à 2,5 %, et un léger degré de protection, et nous finissons par nous retrouver dans cette fourchette de 7 à 8 %. Comment un investisseur ou une fondation peut-il construire un portefeuille lui permettant d’atteindre cet objectif ?
Eh bien, je pense qu’il faut passer en revue toute la boîte à outils et examiner toutes les catégories d’actifs disponibles susceptibles d’atteindre vos objectifs. Je pense que le deuxième élément consiste à ne pas nécessairement s’attarder aux rendements rétrospectifs, mais plutôt aux rendements prospectifs. En ce qui concerne les rendements rétrospectifs, ceux des actions ont été fantastiques contrairement aux obligations qui n’ont pas été particulièrement utiles.
Mais sur une base prospective, je pense que les titres à revenu fixe peuvent jouer un rôle assez important, car les taux obligataires ont atteint un point où ils procurent un certain rendement. Contrairement à ce qui s‘est passé avant et pendant la COVID-19, je pense qu’à un moment donné, des obligations d’une valeur de 15 000 milliards de dollars enregistraient des taux négatifs. À l’heure actuelle, qu’il s’agisse des obligations d’État canadiennes, des obligations du Trésor américain ou des obligations d’autres pays du G7, celles-ci ont toutes dégagé un rendement en revenu raisonnable.
Je pense que les titres à revenu fixe sont donc par où il faut commencer. Il faudra un rendement supérieur à celui que ceux-ci peuvent offrir. Ils ne vont pas vous donner 7 ou 8 %. Mais si on commence à superposer différents types de stratégies de crédit, comme c’est souvent le cas au Canada, p. ex. les titres de créance multiactifs, qui sont en fait un panier de plusieurs stratégies de crédit mondiales tout-en-un, on peut alors obtenir des rendements très utiles. Je pense que les marchés privés jouent un rôle important. Nous avons déjà parlé du capital-investissement et des titres de créance privée. Mais je pense que l’infrastructure et l’immobilier peuvent désormais générer de très bons rendements. L’immobilier a donné du fil à retordre au cours des cinq dernières années.
Les rendements rétrospectifs ne sont pas excellents, mais les rendements prospectifs sont bien meilleurs. Enfin, le dernier élément consiste à obtenir des rendements des marchés boursiers. Même si ces derniers sont généralement chers, tout portefeuille de placements aura besoin d’investir dans des actions de sociétés ouvertes pour générer ces rendements. Je dirais, au vu des hypothèses sur les marchés des capitaux, de prendre en compte les actions américaines sur la base de leurs résultats. En effet, elles ne figurent pas vraiment dans l’extrémité inférieure de la fourchette des rendements.
Cependant, les occasions ne manquent pas, notamment au niveau des actions canadiennes, européennes et, en particulier, des marchés émergents. Alors, je pense que ce qui compte, c’est que la façon de résoudre cette énigme ou cette difficulté d’obtenir des rendements appropriés tout en prenant des risques raisonnables exige simplement de la créativité dans un large éventail de catégories d’actifs, où votre portefeuille est exposé à plusieurs primes de risque différentes. Il n’y a donc pas que les marchés boursiers et les titres à revenu fixe, mais aussi le crédit et certaines primes d’illiquidité dans plusieurs catégories d’actifs privés. Il faut vraiment élaborer un portefeuille équilibré qui est exposé à un large éventail de catégories d’actifs. Et je pense, compte tenu de notre vision du monde, qu’il est possible d’atteindre un rendement de 7 % à 8 % pour ceux qui font preuve d’une certaine créativité et qui sont prêts à explorer un large éventail de catégories d’actifs.
Oui. M. Sweeney, je crois que cela me rappelle vraiment la conversation très récente avec nos clients lors de laquelle nous avons passé en revue leur portefeuille, la répartition de l’actif et l’exercice d’optimisation. Nous avons alors mentionné qu’il ne s’agit pas de créer un portefeuille qui aurait produit les meilleurs résultats au cours des dix dernières années, mais plutôt de s’assurer que le client peut atteindre ses objectifs à l’avenir.
J’aime beaucoup la façon dont vous avez établi ce cadre pour répondre à cet enjeu de taille, parce qu’il prépare ces organisations à réussir à très long terme. Mais vous savez, même lorsque les organisations parviennent à bien répartir leur actif, elles doivent encore gérer une complexité d’un autre niveau. Et, vous savez, la complexité constitue assurément la thématique d’aujourd’hui.
Et ces organismes sans but lucratif ont une tâche difficile à accomplir. Nous savons qu’elles doivent non seulement mettre en balance leurs objectifs financiers, mais aussi être redevables face à de nombreuses parties prenantes. On parle ici du concept de communication que vous avez mentionné auparavant, comme l’obligation d’expliquer les résultats aux conseils d’administration, à leurs comités et aux donateurs.
Parfois, j’ai l’impression qu’expliquer les résultats de placement ressemble vraiment à juger un chef, peut-être une bouchée à la fois, alors qu’au bout du compte, personne ne se soucie de savoir si votre recette est géniale quand le marché vous sert un trimestre exécrable. Donc, réussir à faire passer ce message est vraiment crucial. Quel conseil donneriez-vous donc à ces organisations pour trouver un juste équilibre entre la transparence sur un contexte de marché difficile et les résultats des placements, et le maintien de la confiance des parties prenantes ?
Oui. L’enjeu de la communication, que nous avons abordé plus tôt, est un élément vraiment crucial. Il revêt toute son importance pour les organismes sans but lucratif, les fonds de dotation et les fondations, qui ont un large éventail de parties prenantes, de donateurs, de membres des conseils d’administration, de membres de la collectivité, etc. Je crois que l’un des éléments clés est que la véritable valeur ajoutée d’un comité des placements ne se résume pas nécessairement à ses performances dans un marché haussier, mais plutôt dans un marché baissier. C’est là que se situe le véritable test : pouvez-vous accomplir votre mission, comme nous l’avons décrit plus tôt, en période de ralentissement économique ? Car la réalité est que les besoins financés par l’organisation ne risquent pas de diminuer en période de crise, qu’il s’agisse de soins de santé, d’éducation ou de volets sociaux.
Ainsi, pour que ces organisations puissent prospérer en période de replis ou du moins surmonter ceux-ci, la question est de savoir comment il faut élaborer le portefeuille pendant les phases de hausse. Ensuite, il faut s’assurer de pouvoir maintenir le cap pour ce portefeuille. C’est donc là que la communication entre véritablement en jeu. Je pense qu’il est capital que les conseils d’administration et les comités des placements expliquent clairement leur stratégie d’investissement – qu’ils puissent définir précisément dans quels types de marchés ils réussiront et dans quels types de marchés, ils s’en sortiront moins bien.
Souvent, cela signifie que les rendements nominaux seront très robustes dans un marché haussier, sans pour autant parvenir à reproduire nécessairement les indices de référence des marchés publics ou les indices de référence que nous avons observés. On en revient donc à la gestion du paradoxe du rendement que nous avons évoqué auparavant. Je sais que pour les directeurs des placements, l’un des éléments vraiment clés de cette communication avec leurs clients, ces conseils d’administration et ces comités des placements, est en quelque sorte un bulletin de rendement ou un tableau de bord, permettant de détailler précisément les différents éléments.
Ainsi, on pourrait avoir une coche verte indiquant que l’organisation atteint ou dépasse son objectif d’investissement – c’est-à-dire cette cible de 7 à 8 % qu’elle vise. Quand vous obtenez 15 %, une grande coche verte s’affiche. Ensuite, on pourrait avoir des coches jaunes pour des choses qui fonctionnent tant bien que mal. Et pour être tout à fait honnête, il y aura aussi des croix rouges.
Ce pourrait être le cas du rendement des gestionnaires actifs qui sont à la traîne en période de forte embellie des marchés. Mais je pense que la communication et la communication des attentes – c’est-à-dire des attentes raisonnables – constituent des éléments vraiment très importants pour conserver le soutien des gens et s’assurer de leur compréhension. À l’inverse, comme vous l’avez mentionné, concernant la transparence, je pense que les gestionnaires présentent souvent les rendements fonds par fonds.
Je pense qu’il est important qu’un comité des placements ou un groupe de surveillance comprenne cela. Mais pour les parties prenantes, il s’agit parfois de mettre l’accent sur les ingrédients d’une recette au lieu des résultats. Il y a donc, je pense, cet exercice d’équilibriste qui consiste à ne pas vouloir cacher de renseignements, tout en sachant que ce qui compte réellement, c’est le rendement global du portefeuille.
Savoir si les composantes du portefeuille jouent bien le rôle pour lequel on les a conçues est souvent plus crucial que le rendement de chaque composante. Le problème, c’est que les gens ont tendance à se focaliser excessivement sur une seule variable, et finissent par passer à côté de la vue d’ensemble. C’est une difficulté permanente. Il est peu probable qu’elle s’en aille.
Aujourd’hui, je dirais que le plus grand défi réside dans le fait que les gens s’inquiètent de voir leurs portefeuilles à la traîne dans un marché vigoureux. Mais si nous nous retrouvons dans une situation similaire à celle de 2022, les questions vont faire un virage à 180 degrés et vont plutôt tourner autour de : « Eh bien, sommes-nous capables de financer les distributions que nous devons verser ? Pouvons-nous remplir notre mission ? »
Je pense donc que ce concept, à savoir que les règles du jeu changent parfois en cours de route pour un comité des placements, est une réalité qui n’est peut-être pas juste, mais c’est le monde où on vit. Et je pense que c’est un défi permanent. La meilleure façon d’y faire face est simplement de trouver le bon niveau de communication et d’être très transparent, tout en veillant à ne pas s’égarer dans des détails futiles où votre conseil d’administration et vos parties prenantes risqueraient de se perdre sur une seule stratégie et d’y consacrer tout leur temps, au lieu de réfléchir à l’ensemble du portefeuille.
Voilà un excellent conseil, M. Sweeney. Je pense que nos auditeurs seront vraiment reconnaissants. Une fois de plus, merci de nous avoir consacré de votre temps. Nous vous remercions de votre présence aujourd’hui. Et un grand merci à nos chers auditeurs. Nous espérons que cette conversation a permis de clarifier certaines des questions difficiles qui nous préoccupaient dernièrement. Merci encore d’avoir écouté ce balado, et nous espérons que vous vous serez à nouveau des nôtres la prochaine fois.
Ce contenu est fourni à titre indicatif seulement et ne constitue pas des conseils financiers, fiscaux, juridiques ou comptables et ne doit pas être considéré comme tel. Ni PH&N Institutionnel ni aucune de ses sociétés affiliées n’acceptent de responsabilité en cas de perte ou de dommage découlant de l’utilisation de l’information contenue dans ce balado.
Cet épisode de balado a été enregistré le 15 juin 2026.
Intervenant :
Andrew Sweeney, Premier directeur général et gestionnaire de portefeuille institutionnel, PH&N Institutionnel
Animé par :
Grace Xiang, Gestionnaire de portefeuille institutionnel, PH&N Institutionnel
Écoutez notre nouvelle série balado, Le pouls du secteur institutionnel, accessible sur Apple Podcasts et Spotify!