Deux grandes forces dominent actuellement le paysage macroéconomique : le choc énergétique mondial actuel et l’intelligence artificielle (IA) par son avancement rapide et ses grandes promesses. Si la première s’avère temporaire, mais que la seconde perdure, nous prévoyons que les actions surpasseront les obligations tout en reconnaissant que de telles perspectives pour les actions reposent sur un optimisme considérable, en particulier dans les régions où l’IA est prédominante.
La croissance économique résiste malgré les obstacles liés à l’énergie
La très bonne tenue de l’économie reste surprenante malgré le choc énergétique : les données économiques aux États-Unis et dans les pays du G10 se sont embellies par rapport à il y a un an. Les facteurs favorables liés aux dépenses dans l’IA, les mesures de relance budgétaire et l’augmentation de la productivité contribuent tous à améliorer les perspectives de bénéfices des sociétés. Nous nous attendons à ce que le choc énergétique nuise à l’économie, tout en étant d’avis que tout ralentissement de la croissance devrait être assez modéré et en partie résorbé par la suite. Nos prévisions du PIB restent généralement supérieures aux prévisions générales et selon nous, le risque de récession est faible. De plus, notre feuille de pointage du cycle économique indique que nous sommes probablement dans la phase « du milieu » ou « de fin » du cycle, où plusieurs années de croissance économique seront encore possibles.
Les tensions inflationnistes sont momentanément exacerbées par les coûts de l’énergie
Les perspectives d’inflation à court terme ont été revues à la hausse en raison de l’augmentation des prix de l’énergie et de certaines pressions persistantes découlant de l’effet retardé des hausses des droits de douane de l’an dernier. Aux États-Unis, l’inflation des prix à la consommation s’est accélérée pour atteindre 4,2 % d’une année sur l’autre, alors qu’elle était à 2,4 % juste avant la guerre ; l’inflation de base (hors énergie) a aussi progressé, passant de 2,5 % à 2,9 %. Malgré la fin probable attendue de la guerre, les marchés des contrats à terme sur l’énergie intègrent certaines incidences durables, à savoir l’absence de retour complet à la normale des prix de l’énergie après le conflit et certaines répercussions provenant de la hausse des coûts de transport. L’inflation devrait rester élevée en 2026 et probablement jusqu’au printemps 2027, avant que le mécanisme de chute des prix de l’énergie permette à l’inflation de se rapprocher de sa cible pour les mois restants de l’année.
Les devises des marchés émergents sont bien placées pour mener le bal lors de la prochaine dépréciation du dollar américain
Malgré les grands événements géopolitiques, l’évolution des tendances du commerce mondial et le rééquilibrage des portefeuilles par les investisseurs, les marchés des changes ont été beaucoup moins volatils cette année-ci par rapport aux prévisions des investisseurs. Le dollar n’a pas vraiment profité de l’accroissement du risque géopolitique, provoqué par l’attaque de l’Iran par les États-Unis à la fin de février. Cependant, il n’a toutefois pas franchi la limite supérieure de sa fourchette de 5 % en vigueur depuis un an. Nous nous attendons à ce que le dollar américain se déprécie au cours de l’année à venir, et à ce que les devises des marchés émergents fassent bonne figure lors de la prochaine baisse du billet vert. Nous restons généralement optimistes à l’égard de l’Amérique latine, en privilégiant le peso chilien et le real brésilien, ainsi que le renminbi chinois, qui devrait continuer de s’apprécier en raison de l’énorme excédent commercial de la Chine et des progrès réalisés vers l’internationalisation de sa devise.
Les banques centrales changent leur fusil d’épaule en optant pour un resserrement de leur politique à cause des craintes d’inflation
L’ère de détente monétaire, caractérisant les dernières années, semble tirer à sa fin. Les banques centrales envisagent désormais davantage des hausses de taux au lieu de baisses, étant donné que d’une part, la croissance économique reste soutenue et que d’autre part, les pressions inflationnistes ne se cantonnent plus à l’énergie, mais se généralisent. Par conséquent, les prix des contrats à terme ont écarté toute prévision antérieure de réduction des taux d’intérêt pour cette année, et devraient maintenant enregistrer un resserrement modeste. Le marché s’attend à deux autres hausses de la part de la Banque centrale européenne et de la Banque du Canada et à une seule hausse de la part de la Réserve fédérale au cours des douze prochains mois. Toute décision concernant les taux d’intérêt dépendra en fin de compte de l’évolution de l’inflation. Si les tensions inflationnistes s’avèrent essentiellement temporaires comme nous le prévoyons, il se peut que certaines banques centrales n’aient pas besoin de relever les taux autant que le supposent les prix actuels.
Les marchés obligataires offrent un meilleur potentiel de rendement après les hausses de taux obligataires
Le potentiel de rendement des obligations d’État s’est amélioré dans la foulée de la récente hausse des taux obligataires. Pour le trimestre terminé le 31 mai 2026, les taux des obligations d’État ont augmenté de 25 à 60 points de base dans la plupart des grandes régions. Selon notre modèle, les obligations américaines à dix ans offrent à ces niveaux un meilleur potentiel de rendement moyennant un risque d’évaluation minime. Nous prévoyons des rendements de 1 % à 5 % pour les obligations d’État et un potentiel de rendement plus élevé pour les obligations de sociétés, bien que la rémunération supplémentaire du risque de crédit soit historiquement faible, compte tenu de l’écart entre les taux des obligations d’État et ceux des obligations de sociétés, qui est à son plus bas niveau depuis la crise financière mondiale.
Les marchés boursiers se redressent grâce à l’enthousiasme suscité par l’IA et les valorisations montent en flèche
L’augmentation des dépenses liées à l’IA a fait bondir les bénéfices et propulsé les actions à de nouveaux sommets. Les estimations générales des bénéfices du S&P 500 pour 2026 ont fait l’objet d’une révision remarquable à la hausse de 20 % au cours de la dernière année, et les analystes s’attendent maintenant à ce que la croissance des bénéfices demeure forte au cours des prochaines années. Dans l’ensemble, la forte ascension des actions depuis le début de l’année a rendu celles-ci plus chères. Notre composite des marchés boursiers mondiaux se situe maintenant à 20 % au-dessus de la juste valeur, soit le niveau le plus élevé depuis la fin de 2021. Dans le secteur de la technologie, certaines sociétés de logiciels semblent être les perdantes, au vu de la menace suscitée par l’IA pour leurs activités, tandis que les investissements massifs dans le renforcement de la capacité de traitement informatique ont profité aux fournisseurs de matériel. Dans la foulée des solides gains réalisés au dernier trimestre, les cours des actions reflètent un scénario optimiste. Ceci part de l’hypothèse que le contexte macroéconomique favorable et la croissance rapide des bénéfices persisteront. Nous nous attendons à ce que bon nombre des facteurs favorables perdurent et à ce que les prévisions de bénéfices continuent de surpasser les attentes. Cependant, toute dégradation des perspectives nuirait aux actions, après un tel départ en force.
Composition de l’actif – réduction de la sous-pondération des obligations, et maintien d’une légère surpondération des actions, avec un regain d’attrait pour les États-Unis
D’après notre scénario de base, les tensions inflationnistes s’apaiseront à un moment ou l’autre l’an prochain, tandis que l’expansion économique se poursuivra tout en soutenant la croissance des bénéfices des sociétés. Dans ce contexte, nous prévoyons des rendements de 1 % à 5 % pour les obligations et un peu plus élevés pour les actions, même si ces derniers seront limités du fait des valorisations actuellement élevées. Nous avons réduit notre sous-pondération antérieure dans les titres à revenu fixe de 50 points de base en puisant dans les liquidités, étant donné l’amélioration du potentiel de rendement à la suite de la dernière hausse des taux obligataires. Nous avons maintenu une légère surpondération des actions, car nous sommes d’avis qu’elles devraient surpasser les obligations. Cependant, les faibles primes de risque sur actions et les valorisations élevées nous ont incités à ne pas accroître les expositions au risque, malgré les perspectives prometteuses de l’IA. Nous avons neutralisé notre surpondération antérieure des actions des marchés émergents, réalisant ainsi nos bénéfices après une période de forte progression et réduisant notre exposition au risque de concentration élevée de la région dans les actions du secteur des semi-conducteurs. Nous sommes passés d’une surpondération à une sous-pondération en Europe et avons investi le produit des ventes aux États-Unis, qui sont passés d’une sous-pondération au dernier trimestre à une légère surpondération. Pour un investisseur ayant une stratégie équilibrée mondiale, nous recommandons actuellement la composition suivante : 61,0 % d’actions (pondération stratégique « neutre » de 60,0 %), 37,5 % d’obligations (pondération stratégique neutre de 38,0 %) et 1,5 % de liquidités.
Composition d’actifs recommandée
Comité des stratégies de placement RBC GMA
Nota : au 1er juin 2026. Source : RBC GMA