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8 minutes to read by  Eric Savoie, CFA, CMT Mar 4, 2026

Les attaques coordonnées des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, qui ont commencé le 28 février 2026, suscitent un nouveau risque macroéconomique considérable. Il est rare que les conflits militaires dégénèrent au point de nuire aux économies et aux marchés pendant plus de quelques mois. Nous croyons donc que la situation actuelle ne sera pas différente (figure 1). Nous reconnaissons toutefois que l’éventail des dénouements possibles pour l’économie et les marchés s’est élargi. L’Iran et le Moyen-Orient représentent une source d’énergie majeure pour le monde. Si le conflit devait durer plus de quelques semaines, la réduction de l’approvisionnement en pétrole et la hausse de prix du brut qui en découleraient pourraient entraver l’activité économique ou ébranler la confiance des investisseurs. Les manchettes peuvent certes engendrer de la peur, mais une issue heureuse est également envisageable en cas de résolution du conflit avant que l’économie ne subisse des dommages excessifs.

Les actifs à risque se sont fortement dépréciés, à commencer par les actions internationales

En raison de l’incertitude grandissante entourant les perspectives, les actions ont été en proie à une volatilité intense, surtout sur les marchés internationaux. La figure 2 illustre le rendement, en dollars américains, de plusieurs grands indices ainsi que de secteurs du S&P 500. Les actions américaines ont mieux tenu le coup jusqu’à présent, ayant reculé de moins de 1 % (les titres des « sept magnifiques » se sont même légèrement appréciés), tandis que les principaux indices boursiers du Japon, de l’Europe et des marchés émergents ont perdu de 5 % à 7 % depuis le vendredi 27 février. Du point de vue sectoriel, l’énergie a dégagé un rendement supérieur et a un peu progressé depuis le début de la semaine à la faveur de la flambée du prix du pétrole, tandis que tous les autres secteurs ont régressé, surtout celui des matières.

Abstraction faite du risque posé par l’Iran, l’économie mondiale est en bonne santé et l’activité s’accélère

Les données fondamentales mondiales étaient saines lorsque les hostilités ont éclaté la semaine dernière, les indicateurs avancés signalant un accroissement de l’activité économique (figure 3). La croissance s’appuie sur l’augmentation de la stimulation budgétaire, la baisse des taux d’intérêt depuis une année et la hausse des dépenses en immobilisations liées au développement de l’intelligence artificielle (IA). Globalement, nous estimons que nous traversons les phases ultérieures du cycle économique et, à moins d’une grave escalade du conflit au Moyen-Orient, que l’expansion peut encore se poursuivre. Par conséquent, notre scénario de base annonce une croissance continue cette année et l’an prochain, et nos prévisions pour le PIB sont légèrement supérieures à la moyenne.

Les droits de douane et les perturbations causées par l’IA demeurent parmi les questions de l’heure

En plus des tensions géopolitiques, notre scénario de base pourrait être mis à mal par d’autres risques, tels que la hausse des droits de douane américains et les perturbations résultant de l’IA. L’effet négatif des droits de douane s’est temporairement atténué quelque peu après que la Cour suprême des États-Unis eut décidé, le mois dernier, d’invalider de nombreux droits imposés par M. Trump. Toutefois, le gouvernement a immédiatement invoqué une loi commerciale de 1974 pour imposer des droits de douane globaux de 10 % (qu’elle menace de porter à 15 %). Tout compte fait, les taux des droits de douane sont dans l’ensemble un peu inférieurs (figure 4). L’IA constitue l’autre risque qu’il convient d’analyser. D’une part, elle procure d’importants gains de productivité aux sociétés et à l’économie en général (figure 5). D’autre part, l’utilisation généralisée de l’IA pourrait faire disparaître de nombreuses entreprises et remplacer des travailleurs. Ces deux éventualités fragiliseraient le marché de l’emploi et amplifieraient les inquiétudes quant à la valeur des actions et à la dette dans l’industrie du logiciel.

La plupart des banques centrales sont dans l’expectative pour le moment, mais la Fed devrait recommencer à baisser les taux au deuxième semestre de 2026

Dans ce contexte, la Réserve fédérale américaine (Fed) a cessé temporairement de réduire les taux d’intérêt, indiquant ainsi que les mesures d’assouplissement monétaire adoptées jusqu’à présent suffisent à soutenir le marché du travail sans raviver les craintes d’inflation (figures 6 et 7). La guerre au Moyen-Orient complique la situation, car advenant une hausse des prix de l’énergie, l’inflation des biens de consommation pourra difficilement redescendre à la cible de 2,0 % de la Fed. Cela dit, les investisseurs sont toujours d’avis que les conditions économiques permettront au nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, de recommencer à réduire les taux d’intérêt avant les élections de mi-mandat, qui auront lieu en novembre. Le marché à terme prévoit une baisse de 50 points de base des taux aux États-Unis d’ici la fin de l’année, la prochaine réduction de 25 points de base étant prévue pour l’été (figure 8). Fait important, le marché ne s’attend à aucune autre mesure d’assouplissement de la part de la Banque centrale européenne ou de la Banque du Canada au cours de l’année à venir. Pour notre part, nos prévisions sont conformes à ce qu’indiquent les prix sur les marchés des titres à revenu fixe.

Des forces contraires font osciller les taux des obligations d’État ; rendements attendus inférieurs à 5 %

Les taux des obligations d’État ont fluctué au cours du dernier trimestre, les investisseurs évaluant les effets du haut niveau de la dette publique et des politiques budgétaires stimulantes à l’échelle mondiale dans un contexte macroéconomique incertain. Le taux de l’obligation du Trésor américain à dix ans a grimpé jusqu’à 4,30 % à la fin de janvier, mais il est redescendu autour de 4,00 %, car la demande de valeurs refuges a augmenté en raison des craintes d’ordre géopolitique. Cependant, depuis les attaques en Iran, le taux des obligations américaines à dix ans a augmenté d’environ dix points de base pour atteindre 4,10 %, les investisseurs ayant pris en compte l’augmentation des probabilités d’une hausse de l’inflation en réaction à la flambée des prix de l’énergie.

Aux niveaux actuels, les taux obligataires sont légèrement supérieurs au point d’équilibre estimé par nos modèles dans la plupart des principales régions que nous suivons. Ils ne présentent donc qu’un risque d’évaluation modeste tant que l’inflation continuera de baisser (figure 9). Cela dit, nous sommes conscients que la solidité de la conjoncture économique, alimentée en partie par les dépenses budgétaires, pourrait limiter les futures baisses des taux obligataires. Donc, nous nous attendons à ce que les rendements des titres à revenu fixe d’État soient inférieurs à 5 % au cours de l’année à venir. Les titres de créance de sociétés présentent un potentiel de rendement légèrement plus élevé, mais nous avertissons les investisseurs que les niveaux historiquement bas des écarts de taux ne compensent guère le risque que des sociétés manquent à leurs obligations financières en cas de repli de l’économie (figure 10).

Avant l’éclatement du conflit avec l’Iran, les actions mondiales se sont appréciées au cours des deux premiers mois de 2026

Poursuivant sur leur lancée de 2025, les actions mondiales ont encore gagné du terrain en 2026 avant le déclenchement de la guerre en Iran. La plupart des grands marchés, surtout hors des États-Unis, ont fracassé des records dans un contexte de vigueur économique et de forte croissance des bénéfices des sociétés. L’indice MSCI World a progressé de 2,9 % en dollars américains entre le 1er janvier et le 27 février. Les actions japonaises ont gagné 17,1 % et les marchés émergents, 14,7 %, durant cette période, tandis que l’indice S&P 500 a soutiré un gain de 0,5 % (figure 11). Les valorisations ont quelque peu augmenté et, selon nos modèles, les actions américaines, canadiennes et japonaises se situent à environ un écart-type au-dessus de la juste valeur estimée par notre modèle (figure 12). Les actions de l’Europe, du Royaume-Uni et des marchés émergents demeurent toutefois à des écarts attrayants en deçà de leur juste valeur et présentent donc de meilleures occasions de gains. Notre scénario de base, dont la réalisation est maintenant plus incertaine à cause de la guerre en Iran, laisse entrevoir des rendements de 5 % à 10 % pour les actions au cours de l’année à venir. Les meilleurs rendements proviendront de régions autres que l’Amérique du Nord.

Les solides bénéfices des sociétés se reflètent dans les valorisations élevées de l’indice S&P 500

L’énorme prime que les investisseurs sont prêts à payer pour des actions dans des régions comme les États-Unis peut se justifier si les bénéfices des sociétés continuent de croître à un rythme rapide (figure 13). Les analystes s’attendent à ce que les bénéfices des entreprises inscrites au S&P 500 augmentent de 15 % cette année et dans la même proportion en 2027 (figure 14). Le relèvement de ces estimations pendant les derniers mois témoigne de l’impressionnante capacité des sociétés à accroître leurs marges bénéficiaires, même dans un contexte d’augmentation du coût des intrants (figure 15). Les avantages de l’IA, qui, en plus de solidifier les bénéfices des sociétés technologiques, engendre des gains d’efficacité pour ceux qui l’adoptent, contribuent à améliorer le résultat net. Cela dit, l’IA devrait perturber de nombreux secteurs et elle suscite des attentes élevées chez les investisseurs, de sorte que les actions seraient vulnérables si les perspectives de bénéfices s’avéraient décevantes.

Appendice

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