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Accepter Déclin
50 minutes pour lire Par  E.LascellesJ.Nye 7 juillet 2026

Contenu de cet article :

~Avec la collaboration de Vivien Lee, Aaron Ma, Eric Savoie et Dominic Mulraine

Données économiques en rafale

Commençons ce numéro de #MacroMémo par une rafale de données économiques :

Webémission mensuelle

Vous pouvez dès maintenant regarder notre webémission de juillet sur l’économie, intitulée « Entente avec l’Iran, économie résiliente, marchés turbulents ». Elle donne un aperçu des principaux événements récents et de certains thèmes.

Mauvaise nouvelle, bonne nouvelle

Il y a à peine quelques mois, les marchés financiers redoutaient que le choc énergétique porte un coup dur à l’économie.

Toutefois, les données macroéconomiques, en particulier aux États-Unis, sont restées résolument bonnes dans l’ensemble. Au vu de cette vigueur combinée à la poussée d’inflation provoquée par le choc énergétique, les marchés financiers craignent maintenant davantage une surchauffe de l’économie qu’une faiblesse excessive.

Voilà pourquoi l’indice S&P 500 a plutôt bien réagi lorsque quelques données majeures publiées la semaine dernière aux États-Unis se sont révélées inférieures aux attentes. En juin, le secteur non agricole a enregistré un gain net de 57 000 emplois, une hausse inférieure aux prévisions générales (mais tout à fait raisonnable) (voir le graphique suivant) et l’indice ISM (Institute for Supply Management) du secteur manufacturier est passé de 54,0 à 53,3, ce qui reste positif. L’objectif à ce stade est une croissance économique stable et durable, et non une accélération spectaculaire.

La création d’emplois aux États-Unis en juin a été inférieure aux attentes

La création d’emplois aux États-Unis en juin a été inférieure aux attentes

En date de juin 2026. Sources : Bureau of Labor Statistics (BLS) des États-Unis, Macrobond, RBC GMA

Accord de paix avec l’Iran

Comme anticipé dans le #MacroMémo du 16 juin, l’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran tient bon en général. Cette affirmation est certes un peu optimiste, étant donné les escarmouches. L’Iran a attaqué plusieurs navires qui traversaient le détroit d’Ormuz ; les deux pays se sont brièvement attaqués l’un l’autre. Par ailleurs, Israël poursuit ses opérations au Liban. Aucun pays ne s’est toutefois retiré de l’accord ; tous deux négocient en vue d’une solution durable et se sont donné 60 jours pour le faire. Et surtout, le trafic maritime a redémarré dans le détroit d’Ormuz.

Le nombre de pétroliers traversant le détroit a nettement augmenté. Il n’a jamais été aussi élevé depuis le début de la guerre, sans toutefois être revenu à la normale (voir le graphique suivant). En gros, entre un quart et un tiers du flux maritime normal a été rétabli au cours des dernières semaines.

Le trafic maritime reprend dans le détroit d’Ormuz

Le trafic maritime reprend dans le détroit d’Ormuz

Au 6 juillet 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA

Le graphique montre une baisse récente du trafic de l’ouest vers l’est, mais nous croyons qu’elle est attribuable au fait que la première file d’attente des navires a maintenant été éliminée. Le volume continue d’augmenter de l’est vers l’ouest, signe que les exportateurs d’énergie n’ont pas perdu confiance dans la navigabilité du détroit. Apparemment, ils jugent que les navires pourront quitter la région après avoir été chargés. À notre avis, le volume de navires devrait recommencer à augmenter dans les deux sens parallèlement à la reprise de la production de pétrole et de gaz, à la confiance grandissante des transporteurs dans la possibilité de traverser le détroit et à la baisse des coûts d’assurance.

Le marché du pétrole semble convaincu que l’issue sera favorable, puisque le prix du pétrole est retombé à son niveau d’avant la guerre (voir le graphique suivant). En fait, ce n’est peut-être pas tout à fait vrai puisque le risque d’une guerre contre l’Iran avait augmenté bien avant les attaques du 28 février.

Le vrai prix du baril de pétrole WTI (West Texas Intermediate) avant le conflit serait donc de l’ordre de 60 $ US plutôt que de 68 $ US actuellement. Il n’en demeure pas moins que le marché du pétrole a largement pris en compte un retour à la normale de l’approvisionnement. Les prévisions de notre scénario de base concordent avec cet optimisme.

Les prix du pétrole brut baissent grâce à la réouverture du détroit d’Ormuz

Les prix du pétrole brut baissent grâce à la réouverture du détroit d’Ormuz

Au 6 juillet 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA

Toutefois, nous craignons que les marchés sous-estiment le risque que l’accord de paix échoue. Comme preuves de ce risque, notons les récentes escarmouches, le fait que la circulation des navires n’est pas complètement revenue à la normale et qu’il reste des détails essentiels à régler au cours des 45 prochains jours environ, notamment :

  • L’Iran imposera-t-il un péage pour la traversée du détroit ?

  • Qu’arrivera-t-il au matériel nucléaire de l’Iran ?

  • Quelle sera la provenance des investissements évoqués de 300 milliards de dollars américains en Iran ?

  • Israël sera-t-il tenu de se retirer complètement du Liban ?

 Il s’agit d’enjeux épineux qui pourraient étirer les pourparlers au-delà de la période prévue.

Quoi qu’il en soit, le pragmatisme l’emportera sans doute, et un même accord de paix imparfait devrait permettre le transport du pétrole et du gaz (ainsi que des engrais, de l’hélium, etc.). Par ailleurs, nous voudrions souligner que les banques centrales n’auront pas besoin d’augmenter les taux autant que le prévoyaient les marchés jusqu’à récemment, car l’inflation pourrait se stabiliser assez rapidement.

– EL

L’économie de l’espace

« La Terre est le berceau de l’humanité, mais personne ne peut vivre éternellement dans un berceau. » – Konstantin Tsiolkowski

C’est la première fois depuis les années 1960 que le public s’enthousiasme autant pour l’espace. Au cours des dernières années, l’espace a de nouveau suscité l’engouement, grâce à des réalisations remarquables, notamment :

  • la mise au point de fusées réutilisables

  • l’essor du tourisme spatial

  • le retour sur la Lune

  • le lancement de plus de 10 000 satellites principalement destinés aux communications.

Des entreprises du secteur privé prennent actuellement la tête à bien des égards, en particulier SpaceX, dont le PAPE il y a un peu moins d’un mois s’est fait selon des ratios exorbitants.

Étant donné que l’humanité a réussi à générer une production économique remarquable de 124 000 milliards de dollars américains par an en restant largement confinée sur le caillou de notre planète, que pourra-t-elle réaliser si le ciel n’est plus la limite ?

La valeur extraordinaire de SpaceX, de 2 100 milliards de dollars américains, soit presque 58 fois les revenus prévus pour 2026, témoigne du grand optimisme que soulèvent les perspectives économiques de l’espace. (Il est toutefois important de noter qu’une grande partie des revenus prévus de SpaceX proviendra de l’IA, sur la Terre, sans connexion directe avec l’espace. La société est donc beaucoup plus qu’un simple pari sur l’espace.)

SpaceX n’est pas la seule société spatiale de premier plan. D’autres, comme Blue Origin, Rocket Lab, Space Labs, Redwire et Amazon, sont également très présentes dans le secteur. On y trouve aussi des entrepreneurs traditionnels du secteur de la défense tels que Lockheed Martin, Northrop Grumman, RTX et Boeing. Une foule de jeunes pousses se spécialisent dans les communications par satellite, l’observation de la Terre et les technologies de propulsion, entre autres.

Taille et viabilité du marché

Le Forum économique mondial et McKinsey ont estimé en 2024 que l’économie spatiale pourrait passer d’environ 630 milliards de dollars américains en 2023 à 1 800 milliards de dollars américains en 2035. Cette expansion signifie que sa taille pourrait presque tripler en une décennie et équivaut à un taux de croissance annuel composé de 9 %.

Certaines technologies spatiales sont déjà largement utilisées : les GPS facilitent le covoiturage, les expéditions, l’aviation, la logistique, l’agriculture et plus encore. Les satellites améliorent déjà la diffusion télévisuelle, les communications et les applications dans le secteur de la défense. Certaines armées peuvent lancer des missiles intercontinentaux qui voyagent dans l’espace.

En regardant vers l’avenir (et vers le ciel !), on peut imaginer de nombreuses autres applications économiques axées sur l’espace, dont il sera question ci-après.

L’un des principaux défis pour bon nombre de ces aspirations est le coût élevé de lancement d’objets dans l’espace. Ce n’est ni facile ni gratuit. Heureusement, le coût de lancement par kilogramme a déjà diminué par 10 fois au cours des deux dernières décennies. De plus, une nouvelle étude de Google révèle qu’il pourrait s’avérer techniquement possible de continuer à réduire ce coût à un rythme semblable, soit une amélioration de 20 % par an, jusqu’en 2035.

Selon les estimations des auteurs, pour que les coûts des centres de données spatiaux soient concurrentiels par rapport à ceux de leurs équivalents terrestres, il faudrait que les coûts de transport soient encore 18 fois moins élevés, de 3 600 $ US le kilogramme à 200 $ US le kilogramme.

Bien que cela soit possible, nous tenons à souligner qu’il s’agit en fait de l’un des scénarios les plus optimistes : comme le grand bond vers des fusées réutilisables a déjà été fait, des économies de cette ampleur exigeraient le lancement à grande échelle de fusées Starship de SpaceX (ou d’un équivalent) et la réalisation de gains d’efficacité constants, qui n’ont pas encore été découverts.

Applications spatiales à court terme : moins de 5 ans

1) Lancer des missions de recherche et d’exploration pour les agences spatiales nationales
Probabilité : très élevée

Private-sector entities like SpaceX already earn government contracts launching NASA and equivalent research and exploration missions into space. There is no reason to believe this will stop. Declining costs could even encourage an increase in activity.

2) Dépenses en défense axées sur l’espace
Probabilité : très élevée

Alors que les dépenses militaires augmentent dans le monde et que la technologie des satellites s’améliore simultanément, les applications dans le secteur de la défense spatiale sont susceptibles de se multiplier. Les satellites guident les missiles et les drones. Des caméras spatiales surveillent les activités ennemies. Les missiles intercontinentaux reposent sur la technologie des fusées.

3) Amélioration des communications par satellite
Probabilité : élevée

Le nombre de satellites Starlink et équivalents dans le ciel a explosé à plus de 10 000 au cours des dernières années. Ils fournissent des services de télécommunication et d’Internet qui s’étendent en théorie à la planète entière. À l’heure actuelle, l’accès principal se fait par un imposant terminal Starlink pour faciliter le service Internet résidentiel dans les régions reculées, avec un usage limité à faible bande passante en cas d’urgence, en partenariat avec des fournisseurs de services de télécommunications existants qui communiquent directement sur les téléphones mobiles.

Il semble maintenant qu’un téléphone de SpaceX pourrait communiquer directement avec les satellites à un débit et à une latence raisonnables, évitant ainsi les fournisseurs de services de télécommunications existants. Il pourrait être très utile dans les régions à faible densité et pauvres du monde et pourrait même rivaliser avec les sociétés de télécommunications terrestres si le coût devient concurrentiel et si le débit augmente considérablement.

4) Tourisme spatial
Probabilité : élevée

À l’heure actuelle, le tourisme spatial est un secteur modeste et il est peu probable qu’il devienne un jour un moteur central de revenus. Mais ce secteur pourrait croître à mesure que les coûts de lancement diminuent, que la fiabilité augmente et que les choix de destinations augmentent.

5) Transport de marchandises vers la Lune
Probabilité : modérée

La NASA a retenu les services de SpaceX pour concevoir des atterrisseurs cargos de grande taille qui permettront de réaliser des missions sur la Lune, le premier voyage étant prévu pour 2028. Ce secteur pourrait devenir beaucoup plus important à moyen et à long terme.

Applications spatiales à moyen terme : de 5 à 25 ans

1) Centres de données spatiaux
Probabilité : modérée

Alors que la course à l’IA bat son plein et que la demande de centres de données est forte, certains proposent d’en construire dans l’espace. C’est très intéressant d’un point de vue énergétique. Des panneaux solaires géants d’une superficie possible de centaines de mètres carrés par support pourraient permettre d’éviter les coupures d’électricité sur Terre.

On s’attend à ce que le concept soit mis à l’essai dès 2027, et SpaceX a déposé en janvier son projet de centre de données orbital allant jusqu’à un million de satellites, ce qui est remarquable. Cependant, le dépôt du PAPE de SpaceX reconnaît qu’il s’agit d’une technologie non éprouvée à un stade précoce qui pourrait ne pas devenir viable sur le plan commercial. Comme nous l’avons vu plus haut, les coûts de lancement doivent d’abord être divisés par 18 pour devenir commercialement viables.

Les exigences techniques des centres de données ne sont pas moins déroutantes. Voici quelques défis :

  • assembler et entretenir ce système énorme et complexe dans l’espace

  • refroidir le système (cela est difficile à réaliser sous vide et une bonne dissipation de la chaleur peut nécessiter un système distinct aussi énorme que les panneaux solaires)

  • protéger le système contre le rayonnement cosmique

  • déterminer si ces supports de centre de données flottants pourraient communiquer de façon suffisamment rapide et claire avec les satellites des autres centres de données et avec le sol.

Et pour tout cela, il existe aussi un risque réel d’obsolescence.

2) Extraction de ressources lunaires
Probabilité : modérée

Pour faciliter les voyages réguliers dans l’espace au-delà de la Terre et de la Lune, il deviendra probablement nécessaire d’extraire des ressources lunaires. Le carburant, l’oxygène et l’eau constituent tous des besoins particulièrement importants, et les calottes glaciaires de la Lune devraient être en mesure de répondre aux trois. Si une base lunaire doit être établie, l’extraction de matériaux de construction sera également importante, en particulier le sol lunaire, le fer et l’aluminium.

3) Fabrication en orbite
Probabilité : faible

La fabrication en orbite est une idée absurde à première vue. Pourquoi lancer quelque chose dans l’espace, juste pour l’assembler ? Cependant, elle pourrait avoir des applications particulières.

  • Dans l’espace, il n’y a pas de sédimentation, de flottabilité ou de convection. 

  • La microgravité de l’espace permet aux matériaux de se combiner plus uniformément et d’être appliqués avec plus de précision.

  • Les alliages et les composites présentent moins de défauts.

  • L’espace est un meilleur aspirateur que même les installations spécialisées sur Terre, réduisant ainsi la contamination.

  • Les cristaux peuvent devenir plus gros et être plus parfaits.

  • Les objets ultra-volumineux peuvent être manipulés plus facilement dans l’espace (bien que de façon réaliste, la plupart d’entre eux devraient y rester après leur assemblage).

Cela présente certainement de la valeur, mais on ne sait pas encore si elle compense les inconvénients et le coût de tout faire cela dans l’espace.

4) Voyages d’un point A à un point B sur Terre
Probabilité : faible

Tout comme un missile balistique intercontinental s’aventure dans l’espace lors de son trajet entre son point de lancement et sa destination, il est théoriquement possible de voyager de New York à Shanghai en moins de 40 minutes à bord d’un vaisseau spatial. Cette technologie dépasse largement celle des avions supersoniques, même les plus rapides, ce qui pourrait bouleverser le secteur du transport aérien. Bien sûr, les défis sont nombreux.

  • Il n’y a actuellement aucune rampe de lancement près des grandes villes.

  • Compte tenu du bruit exceptionnel généré, il faudrait que les lancements aient lieu loin des habitations humaines (ce qui grugerait beaucoup de temps).

  • Toute condition météorologique autre que parfaite pourrait poser problème.

  • Le coût serait assez élevé.

  • La sécurité devrait être améliorée, et les passagers vivraient une expérience désagréable (accélération de plusieurs g).

Cela pourrait s’avérer plus pratique dans le cadre de la logistique militaire, car même si le facteur temps y est crucial, le coût d’un échec y est moins catastrophique.

Applications spatiales à long terme : plus de 25 ans

1) Exploitation minière sur des astéroïdes
Probabilité : faible

Si l’exploitation minière sur la Lune constitue une application spatiale à moyen terme, celle sur des astéroïdes est probablement un peu plus lointaine, étant donné qu’ils se trouvent à une plus grande distance, qu’ils n’exercent pas de force gravitationnelle et qu’ils présentent des structures complexes. L’exploitation minière pourrait aussi être motivée par le besoin de ressources essentielles comme le carburant, l’oxygène, l’eau et les métaux.

Éventuellement, des éléments exotiques, y compris des métaux précieux, pourraient être recherchées, mais le marché de ce type de matériaux sur Terre risquerait de s’effondrer si l’on en découvrait à grande échelle. Selon le rapport de SpaceX, l’exploitation minière dans l’espace/sur des astéroïdes représente une occasion économique de plusieurs billions de dollars.

2) Colonies de grande envergure
Probabilité : faible

Au-delà des petites bases, on pourrait imaginer des colonies humaines permanentes de grande envergure sur la Lune et, éventuellement, sur Mars. Cela exigerait d’énormes capacités en matière de transport spatial, d’exploitation minière, de construction et de fabrication. Du point de vue actuel, il est difficile de comprendre ce qui pourrait motiver l’établissement de colonies imposantes : les défis propres à l’espace les rendraient sans doute financièrement dépendantes de la Terre et la vie y serait difficile. C’est probablement ce qui limitera la taille et le nombre de ces colonies.

3) Protection de l’humanité
Probabilité : très faible

Des technologies spatiales de toutes sortes protègent déjà l’humanité. Les satellites jouent un rôle essentiel dans le suivi et la prévision des catastrophes naturelles, telles que les ouragans, et la surveillance des changements climatiques. Les télescopes mis en orbite dans l’espace sont également utiles pour repérer les astéroïdes menaçants, prévoir les éruptions solaires et même rechercher des communications extraterrestres.

 S’inspirant des films de science-fiction, la technologie permettant de dévier un astéroïde de sa trajectoire d’impact avec la Terre existe déjà. Mais qu’en est-il de la protection ultime ?

À très long terme, le développement continu des ressources spatiales pourrait permettre aux humains d’éviter l’extinction en cas de catastrophe. Comme l’a dit l’écrivain de science-fiction Larry Niven, « si les dinosaures ont disparu, c’est parce qu’ils n’avaient pas de programme spatial ». C’est une chose de gérer une colonie dépendante de la Terre, et c’en est une autre d’en faire fonctionner une qui est entièrement autosuffisante, voire située à l’extérieur du système solaire.

Conclusion

Il est passionnant de réfléchir à l’économie de l’espace. Il y aura sans doute d’autres choses à dire au fur et à mesure que la situation évoluera. Voici notre conclusion initiale et très provisoire :

La plupart des applications spatiales à court terme mentionnées ci-dessus semblent réalisables. Le secteur est donc bien placé pour connaître une croissance conforme au taux d’expansion approchant les 10 % prévu par le Forum économique mondial et McKinsey.

En revanche, la viabilité et l’ampleur des applications à moyen terme sont très incertaines. Celles-ci nécessiteraient des gains d’efficacité considérables, des avancées technologiques majeures et la création de nouvelles industries. Plusieurs d’entre elles risquent de tourner court.

Enfin, les applications à long terme nécessiteraient tout ça (gains d’efficacité, avancées technologiques et nouvelles industries), ainsi que des élans d’imagination remarquables et des investissements à une échelle difficile à imaginer. Peut-être que dans quelques dizaines d’années, nous vivrons tous dans un monde de richesse et d’abondance où de telles idées visionnaires peuvent se concrétiser. Toutefois, il est plus probable que l’industrie spatiale décevra les rêveurs parmi nous au cours des prochaines décennies.

-EL et Dominic Mulraine

Question de physique (IA)

La plupart des discussions concernant l’intelligence artificielle portent sur l’IA générative, en particulier les grands modèles de langage qui utilisent l’apprentissage automatique pour créer du texte, des images, des vidéos et du code. Les progrès rapides et l’adoption croissante de l’IA générative attirent des sommes colossales, ce qui fait grimper les cours boursiers, alimente les dépenses en immobilisations pour les centres de données et suscite des inquiétudes quant à des perturbations économiques.

Cependant, les grands modèles de langage ne sont pas la seule application de l’intelligence artificielle susceptible d’avoir des répercussions économiques importantes. L’IA physique, qui évolue dans le monde physique et interagit avec celui-ci plutôt que dans des environnements purement numériques, en est à un stade précoce de développement et de déploiement, mais pourrait devenir une autre technologie perturbatrice majeure. Jensen Huang, chef de la direction de NVIDIA, pense que l’IA physique sera à la base de la prochaine grande vague d’innovation du domaine.

L’IA physique englobe diverses technologies, dont les véhicules et drones autonomes, les robots industriels équipés d’IA, les robots humanoïdes, ainsi que les villes et espaces intelligents. Dans tous ces cas, l’IA physique doit être capable de percevoir (à l’aide de caméras, de radars ou de capteurs), de raisonner (interpréter des données, prédire des résultats et prendre des décisions) et d’agir (interagir avec l’environnement) dans le monde physique.

L’émergence de l’IA physique a été rendue possible par les récentes percées dans plusieurs domaines clés :

  • de nouveaux modèles d’IA puissants et des progrès en matière d’intelligence spécialisée 

  • de nouvelles techniques d’entraînement et de simulation s’appuyant sur des processeurs graphiques de pointe et une capacité de calcul croissante 

  • des améliorations matérielles, notamment des capteurs et des actionneurs plus performants et des matériaux plus légers.

La technologie est encore en développement et de nombreuses inconnues subsistent, mais voici un aperçu de l’IA physique, des perspectives la concernant et des raisons pour lesquelles il convient d’y prêter attention :

1. L’IA physique est déjà présente. La flotte de robotaxis de Waymo, dont l’autonomie des véhicules se situe au niveau 4 sur 5, soit juste en deçà de l’automatisation complète, a dépassé 500 000 courses payantes par semaine plus tôt cette année (voir le graphique ci-dessous). Des camions autonomes sont actuellement mis à l’essai sur de longs parcours en Amérique du Nord. Des détaillants et des sociétés de la chaîne d’approvisionnement comme Amazon, FedEx et Walmart déploient de plus en plus de robots pour automatiser les activités dans leurs entrepôts, tirant parti des technologies d’IA physique telles que la vision artificielle.

Les robots humanoïdes représentent une technologie encore naissante, mais Barclays Research estime que 15 000 ont été mis en service l’an dernier et s’attend à ce que 60 000 autres le soient en 2026. L’adoption des robots humanoïdes a été favorisée par une réduction des coûts au cours des 10 dernières années, ceux-ci étant 30 fois moins élevés qu’avant.

Les robotaxis de Waymo effectuent maintenant 500 000 courses payantes par semaine dans 10 villes des États-Unis

Les robotaxis de Waymo effectuent maintenant 500 000 courses payantes par semaine dans 10 villes des États-Unis

Au 24 juin 2026. Sources : Waymo, TechCrunch, RBC GMA

2. La taille potentielle du marché : PricewaterhouseCoopers (PwC) estime que le marché de l’IA physique pourrait atteindre 430 milliards d’euros (490 milliards de dollars US) d’ici 2030 avec la conduite autonome, l’infrastructure industrielle et intelligente, les humanoïdes et les robots de service (voir le graphique ci-dessous). Barclays Research estime que le marché de l’IA physique pourrait valoir entre 500 milliards et 1 400 milliards de dollars U.S. d’ici 2035, selon son taux d’adoption. Son scénario de base prévoit une valeur de 900 milliards de dollars U.S.

À titre de comparaison, Bloomberg Intelligence a récemment estimé que l’IA générative pourrait représenter un marché de 2 300 milliards de dollars U.S. d’ici 2032.

L’IA physique pourrait représenter un marché de 500 milliards de dollars U.S. d’ici 2030

L’IA physique pourrait représenter un marché de 500 milliards de dollars U.S. d’ici 2030

Au 24 juin 2026. Chiffres convertis en USD à un taux EUR/USD de 1,135. Sources : PricewaterhouseCoopers (PwC) Strategy&, RBC GMA

3. La perturbation de la main-d’œuvre chez les cols bleus : Alors que les grands modèles de langage menacent de perturber les emplois des cols blancs dans le secteur des services, l’IA physique intervient plutôt dans le domaine des cols bleus et du travail manuel. Comme le montre le graphique ci-dessous, les rôles dans l’installation et la réparation, la fabrication, la construction et même les soins de santé, qui sont généralement moins exposés à l’IA générative, sont composés de nombreuses tâches qui pourraient éventuellement être accomplies par l’IA physique.

Les robots humanoïdes pourraient avoir un effet très perturbateur, car ils sont conçus pour être utilisés dans des environnements humains en utilisant les mêmes processus et les mêmes outils. Ils exercent des métiers, alors que les robots industriels n’exécutent généralement que de simples tâches. Barclays Research suggère que les robots humanoïdes seront probablement déployés d’abord dans l’industrie (fabrication, logistique et entreposage) avant de s’étendre aux services et aux rôles de contact clientèle.warehousing) before broadening to services and consumer-facing roles.

L’IA physique pourrait bouleverser les emplois moins exposés à l’IA générative

L’IA physique pourrait bouleverser les emplois moins exposés à l’IA générative

Au 24 juin 2026. Sources : Barclays Research, département américain du Travail, RBC GMA

4. Création d’emplois (meilleurs ?) : Tout comme les grands modèles de langage créeront de nouveaux rôles et stimuleront l’entrepreneuriat, l’IA physique pourrait dynamiser l’emploi dans les professions existantes, p. ex., les métiers spécialisés. Elle pourrait créer de nouveaux rôles axés sur la construction, le déploiement et l’entretien de robots et de véhicules autonomes, en plus de créer de nouveaux emplois dans la conception, la surveillance et le dépannage de systèmes d’IA physique. Dans la mesure où les humains travailleront aux côtés de l’IA physique, les économies de coûts réalisées par l’automatisation pourraient stimuler la demande de produits et de services, et favoriser ainsi les emplois humains complémentaires.

Tout comme avec l’IA générative, il est difficile de prédire l’équilibre qui existera entre la création et la destruction d’emplois. Cependant, dans la mesure où l’IA physique remplace une tâche physique exigeante, répétitive, moins attirante et parfois dangereuse par des rôles plus axés sur les connaissances et moins fatigants, il pourrait y avoir des bienfaits.

5. La formation soutient la demande dans les centres de données : Tant l’IA numérique que l’IA physique nécessitent un entraînement intensif sur le plan du calcul avant le déploiement, ce qui stimule la demande de centres de données à très grande échelle. Alors que l’entraînement des grands modèles de langage s’effectue sur la base de vastes ensembles de données numériques (textes, images, vidéos, etc.), l’IA physique est de plus en plus entraînée à l’aide de l’apprentissage par renforcement dans des environnements virtuels de jumeaux numériques qui simulent le monde physique. Les véhicules et les robots peuvent ainsi faire l’objet de milliers de simulations réalistes dans un environnement sécuritaire et contrôlé avant d’effectuer un entraînement réel sur le terrain.

Foxconn, le plus grand fabricant contractuel de composants électroniques au monde, a entraîné sa main-d’œuvre robotisée alimentée par l’IA dans des environnements de jumeaux numériques, ce qui a permis de réduire le temps de déploiement de 40 %, les taux d’erreur de 25 % et les coûts d’exploitation de 15 %.

6. L’inférence est plus locale : Les grands modèles de langage à grande échelle s’appuient généralement sur la puissance de calcul infonuagique des centres de données à très grande échelle pour l’inférence (en utilisant des modèles entraînés pour faire des prédictions sur de nouvelles données). Pour l’IA physique, l’inférence implique de percevoir, de réfléchir et d’agir de manière presque simultanée dans des environnements réels, ce qui exige des temps de réponse beaucoup plus courts (une latence plus faible) que l’IA numérique. Plutôt que d’avoir recours au calcul infonuagique, l’IA physique utilise l’informatique à la périphérie sur un appareil ou sur place pour exécuter des tâches de manière sécuritaire et fiable. Cela exige du matériel et des logiciels différents de ceux d’un centre de données.

7. L’élargissement de la chaîne logistique : En outre, la chaîne logistique de l’IA physique va bien au-delà des serveurs, des réseaux, et des équipements d’alimentation et de refroidissement utilisés dans les centres de données. Les caméras, les capteurs et les puces montées sur les appareils constituent le cerveau de l’IA physique. Les moteurs électriques, les actionneurs, les bras robotiques, etc., permettent l’interaction avec le monde physique. Les batteries assurent la mobilité des véhicules autonomes et des robots.

Cette chaîne logistique à forte intensité manufacturière offre une diversification géographique, contrairement aux chaînes logistiques de logiciels et de semi-conducteurs qui sont au cœur de l’IA numérique. Par conséquent, plus de pays pourraient bénéficier de l’implantation de l’IA physique. Les producteurs d’intrants clés, p. ex., les métaux de base et les terres rares, ont également beaucoup à y gagner.

8. La Chine mène le bal : Les États-Unis mènent le déploiement des centres de données pour l’IA, mais la Chine possède un avantage concurrentiel majeur dans le domaine de l’IA physique. La Chine compte plus de la moitié des installations de robots industriels, qui ne sont pas nécessairement propulsés par l’IA, mais constituent une base solide pour l’intégration de l’IA physique. Barclays Research estime que 85 % des 15 000 robots humanoïdes installés l’an dernier se trouvaient en Chine ; la plupart d’entre eux ayant été fabriqués par des entreprises chinoises (voir le graphique ci-dessous).

La Chine est le premier producteur mondial de drones et est devenue le premier exportateur d’automobiles, ce qui la positionne avantageusement pour la fabrication de véhicules autonomes et de drones. La Chine domine également la production de batteries et de terres rares, en plus d’être un producteur majeur d’actionneurs.

Les fabricants chinois dominent le marché des robots humanoïdes

Les fabricants chinois dominent le marché des robots humanoïdes

Au 24 juin 2026. Sources : Barclays Research, RBC GMA

La plupart d’entre nous n’interagissent pas encore avec l’IA physique de la même manière qu’avec l’IA générative. Or, cette technologie est de plus en plus mise à l’essai et adoptée en coulisse dans certaines industries, avant de faire progressivement son chemin vers les consommateurs. Elle semble avoir un important potentiel perturbateur, quoiqu’à une échelle moindre que l’IA générative. De nombreuses tâches et professions à l’abri des impacts de l’IA générative sont exposées à l’automatisation par l’IA physique. Toutefois, de nouveaux emplois seront probablement créés, et cette technologie recèle le potentiel de stimuler la productivité dans plusieurs secteurs, ce qui pourrait accroître davantage la demande et l’emploi.

À court terme, nous nous attendons à ce que l’IA physique ait moins de répercussions sur l’activité économique que l’IA générative, qui stimule les investissements, la productivité et les dépenses grâce à ses effets de richesse. Il convient toutefois de la surveiller attentivement, étant donné son potentiel de grande force technologique.

– JN

Les nouvelles priorités des entreprises

La dernière période de publication des résultats trimestriels touche maintenant presque à sa fin. Voici donc revenu le temps de passer en revue les transcriptions des conférences sur les bénéfices pour y voir les perspectives macroéconomiques. Le tableau ci-dessous offre un aperçu très simple des termes le plus souvent mentionnés dans les conférences sur les bénéfices du S&P 500, ainsi que de ceux qui affichent la plus forte augmentation et la plus forte baisse par rapport à l’année dernière :

Voici plusieurs points saillants :

  • L’IA et l’apprentissage automatique sont passés au deuxième rang des sujets les plus abordés, et représentent de loin les sujets les plus abordés qu’il y a un an. Sans surprise, le secteur de la technologie demeure en tête, mais représente maintenant moins de la moitié des sujets mentionnés, ce qui suggère un élargissement du thème à d’autres secteurs. Le secteur des services financiers a enregistré la plus forte augmentation des mentions de l’IA comparativement à l’an dernier.

  • En raison de la hausse des prix de l’énergie et d’autres marchandises liée au conflit en Iran, des termes tels que le coût des matières, le coût du transport et l’inflation ont été davantage mentionnés. Les coûts des matériaux se sont même retrouvés au sein des dix premières mentions, bien avant les dépenses en immobilisations.

  • Les droits de douane ont été beaucoup moins mentionnés qu’il y a un an, lorsque les équipes de direction réagissaient à l’imposition des droits de douane du Jour de la libération de M. Trump. La Cour suprême a annulé les droits de douane de M. Trump en vertu de la loi IEEPA au premier trimestre. Bien que des droits de douane de base de 10 % en vertu de l’article 122 aient remplacé une partie de cette perte de revenus, le taux effectif des droits de douane sur les importations a maintenant atteint son plus bas niveau depuis mars 2025.

  • Malgré les inquiétudes relatives à la hausse des coûts et à l’inflation, les mentions d’obstacles et d’un ralentissement économique ont diminué. Ces constatations semblent conforter notre opinion selon laquelle l’économie américaine n’est pas fortement touchée en fin de compte par le choc provoqué par les prix de l’énergie. Les données économiques américaines ont généralement dépassé les attentes en 2026.

Afin d’aller un peu plus loin, nous avons utilisé un système d’IA exclusif à l’interne pour examiner un échantillon représentatif de conférences sur les bénéfices du S&P 500, évaluer les thèmes les plus courants, les principaux changements dans ces thèmes et l’évolution de la confiance. Voici quelques-unes de nos constatations :

  • Trois des cinq principaux thèmes des conférences sur les bénéfices identifiés par le modèle étaient liés à l’IA : l’infrastructure d’IA et la demande en puissance de calcul, la demande en énergie des centres de données, ainsi que l’IA agentique et les systèmes autonomes. Ces thèmes ont suscité un fort optimisme et les propos sont passés d’une vision à long terme à une tension actuelle à mesure que les équipes de direction ont transitionné de la planification à la mise en œuvre. Il est intéressant de noter que le modèle a identifié l’absence de pessimisme quant à l’IA constituant un risque, ce qui est peut-être un avertissement prédictif compte tenu de la récente faiblesse de certaines actions liées à l’IA.

  • Le choc énergétique au Moyen-Orient s’est imposé comme le nouveau risque macroéconomique dominant à travers tous les secteurs, émergeant avec une rapidité et une intensité qui rappellent celui survenu après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Le pessimisme s’est manifesté sans contredit, mais le niveau de confiance était faible, ce qui met en évidence le degré d’incertitude quant à la durée du conflit et aux perturbations des marchés de l’énergie. Le modèle a défini une structure en haltère des sentiments, c’est-à-dire d’un côté, l’enthousiasme suscité par l’IA et de l’autre côté, les préoccupations géopolitiques.

  • Au dernier trimestre, de nouvelles préoccupations ont été soulevées au sujet de l’inflation des coûts des mémoires et des composants, ainsi que des contraintes d’approvisionnement. Dernièrement, nous avons discuté de la manière dont l’IA génère une demande sans précédent pour les mémoires, concourt à l’augmentation des dépenses en immobilisations des sociétés à très grande échelle, comprime les marges des sociétés technologiques et pousse les prix à la consommation à la hausse.

  • Même si les mentions des droits de douane ont diminué au dernier trimestre, le pessimisme s’est accentué, les droits de douane étant considérés comme un vent contraire persistant pour les marges tandis que la fluctuation des droits de douane et le revirement des autorités publiques créent une complexité accrue pour les importateurs. Le lancement d’enquêtes en vertu de l’article 301 en vue de remplacer les droits de douane temporaires visés à l’article 122 pourrait avoir renforcé l’idée selon laquelle les droits de douane sont là pour rester, malgré quelques contestations judiciaires fructueuses.

  • Le sentiment envers la consommation s’est montré contrasté : les équipes de direction se sont montrées confiantes dans leurs commentaires sur les ménages à revenu élevé, mais ont réitéré leurs préoccupations quant aux groupes à faible revenu. Le choc énergétique est considéré comme un facteur de ce clivage – le chef de la direction de Walmart a déclaré que les consommateurs remplissaient leurs réservoirs avec moins de 10 gallons d’essence, ce qui témoigne d’un stress qui ne s’était pas vu depuis 2022. Nous avons récemment examiné la vigueur de la consommation aux États-Unis et constaté que la croissance des dépenses résistait relativement bien, tant pour les consommateurs à revenu élevé que pour les consommateurs à faible revenu, bien que ces derniers aient encore du mal à suivre.

Dans l’ensemble, les équipes de direction ont abordé bon nombre des thèmes sur lesquels nous nous sommes concentrés au dernier trimestre. En général, leurs commentaires constituent une lecture opportune des conditions économiques. Toutefois, ils sont un peu en retard cette fois-ci compte tenu des récentes évolutions positives au Moyen-Orient.

– JN

Les prêts bancaires envoient un signal positif

Les activités de prêt bancaire se sont accélérées dans bon nombre de pays développés au cours des deux dernières années, et progressent maintenant à un rythme assez soutenu.

À titre d’exemple, les prêts bancaires commerciaux aux États-Unis augmentent maintenant à un rythme annuel amélioré de 4 % (voir le graphique suivant). Il n’y a pas si longtemps, les prêts bancaires se contractaient. Les deux pics de vigueur constatés au cours des six dernières années ont été plutôt artificiels :

  • Les entreprises ont puisé dans leurs marges de crédit par mesure de précaution lors du confinement de début 2020.

  • Elles se sont mises à emprunter avec enthousiasme en 2022 lorsque l’économie s’est remise de la pandémie et les occasions sont temporairement devenues abondantes.

La hausse d’aujourd’hui semble plus naturelle.

Les prêts bancaires ont accéléré dans la zone euro

Les prêts bancaires ont accéléré dans la zone euro

En date de mai 2026. Sources : Banque centrale européenne (BCE), Macrobond, RBC GMA

Pourquoi est-ce important selon nous ? Parce que la vigueur des prêts bancaires est un signal économique prometteur. Cette hausse véhicule trois messages positifs :

  1. Premièrement, les prêteurs sont disposés à prêter. En d’autres termes, les banques sont solidement capitalisées. Leur base de dépôts est en croissance, elles peuvent compter sur des ménages et entreprises en bonne santé, et elles doivent anticiper une conjoncture économique favorable à l’avenir.

  1. Deuxièmement, les emprunteurs sont disposés à emprunter. Pour les sociétés emprunteuses, l’interprétation de cette tendance est clairement positive : les entreprises doivent entrevoir des occasions de croissance et, apparemment, prévoient que ces occasions généreront un rendement du capital investi relativement élevé.

    En ce qui concerne les ménages, l’interprétation est peut-être plus nuancée. Dans le contexte d’une économie en K (les ménages à revenu élevé s’en sortent bien, mais les ménages à faible revenu peinent), certains ménages à faible revenu pourraient emprunter sous la contrainte au cas où leurs revenus ne suffiraient pas à honorer leurs obligations. En pratique, les taux de défaillance des prêts des ménages sont en baisse, et le ratio de la dette des ménages au PIB diminue aux États-Unis. Cela signifie que la motivation pourrait décliner au lieu d’augmenter. Par ailleurs, une grande partie des emprunts des ménages peut être interprétée de façon positive : ils se sentent à l’aise d’accroître leurs dépenses.

  1. Troisièmement, grâce à tous ces prêts additionnels, il y aura davantage d’argent en circulation dans l’économie. Le mécanisme de réserve fractionnaire signifie que l’argent prêté est effectivement de l’argent frais injecté dans le système. Cette situation encourage l’économie à s’accélérer, un peu à l’instar des mesures d’assouplissement quantitatif de la Fed qui ont contribué au raffermissement de l’économie à divers moments au cours des 18 dernières années.

En passant, il est remarquable que la croissance du crédit s’accélère sans le soutien primaire du marché des hypothèques résidentielles, lequel demeure contenu.

Cependant, plusieurs avertissements sont de mise. Une partie de la croissance des prêts pourrait résulter d’un effet de rattrapage, après la faiblesse inhabituelle des prêts au moment de l’atterrissage en douceur lorsque les taux d’intérêt étaient élevés il y a quelques années. Par conséquent, cette croissance ne se maintiendra peut-être pas indéfiniment. Aux États-Unis en particulier, les tensions des banques régionales en 2023 ont également mené une partie des dépôts à sortir du système bancaire traditionnel. Maintenant que ce souvenir s’estompe, les dépôts sont réinvestis et recyclés dans des prêts.

Toutefois, l’accélération des prêts bancaires n’est pas une illusion. Elle a aussi été observée dans un certain nombre de marchés développés qui n’ont pas connu de tensions au niveau des banques régionales.

Les prêts bancaires de la zone euro aux ménages et aux sociétés non financières ont connu une accélération similaire (voir le graphique suivant), tout comme les prêts bancaires du Royaume-Uni (voir le graphique subséquent).

Les prêts bancaires ont accéléré dans la zone euro

Les prêts bancaires ont accéléré dans la zone euro

En date de mai 2026. Sources : Banque centrale européenne (BCE), Macrobond, RBC GMA

La croissance du crédit bancaire s’accélère au Royaume-Uni

La croissance du crédit bancaire s’accélère au Royaume-Uni

En date de mai 2026. Sources : Banque d’Angleterre, Macrobond, RBC GMA

Les prêts des banques japonaises aux ménages et aux sociétés non financières ont connu une accélération similaire. Leur taux d’augmentation est sans précédent au cours des deux dernières décennies, à l’exception d’une brève distorsion causée par la pandémie (voir le graphique suivant).

Au Japon, la croissance du crédit s’est accélérée

Au Japon, la croissance du crédit s’est accélérée

Données au T1 2026. Sources : Banque du Japon, Macrobond, RBC GMA

Il faut reconnaître que cette tendance des prêts bancaires n’est pas universelle. En Chine, la croissance des prêts consentis par les banques est en train de ralentir, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose pour un pays qui a accumulé un fort endettement et surgonflé son marché du logement dans le passé (voir le graphique suivant).

La situation est très semblable au Canada, compte tenu du ralentissement actuel du marché du logement après une surchauffe (voir le graphique suivant). Dans ces deux pays, la croissance du crédit ne soutient pas la croissance économique dans la même mesure que dans d’autres parties du monde.

La croissance du crédit continue de ralentir en Chine

La croissance du crédit continue de ralentir en Chine

En date de mai 2026. Sources : Banque populaire de Chine, Macrobond, RBC GMA

La croissance du crédit continue de ralentir au Canada

La croissance du crédit continue de ralentir au Canada

En date d’avril 2026. Sources : Statistique Canada, Macrobond, RBC GMA

Il est intéressant de noter que la situation pourrait s’améliorer dans un avenir proche pour le Canada. Cette évolution s’explique en partie parce que le marché du logement a récemment montré un regain de vigueur (il en sera question plus loin dans le présent #MacroMémo), et en partie parce que la réglementation des banques canadiennes est en cours d’assouplissement – entre autres, le niveau de fonds propres exigé par l’organisme de réglementation canadien a été abaissé le mois dernier.

L’assouplissement de la réglementation des banques est un thème mondial en ce moment, ce qui laisse présumer que la croissance des prêts bancaires continuera de soutenir l’économie pendant encore un certain temps.

– EL et VL

Début de l’ère Warsh à la Fed

Les projecteurs ont été braqués sur Kevin Warsh lors de sa première réunion en tant que président du Comité fédéral de l’open market (FOMC), compte tenu de la politisation de la Réserve fédérale sous le président Trump. Sa position ferme, conjuguée à l’absence d’opposition du président Trump a contribué à écarter les craintes de politisation. Le style de communication rigoriste de M. Warsh, qui pourrait non seulement stimuler la volatilité, mais aussi rehausser la visibilité des autres membres du comité, nous rappelle que M. Warsh n’est qu’un votant sur douze.

La courbe des taux des titres du Trésor s’est aplatie à la suite de la réunion, le marché ayant pris en compte la probabilité accrue de hausse des taux à court terme et la baisse des préoccupations à l’égard de l’inflation, soit le contraire de ce à quoi on pourrait s’attendre si un président politisé entraînait le comité vers une politique conciliante inappropriée.

La brièveté de la déclaration de la Fed et la mise à jour des graphiques à points pointent vers une hausse. Alors que les déclarations antérieures sous Jerome Powell mettaient l’accent sur le double mandat du comité, le dernier communiqué a surtout porté sur l’engagement en faveur de la stabilité des prix, ce que M. Warsh a clairement souligné lors de sa conférence de presse. À l’heure actuelle, la Fed ressemble à une banque centrale qui aurait un mandat unique exclusivement consacré à l’inflation.

Le graphique à points mis à jour montre que les membres du comité sont désormais divisés en parts égales sur la question de l’augmentation des taux cette année, ce qui reflète un changement important par rapport à mars où une majorité anticipait des baisses. Même si un durcissement était attendu dans le graphique à points, compte tenu des données et des commentaires récents des dirigeants de la Réserve fédérale, l’ampleur du soutien au resserrement a surpris. Les projections de taux se sont basées sur une inflation toujours élevée d’ici la fin de l’année.

Toutefois, la baisse des prix de l’énergie postérieurement à la soumission des points pourrait quelque peu modérer ce point de vue. Les dernières données sur les emplois non agricoles et l’indice ISM manufacturier pourraient aussi modestement réduire l’ampleur du resserrement souhaité.

M. Warsh n’a pas présenté sa propre projection des taux d’intérêt, et il ne juge pas pertinent d’offrir des indications prospectives sur les futures décisions monétaires. Son message principal a été que, mis à part pour le logement, il est difficile d’affirmer que la politique monétaire actuelle est restrictive. Le ton du message est paru plutôt ferme, étant donné que la plupart des membres du FOMC estiment que le taux directeur actuel est supérieur à son niveau neutre à long terme.

Pour expliquer son aversion pour les indications prospectives, M. Warsh a mentionné que les marchés financiers fonctionnaient mieux – et donnaient à la Fed un meilleur signal des conditions financières – lorsqu’ils réagissaient aux nouvelles données économiques de façon indépendante plutôt que de chercher à deviner comment la banque centrale pourrait réagir. Nous sommes d’avis que les marchés continueront de spéculer sur les réactions de la Fed, mais avec moins d’information, ce qui pourrait intensifier la volatilité.

Il est généralement admis que les indications prospectives ne devraient être utilisées que dans des circonstances extraordinaires, pour faire des prévisions sur le taux directeur à moyen terme et influencer les rendements plus loin sur la courbe, mais selon nous, l’absence d’indications sur la façon dont la Réserve fédérale voit ses décisions futures n’est pas une situation optimale.

La volatilité pourrait être exacerbée par ce qui ressemble à une approche de décisions prises sur le moment à chaque réunion, sous M. Warsh, un changement par rapport à M. Powell qui préférait que la Fed prépare le marché à tout changement de politique éventuel. Interrogé sur la fonction de réaction de la Fed et les facteurs qui pourraient entraîner des hausses de taux, M. Warsh a mentionné à plusieurs reprises que le comité se réunira de nouveau dans six semaines à peine. La probabilité d’une hausse des taux en juillet a donc augmenté, bien qu’un maintien au niveau actuel soit encore considéré comme le scénario le plus probable.

Bien que M. Warsh ait été laconique à propos de ses propres vues politiques, les participants du FOMC ont encore toute latitude pour exprimer les leurs. Un ancien président de la Réserve fédérale, M. Bernanke, avait l’habitude de lancer que « la politique monétaire, c’est 98 % de paroles et 2 % d’action ». Ainsi, la discrétion du président pourrait donner plus de poids aux autres membres du comité dans les décisions monétaires.

Pour cette raison, il est important de suivre de près les discours de chaque membre de la Fed. Heureusement, il existe un certain nombre d’outils de traitement du langage naturel qui permettent d’évaluer les discours de la Réserve fédérale et de mesurer dans quelle mesure le sentiment est en faveur du durcissement ou de l’assouplissement, ce qui aide à comprendre les tendances parmi un groupe diversifié de porte-parole de la Fed. À titre d’exemple, voici un outil de Bloomberg qui décèle le durcissement de ton à l’approche de la réunion du FOMC en juin :

Les événements laissent entrevoir un durcissement de ton de la Fed

Les événements laissent entrevoir un durcissement de ton de la Fed

Au 25 juin 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA

Parallèlement au changement d’approche à l’égard des indications prospectives, M. Warsh veut imprimer sa marque sur la Réserve fédérale. Il a annoncé la création de cinq groupes de travail chargés d’examiner les éléments suivants :

  • Les communications de la Fed, y compris les conférences de presse, les transcriptions/comptes rendus de réunions, ainsi que le graphique des prévisions.

  • Le bilan de la Fed, notamment les avantages et les risques liés au régime actuel de réserves abondantes.

  • Le recours de la Fed aux sources de données existantes, avec pour objectif d’exploiter davantage des sources de données plus rapides et plus actuelles.

  • La productivité et l’emploi dans une période de transformation, en portant une attention particulière aux répercussions de l’IA sur l’économie et la politique monétaire.

  • Les cadres d’analyse de l’inflation de la Fed, notamment les déterminants de l’inflation et la manière d’assurer la stabilité des prix dans une économie en évolution. Il est important de noter que la cible d’inflation de 2 % de la Fed ne fait pas partie du champ d’application de cet examen.

Il importe de souligner que la Fed examine déjà plusieurs de ces enjeux de manière continue. L’intervention d’experts externes pourrait faire émerger des propositions intéressantes, mais, étant donné que toute modification devra être approuvée par le FOMC, composé en grande partie de membres en poste depuis plusieurs années, nous nous attendons davantage à des ajustements graduels qu’à des changements en profondeur.

M. Warsh entend obtenir des rapports de ces groupes de travail d’ici la fin de l’année. Ce calendrier pourrait permettre à la Fed de repousser une éventuelle hausse des taux jusqu’à ce que l’inflation commence à refluer et que la pression en faveur d’un resserrement monétaire diminue. La période d’examen pourrait aussi contribuer à limiter les frictions entre le nouveau président de la Fed et les membres actuels du comité, les divergences d’opinions n’ayant pas nécessairement à être tranchées immédiatement. Par exemple, lorsqu’on a demandé à M. Warsh de préciser son point de vue selon lequel les gains de productivité induits par l’IA seraient désinflationnistes et permettraient des baisses de taux (une opinion à laquelle d’autres représentants de la Fed se sont opposés), il a simplement répondu : « c’est justement le rôle du comité. »

M. Warsh privilégie une réduction du bilan de la Fed. Toutefois, il est peu probable que le groupe de travail sur le bilan incite la banque centrale à abandonner le cadre de réserves abondantes mis en place durant la crise financière mondiale et confirmé dans l’énoncé de politique de juin. Ce système complique une réduction substantielle du bilan, ce qui réduit le risque de hausse des taux des titres du Trésor américain liée à l’absorption des titres par le marché. Certaines mesures pourraient tout de même permettre une baisse graduelle des actifs détenus par la Fed.

Globalement, les premiers mois du mandat de Warsh se démarquent davantage de l’ère Powell que lors des précédentes transitions à la tête de la Fed. Cette rupture semble toutefois davantage attribuable au style de communication de Warsh qu’à une orientation accommodante qu’il aurait affichée avant sa nomination. En effet, l’accent résolument mis par Warsh sur l’inflation et le soutien croissant au sein du FOMC en faveur de hausses de taux indiquent que Trump n’obtiendra probablement pas l’allègement des taux d’intérêt qu’il réclame.

Nous nous attendons à ce que la Fed maintienne ses taux inchangés au cours de la prochaine année. La baisse des prix de l’énergie – à condition que le protocole d’accord États-Unis–Iran soit respecté – lui offrirait une certaine latitude pour relativiser cette dernière vague d’inflation. La tolérance à une hausse-surprise de l’inflation semble toutefois limitée, et nous ne devrions pas nous attendre à un préavis si une hausse des taux s’impose.

– JN

Analyse du marché obligataire

Quels facteurs influencent les taux obligataires ?

Nous avons récemment appliqué la méthodologie d’Adrian, Crum et Moench (ACM) pour estimer la prime de terme des obligations à 10 ans dans sept grandes économies (États‑Unis, Japon, Allemagne, Italie, France, Royaume‑Uni, Canada). Cette estimation permet de décomposer les taux nominaux à long terme en leurs composantes, soit la prime de terme, les attentes inflationnistes et le taux réel anticipé à court terme.

Tendance à long terme

Sur plusieurs années, la dynamique est évidente : les primes de terme ont nettement augmenté au cours des cinq dernières années, passant de négatives à positives et progressant de plus de 100 pb dans la plupart des marchés analysés (voir le graphique suivant). Ce mouvement est cohérent avec la fin de l’ère de l’assouplissement quantitatif, qui comprimait les taux.

Les investisseurs demandent une rémunération supplémentaire pour compenser les risques croissants des États emprunteurs. Les dettes publiques sont élevées et elles s’alourdissent. En outre, des questions cruciales demeurent sur des sujets fiscaux et économiques structurants, comme l’intelligence artificielle, la géopolitique et les changements climatiques.

Les primes de terme ont considérablement augmenté

Les primes de terme ont considérablement augmenté

Au 2 juillet 2026. Estimation de la prime de terme selon le modèle d’Adrian, Crump et Moench (ACM). Sources : Réserve fédérale de New York, Macrobond, RBC GMA

Le graphique suivant montre que la prime de terme américaine était négative pendant la pandémie et, même si le graphique ne le montre pas dans son intégralité, durant une grande partie des années 2010. Elle a ensuite remonté sensiblement entre 2022 et 2024. Depuis cette hausse, elle est demeurée relativement stable.

Prime de terme en hausse aux États-Unis depuis 2020

Prime de terme en hausse aux États-Unis depuis 2020

Au 2 juillet 2026. Estimation de la prime de terme selon le modèle d’Adrian, Crump et Moench (ACM). Sources : Réserve fédérale de New York, Macrobond, RBC GMA

Lorsqu’on compare plusieurs pays, le classement des primes de terme apparaît logique (voir le graphique suivant). La France, le Japon, les États-Unis et le Royaume-Uni sont en tête. Le Japon a le ratio dette publique/PIB le plus élevé au monde, et les États‑Unis, la France et le Royaume‑Uni se situent parmi les quatre pires résultats de notre feuille de pointage sur la santé budgétaire (voir le tableau suivant). Les investisseurs en obligations demandent donc, à juste titre, une meilleure rémunération. La situation budgétaire de l’Italie n’est pas aussi mauvaise, et sa prime de terme est d’ailleurs légèrement inférieure à celle des autres pays.

À l’autre extrémité du spectre, l’Allemagne et le Canada présentent une position fiscale quelque peu meilleure et affichent, en conséquence, les plus faibles primes de terme dans notre analyse.

Des primes de terme plus élevées tendent à refléter une position fiscale plus vulnérable

Des primes de terme plus élevées tendent à refléter une position fiscale plus vulnérable

Au 2 juillet 2026. Estimation de la prime de terme à l’aide du modèle ACM. Sources : Réserve fédérale de New York, Macrobond, RBC GMA

La France, le Japon, le Royaume-Uni et la Suède se classent parmi les pays dont la santé budgétaire est la plus mauvaise

La France, le Japon, le Royaume-Uni et la Suède se classent parmi les pays dont la santé budgétaire est la plus mauvaise

Données de 2025 pour tous les indicateurs, à l’exception des versements d’intérêts (2024) et de la croissance du PIB (les prévisions du FMI pour 2031 sont utilisées comme référence de la « normale »). Le rajustement budgétaire désigne la réduction nécessaire du déficit budgétaire pour stabiliser le ratio de la dette au PIB. Sources : FMI, Macrobond, RBC GMA

En plus de la progression des primes de terme, la décennie écoulée a vu une hausse modérée des anticipations d’inflation à long terme. La pandémie a marqué un tournant. Les anticipations d’inflation à dix ans étaient auparavant contenues, y compris durant les confinements, mais elles sont restées durablement plus élevées par la suite (voir le graphique suivant).

Cela se comprend : l’inflation n’a jamais réussi à se stabiliser complètement après le choc des chaînes d’approvisionnement qui a suivi la pandémie. De plus, la récente flambée énergétique a apporté une nouvelle poussée inflationniste.

Les anticipations inflationnistes ont augmenté aux États-Unis

Les anticipations inflationnistes ont augmenté aux États-Unis

Au 2 juillet 2026. Les anticipations inflationnistes ont été estimées à l’aide des swaps d’inflation sur 10 ans. Sources : Bloomberg, RBC GMA

À l’inverse, si les taux nominaux des banques centrales sont aujourd’hui largement supérieurs à la norme d’avant la pandémie, ils le sont nettement moins lorsque l’on tient compte de l’inflation (voir le graphique suivant). Nous avons récemment revu à la hausse notre estimation du taux d’intérêt réel moyen à court terme attendu aux États-Unis au cours des dix prochaines années (un sujet que nous aborderons ci-après).

Néanmoins, il demeure assez modeste comparativement au niveau qui prévalait avant la pandémie.

Le taux réel moyen à court terme aux États-Unis reste proche de sa moyenne sur dix ans

Le taux réel moyen à court terme aux États-Unis reste proche de sa moyenne sur dix ans

Au 2 juillet 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA

En bref, les taux plus élevés d’aujourd’hui s’expliquent avant tout par l’augmentation de la prime de terme. Ils s’expliquent en second lieu par la hausse des anticipations inflationnistes, et, dans une mesure nettement moindre, par une éventuelle hausse des taux réels à court terme.

Le fait que les primes de terme soient devenues fortement positives constitue sans doute une excellente nouvelle pour les investisseurs en obligations. Bien qu’elles reflètent une certaine hausse du risque souverain sous-jacent, le scénario le plus probable est que les primes de terme plus importantes ne font qu’augmenter la taille des coupons pour les investisseurs prêts à s’exposer à la duration sur le marché obligataire.

En outre, la courbe des taux relativement pentue devrait générer de modestes gains en capital supplémentaires pour les investisseurs qui conservent un portefeuille d’obligations à duration fixe, grâce à l’effet de déplacement vers le bas.

Tendance à court terme

Si l’on s’intéresse à l’évolution à court terme des taux d’intérêt, on constate un manque flagrant d’uniformité entre les pays (voir le graphique suivant). Les taux obligataires du Japon ont augmenté considérablement au cours des six derniers mois ; ceux des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Italie ont connu une légère augmentation ; tandis que ceux de la France, de l’Allemagne et du Canada sont restés stables ou ont baissé.

Les variations des taux d’intérêt ont été très différentes au sein du G7 au cours des six derniers mois

Les variations des taux d’intérêt ont été très différentes au sein du G7 au cours des six derniers mois

Au 2 juillet 2026. La prime de terme et le taux moyen à court terme ont été estimés à l’aide du modèle ACM. Les anticipations inflationnistes ont été estimées à l’aide des swaps d’inflation sur 10 ans. Sources : Réserve fédérale de New York, Bloomberg, RBC GMA

En arrière-plan, les facteurs à court terme ont également connu de fortes variations.

La hausse des taux des obligations japonaises s’explique principalement par l’augmentation de la prime de terme. Par contre, cette prime a légèrement diminué au cours des six derniers mois dans chacun des six autres marchés.

En parallèle, les attentes à l’égard des taux à court terme ont eu une influence mitigée. Elles ont augmenté dans trois marchés – en particulier aux États-Unis et au Royaume-Uni, où le ton s’est considérablement durci au cours des derniers mois –, mais ont légèrement diminué dans quatre autres.

En ce qui concerne les anticipations inflationnistes, les tendances sont plus homogènes : sept des huit marchés ont enregistré une hausse de ces anticipations à la suite du choc énergétique survenu ce printemps. La situation pourrait désormais se stabiliser.

Au vu des rendements contrastés de ces marchés obligataires au cours des six derniers mois, les investisseurs actifs avisés pourraient disposer d’une occasion d’obtenir un rendement supérieur en tirant parti de cette hétérogénéité. Cela est d’autant plus vrai que de nombreux facteurs macroéconomiques sous-jacents – notamment la dette, l’inflation, la géopolitique, l’intelligence artificielle et les changements climatiques – comportent d’importantes dimensions mondiales, ce qui porte à croire que les marchés obligataires nationaux ne devraient pas afficher des rendements aussi divergents.

– EL et Dominic Mulraine

Signes de reprise sur le marché immobilier canadien

Le marché immobilier canadien montre des signes d’une reprise après une chute de l’activité de revente, tombée à son niveau le plus bas en deux ans en mars. Les ventes de logements ont augmenté en avril et en mai, l’offre s’est resserrée et les prix commencent à se stabiliser. Nous avons toutefois observé plusieurs faux départs au cours de cette période de quatre ans marquée par une activité de revente inférieure à la moyenne (voir graphique).

Cette fois-ci est-elle la bonne ? Nous n’en sommes pas tout à fait convaincus.

Les ventes de logements au Canada sont inférieures à la moyenne depuis quatre ans

Les ventes de logements au Canada sont inférieures à la moyenne depuis quatre ans

Au 19 juin 2026. Sources : L’Association canadienne de l’immobilier (ACI), RBC GMA

Bien entendu, il n’y a pas qu’un seul marché du logement au Canada ; il s’agit plutôt d’un ensemble de marchés régionaux, lesquels peuvent évoluer à des rythmes différents en fonction de facteurs locaux. La faiblesse des ventes immobilières au Canada touche principalement l’Ontario et la Colombie-Britannique, où l’abordabilité du logement est particulièrement problématique. En revanche, l’activité de revente se situe au-dessus de sa moyenne sur dix ans dans les provinces des Prairies et au Québec, et n’est que légèrement inférieure dans les provinces de l’Atlantique (voir le graphique).

De même, les prix de référence des maisons ont baissé de 5 % d’une année sur l’autre en Ontario et en Colombie-Britannique, mais ont augmenté dans la plupart des autres provinces.

La faiblesse des ventes immobilières à l’échelle nationale masque des divergences régionales

La faiblesse des ventes immobilières à l’échelle nationale masque des divergences régionales

Au 22 juin 2026. Sources : L’Association canadienne de l’immobilier (ACI), RBC GMA

Cela dit, certains facteurs macroéconomiques généraux influencent le marché immobilier canadien dans son ensemble. Voici quelques-uns des facteurs qui pourraient contribuer à la récente hausse des ventes de logements :

  • Le marché de l’emploi au Canada se stabilise : L’an dernier, le taux de chômage du Canada a atteint un sommet après la pandémie, et les Canadiens s’inquiétaient des pertes d’emploi plus qu’à tout autre moment au cours de la dernière décennie. De telles conditionsn’incitent pas les gens à faire l’achat d’une maison. Le marché de l’emploi semble toutefois se stabiliser, le taux de chômage ayant diminué au cours des deux derniers trimestres.

  • Les conditions de crédit ne se resserrent plus : L’enquête de la Banque du Canada (BdC) effectuée auprès des responsables du crédit montre qu’un resserrement net des conditions de crédit hypothécaire s’est opéré pendant la majeure partie de 2025. Cependant, les conditions se sont assouplies à la fin de l’année dernière, les banques ayant réduit l’écart qu’elles appliquent en plus du coût de financement (la composante « prix » dans le graphique ci-dessous). Les normes d’octroi de prêts sont restées stables au premier trimestre, mais elles pourraient être assouplies au cours des prochains trimestres. Les changements apportés récemment par le Bureau du surintendant des institutions financières aux exigences réglementaires en matière de fonds propres pourraient débloquer plus de 100 milliards de dollars de nouveaux prêts par les banques canadiennes.

  • La politique gouvernementale est favorable : Nous avons déjà parlé  des mesures visant à stimuler la construction de logements et à réduire les problèmes d’abordabilité, notamment l’élimination de la TPS sur les nouveaux logements pour les acheteurs d’une première maison. La plupart de ces politiques ne stimulent pas directement les reventes, mais elles pourraient contribuer à redynamiser l’ensemble du marché du logement.

Les conditions de financement hypothécaire ont cessé de se resserrer

Les conditions de financement hypothécaire ont cessé de se resserrer

Au 19 juin 2026. L’opinion prépondérante quant aux prix et aux éléments non liés au prix divisés par 2 pour montrer les contributions aux conditions générales du financement hypothécaire. Sources : Banque du Canada, RBC GMA

Un certain nombre de facteurs défavorables demeurent toutefois en place :

  • Les taux hypothécaires ne baissent plus : Les taux hypothécaires ont fortement baissé par rapport aux sommets atteints après la pandémie, la Banque du Canada ayant abaissé son taux directeur de 2,75 % au cours des deux dernières années. Toutefois, les taux hypothécaires fixes de cinq ans (historiquement le terme le plus populaire) demeurent supérieurs à 4 %, soit au-dessus des niveaux observés tout au long des années 2010. En fait, les taux hypothécaires pourraient monter parallèlement à l’augmentation récente des taux sur le marché (voir le graphique ci-dessous).

  • L’accessibilité demeure difficile : Malgré une certaine amélioration au cours des dernières années, notre mesure de l’accessibilité à la propriété indique que les prix des logements au Canada dépassent encore de 16 % les niveaux moyens d’accessibilité à la propriété. L’accessibilité est la pire à Vancouver et à Toronto, mais elle demeure néanmoins difficile dans les autres grands marchés. Comme les taux hypothécaires ont cessé de baisser, une combinaison de baisse des prix et de hausse des revenus est nécessaire pour réduire davantage l’écart.

  • Les attentes relatives aux prix sont modérées : Dans les marchés les moins abordables comme l’Ontario et la Colombie-Britannique, les prévisions de hausse des prix des maisons représentent à peine la moitié de la moyenne historique. À l’échelle nationale, la hausse des prix des propriétés au cours des 12 prochains mois ne devrait dépasser que très légèrement celle de l'inflation. La perspective d’une hausse perpétuelle du prix des propriétés incitait les ménages à serrer le budget, ce qui soutenait les ventes et les prix, mais ça ne semble plus être le cas. De même, le nombre de maisons vendues et revendues dans les 12 mois se situe maintenant à son niveau le plus bas depuis au moins une décennie, ce qui pèse sur les ventes et les activités de rénovation.

  • L’accessibilité au logement locatif s’améliore : L’inflation des loyers a diminué de plus de moitié par rapport à son sommet atteint après la pandémie et se situe maintenant à son niveau le plus bas en plus de quatre ans. Dans les grands marchés, comme Toronto, les loyers diminuent carrément. L’amélioration de l’accessibilité au logement locatif décourage les acheteurs potentiels d’une première maison et freine l’enthousiasme des investisseurs pour les logements locatifs. Le ralentissement de l’immigration au Canada, en raison des départs nets des résidents non permanents, qui sont presque tous des locataires, a contribué à l’essoufflement du marché locatif.

Les taux hypothécaires se sont stabilisés au Canada, mais ils remontent légèrement

Les taux hypothécaires se sont stabilisés au Canada, mais ils remontent légèrement

Au 25 juin 2025. Sources : Bloomberg, Banque du Canada, RBC GMA

Compte tenu de cette combinaison de facteurs défavorables et favorables, nous doutons que la reprise printanière des ventes de logements au Canada marque le début d’une reprise généralisée. Des signes de stabilisation sur le marché de la revente et une certaine amélioration dans la construction résidentielle représentent toutefois un changement bienvenu pour un secteur qui a généralement pesé sur l’économie canadienne au cours des dernières années (voir le graphique). Nos prévisions de croissance du PIB ne présument pas qu’il y aura un apport important de logements cette année. Toutefois, le simple fait de ne pas connaître à nouveau une réduction de 0,3 % observée en 2025 devrait favoriser une hausse de la croissance globale cette année.

Le logement a généralement freiné l’économie canadienne au cours des cinq dernières années

Le logement a généralement freiné l’économie canadienne au cours des cinq dernières années

Au 19 juin 2026. Sources : Statistique Canada, RBC GMA

-JN

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