Dagmara Fijalkowski examine les occasions de valeur intéressantes sur les marchés des titres à revenu fixe. Elle souligne que les taux des obligations d’État et de sociétés sont attrayants, tout en signalant qu’il ne faut pas s’attendre à des gains en capital substantiels. Dan Mitchell analyse la vigueur récente du dollar américain au moment où la situation est tendue au Moyen-Orient et souligne le caractère temporaire de ce revirement. Il discute aussi de la force des devises des marchés émergents et de la remontée du dollar canadien au deuxième semestre de 2026.
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Transcription
Dagmara Fijalkowski, MBA, CFA - Première directrice générale, première gestionnaire de portefeuille et cheffe, Titres mondiaux à revenu fixe et devises
Daniel Mitchell, CFA - Premier directeur général et premier gestionnaire de portefeuille, Titres mondiaux à revenu fixe et devises
À votre avis, quelles sont les sources de valeur actuellement sur le marché des titres à revenu fixe ?
Dagmara Fijalkowski
Lorsque les manchettes deviennent alarmistes, je trouve qu’il est bon de prendre le temps de faire le point sur notre connaissance réelle du marché obligataire. Tout d’abord, il offre enfin quelque chose qui n’avait pas été vu depuis longtemps : une prime substantielle pour les prêts à long terme. Si vous détenez des obligations d’État, vous pouvez obtenir des rendements avoisinant 5 %, contre un peu plus de 2 % pour les liquidités. Deuxièmement, les marchés s’attendent à ce que les principales banques centrales ne modifient guère leur politique monétaire d’ici deux ans.
En toute franchise, je pense que ce n’est pas réaliste. Les investissements dans l’IA sont énormes et les perturbations du commerce mondial se poursuivent. Nous devrions en savoir beaucoup plus sur la tournure des événements bien avant. Troisièmement, les investisseurs en obligations se méfient de la dette publique. Pourquoi ? Étant donné que les économies croissent à un rythme raisonnable, les gouvernements accumulent des déficits importants, et nous venons de connaître une flambée de l’inflation.
Les investisseurs exigent à juste titre une meilleure rémunération. C’est ce qui explique l’accentuation des courbes de rendement à l’échelle mondiale. Il est donc difficile pour les banques centrales de justifier d’autres baisses de taux. Notre point de vue est très simple. Il ne faut pas s’attendre à ce que les obligations rapportent beaucoup de gains en capital au cours de la prochaine année. Les obligations devraient procurer des rendements légèrement supérieurs à ceux des liquidités grâce à l’accentuation des courbes de taux, et en l’absence d’un repli économique majeur. C’est un portrait très réaliste. Où se trouve la valeur ? Il est important de noter que les obligations ne sont pas toutes pareilles. Outre les États-Unis, de nombreux marchés hors du Canada offrent des rendements en revenu supérieurs, compte tenu de la couverture du risque de change. C’est pourquoi nous recommandons une surpondération des obligations autres que canadiennes. Nous avons pris une décision qui pourrait vous surprendre. Nous surpondérons les obligations d’État japonaises. Je sais que le Japon servait habituellement d’exemple lorsqu’il était question de prudence à l’égard du risque budgétaire. Mais en fait, la situation financière du Japon est meilleure que celle des États-Unis, du Royaume-Uni ou de la France à l’heure actuelle. Le déficit budgétaire a diminué. Bien sûr, la dette brute du pays est considérable, mais le Japon maintient aussi la position extérieure globale nette la plus importante du G7. Le marché rémunère largement les investisseurs assumant des risques qui, selon nous, sont surévalués.
Nous continuons également de recommander une hausse des positions en obligations de sociétés de catégorie investissement. Les bilans des sociétés demeurent sains. En fait, l’endettement des sociétés s’est amoindri depuis la crise financière, alors que la dette des États a gonflé. Nous reconnaissons que les écarts de crédit sont minces. Néanmoins, les rendements globaux restent attrayants, et nous estimons que tout élargissement serait graduel plutôt que soudain. Pour conclure, nous savons qu’il y a beaucoup d’inconnues. Nous sommes exposés à des risques géopolitiques, anciens et nouveaux. Par exemple, la guerre avec l’Iran. Incertitude politique. Tous ces éléments pourraient être lourds de conséquences pour les marchés. Mais nous pouvons aussi nous appuyer sur ce que nous savons. L’inflation revient vers la normale. Les économies tiennent le coup et les obligations offrent enfin une rémunération raisonnable pour compenser le risque lié au terme. C’est pourquoi nous nous efforçons de constituer de solides portefeuilles capables de surmonter les mauvaises surprises auxquelles font face les marchés. Nous pouvons ainsi augmenter le risque dans les cas où la rémunération est généreuse.
Comment le dollar américain réagit-il au conflit au Moyen-Orient ?
Dan Mitchell
Avant le conflit en Iran, le dollar était en baisse depuis près d’un an et avait perdu environ 20 % de sa valeur pondérée en fonction des échanges. L’euro, dont la valeur est passée d’environ 103 en avril dernier à 120 en janvier, a été le principal bénéficiaire de ce recul. En réalité, le mouvement a été généralisé, car la plupart des devises des marchés émergents et développés ont profité de la faiblesse du dollar. Précisons que certaines des devises d’Amérique latine figurant parmi les plus volatiles ont gagné plus de 20 %, alors que celles de l’Asie se sont appréciées de moins de 10 %, étant donné que les banques centrales de cette région ont tendance à être plus actives en période de fluctuations temporaires. Avant le début de ce conflit au Moyen-Orient, les négociateurs et les investisseurs s’étaient habitués à une chute du dollar, et ils avaient vraiment pris des positions en fonction de cette tendance.
Par conséquent, lorsque le prix du pétrole a monté en flèche et que la volatilité s’est accrue sur l’ensemble du marché, nombreux sont ceux qui se sont empressés de liquider certaines de ces positions et de racheter le dollar. Nous pensons que cette situation explique en grande partie la vigueur du billet vert au cours des dernières semaines, mais nous avons l’impression que ce phénomène sera temporaire. L’important pour nous est la durée de ce conflit. Combien de temps le prix du pétrole restera-t-il élevé ? Et tant que nous évaluerons la longueur de cet événement géopolitique en semaines plutôt qu’en mois, nous serons justifiés de croire que les investisseurs nationaux aux États-Unis continueront d’élargir leurs placements et de diversifier leurs avoirs en acquérant des actions étrangères, tandis que les investisseurs étrangers pourraient continuer de couvrir leurs positions en dollars américains. Une fois que le dénouement de positions sera terminé, les devises des marchés émergents seront à notre avis les grands bénéficiaires de l’affaiblissement du dollar. Les actions des ME devraient en profiter par ricochet. Nous pensons également que le dollar canadien pourrait s’apprécier davantage au deuxième semestre de 2026. Sa progression a été freinée par les préoccupations concernant la vague de renouvellement des prêts hypothécaires à taux fixe qui doit déferler cette année.
Mentionnons aussi les préoccupations entourant l’aboutissement des négociations au sujet de l’accord commercial entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. Lorsque les investisseurs seront un peu plus convaincus que ces deux types de préoccupations s’apaiseront, le huard pourra vraisemblablement progresser encore un peu. Pour l’instant, nous prévoyons de légers gains pour le huard et un taux de change de 130 par dollar à la fin de 2026.