Quelles sont les caractéristiques qui font des marchés émergents un élément essentiel d’un portefeuille diversifié aujourd’hui ?
Les marchés émergents (ME) représentent plus de 50 % du PIB mondial1 et leur apport à la croissance économique mondiale devrait atteindre 65 % d’ici 2035.2 Étant donné que plus de 80 % de la population mondiale vit dans les pays des ME, cette catégorie d’actifs est trop importante pour être négligée.3
Les actions de ME permettent d’investir dans un groupe diversifié de marchés dynamiques profitant d’un éventail de thèmes de croissance structurelle. Soulignons notamment que la demande intérieure augmente grâce à une situation démographique favorable, à la montée de la classe moyenne, à l’urbanisation rapide et à l’accélération de l’intégration technologique et financière.
Par ailleurs, les pays émergents ont radicalement changé et tiré des leçons du passé. Ils ont adopté des réformes économiques et des politiques monétaires et budgétaires prudentes faisant en sorte que leur situation budgétaire et leur compte courant sont plus solides que par le passé et comparativement aux pays développés.
Les marchés émergents (ME) représentent plus de 50 % du PIB mondial et leur apport à la croissance économique mondiale devrait atteindre 65 % d’ici 2035. Étant donné que plus de 80 % de la population mondiale vit dans les pays des ME, cette catégorie d’actifs est trop importante pour être négligée.
Par conséquent, il y a eu une baisse structurelle des taux directeurs dans les ME et, pour la première fois de l’histoire, une pleine convergence avec les taux des pays développés. Cette situation est de bon augure pour les ME dans une ère de détente monétaire, compte tenu des taux réels élevés et de l’inflation contenue.
Pour l’avenir, quels sont les principaux thèmes concernant les marchés émergents ?
Dans un monde en pleine transformation, la dynamique du pouvoir économique et politique se déplace vers les pays émergents. Au cours de la prochaine décennie, nous pensons que la dissociation économique entre les ME et les pays développés et l’augmentation des échanges commerciaux entre les ME seront à l’avant-scène. Ce changement est déjà visible, puisque les échanges commerciaux entre les pays émergents ont bondi pour atteindre maintenant près de 50 % des exportations totales des ME, soit deux fois plus qu’en 2000.
Alors que les économies émergentes continuent de se dissocier par rapport aux pays développés, elles devraient devenir moins sensibles au cycle économique de ces pays et aux exigences de financement en dollars américains. Par conséquent, elles seront moins vulnérables aux taux d’intérêt des États-Unis et à la vigueur de leur monnaie. Par ailleurs, l’abandon progressif du dollar américain pour le règlement des échanges commerciaux, illustré par le recours croissant des ME aux monnaies locales ou régionales, laisse entrevoir une dépréciation du dollar américain à l’avenir, ce qui est de bon augure pour les actions et les devises des ME.
De plus, la prédominance des pays émergents dans le domaine des intrants essentiels, comme les métaux et les minéraux, l’agriculture et les semi-conducteurs, leur sera très avantageuse à l’heure de la décarbonation et des transformations technologiques.
Après des années de contre-performance, nous croyons que nous sommes à un tournant et que les rendements supérieurs obtenus l’an dernier par les actions des ME par rapport aux actions des marchés développés (MD) peuvent se poursuivre. Les actions des ME et des MD ont tendance à évoluer selon des cycles de rendement relatif de longue durée. Or, les facteurs qui ont freiné les ME au cours du dernier cycle deviennent favorables. L’amélioration de la croissance relative des bénéfices, les données fondamentales supérieures, l’accélération des réformes de l’État et le fléchissement du dollar américain en sont des exemples.
Fait important, après 15 ans de croissance relativement faible du BPA, les ME devraient afficher la plus forte progression des grandes régions à ce chapitre, soit environ 20 % en 2026. Les ME devraient enregistrer une croissance du BPA supérieure à 10 % pour une troisième année consécutive, et dépassant celle des émetteurs d’actions des États-Unis et des autres MD pour une deuxième année consécutive.
Quelles sont les possibilités de rendement supérieur offertes par les actions des ME ?
L’univers des actions de ME est de plus en plus attrayant, car le nombre de pays en faisant partie augmente et les titres cycliques sont moins nombreux. La pondération des secteurs de croissance structurelle gagne en importance, notamment la consommation, la technologie et les infrastructures futures. Par conséquent, le choix de sociétés de qualité élevée est beaucoup plus vaste que par le passé. Cette tendance est en outre renforcée par les réformes structurelles menées dans un certain nombre de marchés clés, lesquelles se traduisent par une plus grande attention accordée aux actionnaires et de meilleurs rendements pour eux.
Malgré ces perspectives favorables, les actions des ME demeurent sous-évaluées et sous-pondérées, et n’ont jamais été aussi peu chères comparativement aux actions des MD. À l’heure actuelle, les pays des ME ne constituent qu’environ 12 % de l’indice MSCI ACWI et demeurent sous-pondérés par la plupart des investisseurs.
Du point de vue des placements, les actions de ME offrent l’une des occasions les plus intéressantes sur le plan du rendement alpha, compte tenu de l’inefficience du marché et de la nature hétérogène de la catégorie d’actifs.
Quels sont, selon vous, les pays qui présentent les meilleures occasions sur une courte période de 12 à 24 mois et pourquoi ?
D’un point de vue géographique, nous observons des occasions diversifiées en raison des réformes structurelles et de l’évolution de la situation politique dans de nombreux marchés, dont les suivants :
Inde
Nous estimons que l’Inde présente l’une des occasions à long terme les plus intéressantes parmi les ME. Le pays offre des perspectives de croissance supérieures, compte tenu de sa situation démographique attrayante et de ses faibles taux de pénétration dans beaucoup de segments. Le taux d’urbanisation de l’Inde est le plus bas dans les ME, mais il devrait s’accroître rapidement pour passer d’environ 30 % aujourd’hui à plus de 50 % d’ici 2050.
Par ailleurs, d’un point de vue ascendant, les sociétés se distinguent réellement par leur qualité ; comparativement à celles d’autres ME, elles sont plus nombreuses à créer de la richesse et elles produisent un meilleur rendement des capitaux propres. Les valorisations sont maintenant moins extrêmes après la contre-performance de l’an dernier ; les titres indiens se négocient à un niveau inférieur à leur prime à long terme par rapport aux ME et les obstacles cycliques diminuent. Abstraction faite de ces facteurs, l’un des principaux obstacles à court terme est le thème de l’IA, compte tenu de la présence limitée de l’Inde dans ce domaine. Toutefois, en cas de déblocage à ce sujet, l’Inde pourrait être bien placée pour dégager des rendements supérieurs.
Chine
En ce qui concerne la Chine, nous jugeons que le pays a composé efficacement avec la guerre commerciale et qu’elle a renforcé ses relations avec d’autres pays que les États-Unis. Au cours des cinq dernières années, l’excédent commercial de la Chine a plus que doublé, tandis que ses exportations sont devenues plus diversifiées et ont progressé dans la chaîne de valeur. Cette évolution témoigne également de l’importance accordée à l’innovation par la Chine, qui lui a permis d’être le chef de file d’un certain nombre de technologies clés comme celles utilisées pour les véhicules électriques, les drones, le transport ferroviaire à grande vitesse, les produits pharmaceutiques, et maintenant aussi l’IA et la robotique. Nous pensons que le lancement de DeepSeek a marqué un moment important qui a démontré la capacité de la Chine à innover, et ce, malgré les restrictions imposées par les États-Unis. Après la remontée de l’an dernier, les valorisations sont revenues à leurs moyennes à long terme et une amélioration de la croissance des bénéfices sera nécessaire pour que la progression se poursuive.
Au cours des cinq dernières années, l’excédent commercial de la Chine a plus que doublé, tandis que ses exportations sont devenues plus diversifiées et ont progressé dans la chaîne de valeur.
Asie et Moyen-Orient
Nous repérons des occasions de choix dans d’autres économies de l’Asie et du Moyen-Orient, compte tenu de l’accélération des réformes structurelles et de l’amélioration des rendements pour les actionnaires. La Corée du Sud se distingue par une vague de réformes qui touchent la gouvernance des entreprises et qui ont été adoptées depuis les événements politiques survenus l’an dernier. D’autres changements sont en cours, et nous nous attendons à ce que cette orientation politique se maintienne. Nous croyons toutefois qu’il sera important de bien choisir les placements à faire en Corée du Sud, car les sociétés n’adopteront pas toutes des mesures résolument plus favorables aux actionnaires.
Amérique latine
Après une conjoncture politique difficile, les perspectives pour l’Amérique latine sont encourageantes, car le cycle électoral actuel marque une réorientation en faveur de gouvernements centristes plus favorables aux marchés dans l’ensemble de la région. L’Amérique latine se distingue aussi par des taux réels exceptionnellement hauts, une capacité à tirer parti de la dépréciation du dollar américain et des valorisations boursières attrayantes, malgré la vigueur récente du marché. À long terme, nous croyons également que la région profite des changements apportés aux chaînes logistiques mondiales et du renforcement des marchandises.
Du point de vue des secteurs et des styles, où se trouvent les occasions et les évolutions les plus intéressantes en ce moment ?
Sur le plan sectoriel, la finance et la consommation de base semblent maintenant particulièrement intéressantes après une période de contre-performance. Les titres de la finance se négocient à un niveau historiquement bas par rapport à ceux de la technologie de l’information, tandis que la prime pour les titres liés à la consommation de base n’a jamais été aussi mince. Les deux secteurs ont été structurellement surpondérés dans nos portefeuilles, conformément à nos paris à long terme sur la financiarisation et la consommation intérieure. Ils ont tous deux tendance à bien se comporter dans un contexte de repli du dollar américain et de baisse des taux d’intérêt. De plus, d’un point de vue ascendant, nous trouvons un nombre démesurément élevé de sociétés de grande qualité dans ces segments.
En ce qui concerne les styles, la reprise de l’an dernier s’est principalement déroulée dans un petit nombre de secteurs. Les titres liés à l’IA ont été les grands gagnants, ce qui a favorisé le rendement du style croissance. Certains secteurs de valeur, comme les métaux et les mines, ont également gagné beaucoup de terrain au sein de l’indice MSCI EM. À l’inverse, les actions et les secteurs de qualité ont été délaissés, de sorte que des occasions de valorisation attrayantes se présentent dans ce segment du marché.