~Avec la collaboration de Vivien Lee, d’Aaron Ma et d’Eric Savoie
Accord avec l’Iran
Avez-vous déjà entendu cette phrase ? Les États-Unis et l’Iran sont sur le point de conclure un accord de paix. (Cela doit faire une quarantaine de fois.)
Après tant de faux départs au cours des trois derniers mois, il est bon de prendre la nouvelle avec un grain de sel, d’autant plus que certains points ne sont toujours pas résolus.
Heureusement, malgré tout, la situation est différente cette fois-ci : les deux parties reconnaissent qu’un accord de paix a été conclu. L protocole d’entente devrait être signé le vendredi 19 juin, en Suisse. L’entente imminente a aussi été confirmée par le Pakistan et le Qatar, qui ont joué les intermédiaires. Les derniers détails, concernant principalement le programme nucléaire de l’Iran et les sanctions imposées au pays, seront réglés au cours des 60 jours suivant la signature.
L’entente
Détroit d’Ormuz
Le double blocus du détroit d’Ormuz devrait prendre fin après la ratification de l’accord cette semaine ; le détroit sera graduellement rouvert à mesure que les opérations de déminage avancent. L’Iran est censé procéder au déminage et certains pays européens pourraient aussi y participer. Au moins une version du texte mentionne que la navigation devrait revenir à la normale dans les 30 jours.
Le texte mentionne également que l’Iran n’imposera pas de droits de péage au cours des 60 jours prévus pour les dernières négociations. Voilà qui ouvre la possibilité qu’il en impose ultérieurement. D’ailleurs, on parle de paiements de réparation et, en toute logique, ceux-ci devraient provenir d’une source de revenus comme un péage, plutôt que de versements directs des États-Unis ou d’Israël. Toutefois, le scénario le plus probable est qu’il n’y aura pas de droits de péage.
Matériaux nucléaires
L’Iran promet de ne pas se procurer ni mettre au point des armes nucléaires. L’un des sujets clés de la prochaine période de négociations de 60 jours sera la gestion des stocks nucléaires de l’Iran. Apparemment, l’engagement minimal serait de diluer les matériaux sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie. Ils pourraient aussi être transférés aux États-Unis.
Offre de pétrole
L’accord autoriserait l’Iran à vendre son pétrole pendant le cessez-le-feu de 60 jours. En principe, cela conférerait à l’Iran une liberté plus grande que celle dont il disposait avant la guerre, puisque les sanctions limitaient ses activités au marché noir.
Sanctions
Les sanctions contre l’Iran devraient être levées graduellement, en fonction de la progression des pourparlers prévus sur le nucléaire. Une version du texte en persan indique que toutes les sanctions contre l’Iran prendront fin après un délai convenu d’un commun accord. Si cela est vrai, l’Iran pourra échanger avec le monde beaucoup plus librement qu’avant la guerre. Cependant, toute divergence dans les attentes des deux parties pourrait être source de conflit.
Reconstruction
Selon certaines informations, le texte de l’Iran inclut une réclamation de 300 milliards de dollars américains pour la reconstruction et l’expansion économique. Une partie de cette somme pourrait simplement provenir du déblocage par les États-Unis de 25 milliards de dollars américains d’actifs iraniens. Il n’est pas clair d’où proviendrait le solde. Il a été question d’une augmentation des investissements de la Chine en Iran, mais sans doute pas dans cette mesure, et certainement avec ses propres intérêts commerciaux à l’esprit. Il semble donc peu probable que les États-Unis et Israël s’engagent à un financement direct de l’Iran à cette hauteur.
On pourrait imaginer d’éventuels droits de douane sur le détroit d’Ormuz, qui permettraient à l’Iran de récupérer cette somme au fil du temps, mais il n’y a eu aucune référence directe à cette possibilité (en fait, de nombreuses parties s’y opposeraient farouchement et elle est explicitement interdite pendant les 60 premiers jours). Nous présumons que cela ne se produira pas. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il pourrait y avoir encore des divergences entre ce que les deux parties pensent accepter.
Combats
Dans le cadre de l’accord de paix, tous les combats prendraient naturellement fin. Cela comprend ceux entre Israël et le Liban.
Par extension, il semble peu probable que l’accord mette fin au soutien de l’Iran aux milices régionales. De plus, le texte accessible au public ne mentionne pas de limitation de la possession de missiles et de drones par l’Iran.
Régime iranien
Malgré le soulèvement populaire en Iran, qui a fortement motivé les États-Unis à entrer dans cette guerre, il semble que le conflit prendra fin et que le même régime iranien sera maintenu. L’entente provisoire prévoit explicitement de ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures les uns des autres.
Risques
Plusieurs risques évidents pourraient empêcher les récentes annonces de mettre fin à la guerre de façon durable :
Les deux pays se sont déjà rapprochés d’une entente à plusieurs reprises, mais ne sont jamais parvenus à la ligne d’arrivée. Les versions anglaise et perse semblent comporter plusieurs différences importantes, ce qui donne à penser que la conclusion d’une entente pourrait encore être hors de portée. Il est particulièrement important de régler la question des 300 milliards de dollars américains en réparations.
Même si un protocole d’entente est signé plus tard cette semaine, d’autres détails devront être mutuellement déterminés dans les 60 jours suivants pour que l’accord de paix soit durable.
Israël pourrait refuser de mettre fin à ses opérations militaires contre le Hezbollah. Le pays a récemment indiqué qu’il ne prévoyait à tout le moins pas renoncer à l’occupation du sud du Liban.
Incidences
Malgré la grande incertitude et certains risques, nous croyons qu’une entente imminente est néanmoins probable.
Les prix du pétrole ont reculé d’environ 5 % à la suite de cette annonce, et le prix du baril du West Texas Intermediate s’établit maintenant à 81 $ US. C’est le prix le plus bas depuis le début de mars, mais il dépasse toujours d’environ 20 $ US la norme d’avant la guerre.
Les taux obligataires ont infiniment chuté au cours de la dernière journée, mais ils ont perdu 9 points de base au cours de la dernière semaine, les craintes d’inflation s’étant atténuées.
L’indice S&P 500 a bondi de près de 2 %, ce qui confirme que, malgré la vigueur du marché ces derniers mois, la guerre a exercé une légère pression à la baisse.
On suppose que la mise en œuvre réelle de l’entente devrait donner de l’élan à cette même direction pour chacun de ces actifs.
D’un point de vue économique, nous n’envisageons pas actuellement de relever nos prévisions de croissance ou d’abaisser nos prévisions d’inflation, malgré les lueurs de bonnes nouvelles. Notre scénario de base s’appuyait déjà sur une résolution à court terme du conflit. Le danger aurait été si la guerre avait encore duré plusieurs mois, ce qui nous aurait obligés à revoir à la baisse nos prévisions de croissance et à relever nos prévisions d’inflation.
– EL
Résilience aux États-Unis
En dépit du choc énergétique, l’économie américaine continue de très bien se porter. En fait, l’indice de variation des données des États-Unis de Citi, qui mesure si les données économiques se sont généralement améliorées ou détériorées par rapport à l’année précédente, est maintenant à son plus haut niveau depuis 2021 (voir le graphique).
Les données économiques globales s’améliorent aux États-Unis
Au 9 juin 2026. Sources : Citi, Macrobond, RBC GMA.
Après avoir ralenti, le marché de l’emploi semble s’être stabilisé aux États-Unis et le taux de chômage se situe à des niveaux correspondant au plein emploi. En moyenne, 114 000 emplois ont été créés chaque mois depuis le début de l’année, ce qui est nettement supérieur au rythme prévu compte tenu des tendances démographiques et de l’immigration. De plus, le nombre d’offres d’emploi augmente (dépassant à nouveau le nombre de personnes sans emploi) et le nombre de demandes initiales de prestation d’assurance-emploi reste bas.
Les données d’enquêtes ont été contrastées, la confiance des consommateurs et des petites entreprises ayant été ébranlée par la hausse des coûts de l’énergie. Cependant, les mesures de la confiance sont des indicateurs notoirement peu fiables de l’activité réelle.
Soulignons que les indices ISM (Institute for Supply Management) des secteurs manufacturier et non manufacturier, qui sont suivis de près, se sont nettement améliorés et sont fermement en territoire expansionniste. Cette vigueur est en partie attribuable à des commandes concentrées en prévision des hausses de prix prévues et des retards dans la chaîne logistique (qui signalent habituellement une forte demande). Toutefois, nous ne faisons pas totalement fi des plus récentes données, puisque la reprise révélée par l’enquête a commencé avant les distorsions découlant du conflit en Iran (voir le graphique).
Les enquêtes de l’Institute for Supply Management signalent que l’expansion est déjà bien engagée
En date de mai 2026. Sources : Institute for Supply Management (ISM), Macrobond, RBC GMA.
Les investissements des entreprises continuent de grimper, à commencer par ceux dans les technologies (comme nous l’avons vu dans la section du présent rapport consacrée à la productivité aux États-Unis). Les cinq grandes sociétés à très grande échelle devraient dépenser 738 milliards de dollars cette année, soit 78 % de plus que l’an dernier et 38 % de plus que les estimations générales en début d’année. Comme nous le verrons dans une autre section, les dépenses de consommation tiennent bien le coup face à la hausse des prix de l’essence.
Dans l’ensemble, la Réserve fédérale d’Atlanta prévoit une solide croissance annualisée de 3,3 % du produit intérieur brut (PIB) au deuxième trimestre. Cette prévision cadre avec notre opinion que l’économie américaine est peu touchée par la hausse des prix de l’énergie, étant donné son statut d’exportateur net d’énergie. En outre, des facteurs favorables, tels que les dépenses en immobilisations dans l’IA, l’incidence de la richesse boursière et les baisses d’impôt continuent de la soutenir. Nos prévisions de croissance aux États-Unis pour cette année sont supérieures à la moyenne ; nous nous attendons à un gain de 2,2 % d’un quatrième trimestre sur l’autre.
– JN
Quels sont les moteurs de la croissance de la productivité aux États-Unis ?
Aux États-Unis, la croissance de la productivité de la main-d’œuvre s’est accélérée pour atteindre près de 3 % d’une année sur l’autre au premier trimestre. Il s’agit de son rythme le plus soutenu depuis deux décennies, si l’on exclut les rebonds post-récession et la volatilité liée à la pandémie. Grâce à cette reprise inattendue, la productivité de la main-d’œuvre est désormais supérieure de près de 2 % aux prévisions établies au début de la décennie (voir le graphique).
La croissance de la productivité de la main-d’œuvre aux États-Unis a surpassé les attentes
Au 2 juin 2026. Les prévisions du Congressional Budget Office (CBO) ont été réindexées sur les chiffres réels du T4 de 2019. Sources : CBO, Bureau of Labor Statistics (BLS) des États-Unis, RBC GMA.
Les données sur la productivité peuvent être volatiles et sujettes à révision, mais les chercheurs de la Réserve fédérale de San Francisco, s’appuyant sur un modèle de changement de régime, suggèrent qu’il est plus probable que les États-Unis soient entrés dans un régime de forte croissance de la productivité de la main-d’œuvre. Le dernier régime de ce type s’est étendu du milieu des années 1990 au début des années 2000, coïncidant avec l’essor des technologies informatiques et d’Internet, période durant laquelle la croissance de la productivité moyenne était de 3 % par an.
Qu’est-ce qui motive ce changement de régime ? Il serait tentant d’attribuer la totalité de cette reprise à l’IA, qui, selon nous, contribuera grandement à la croissance de la productivité au cours de la prochaine décennie. On peut clairement observer que les gains de productivité étonnamment élevés aux États-Unis (par rapport aux prévisions du CBO et aux tendances d’avant la pandémie) ont commencé juste au moment où ChatGPT a fait son apparition fin 2022.
Cependant, les technologies à usage général comme l’IA ne se traduisent pas toujours immédiatement par des gains de productivité. En 1987, l’économiste Robert Solow faisait remarquer avec humour que l’on voyait « des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité ». En effet, ce n’est qu’à partir de la seconde moitié des années 1990 que la productivité a clairement connu une accélération.
En réalité, la productivité peut initialement diminuer selon un effet de « courbe en J » lorsque les entreprises effectuent des investissements incorporels, comme la réorganisation de leurs processus et la reconversion des employés, afin de tirer parti d’une nouvelle technologie. Toutefois, compte tenu de l’adoption exceptionnellement rapide de l’IA générative par rapport aux technologies passées, nous sommes peut-être déjà en train de passer de cette phase d’investissement à la phase où l’IA commence réellement à améliorer la productivité.
Les micro-études mettant en évidence des gains de productivité pour certaines tâches ou fonctions grâce à l’IA ne manquent pas : Goldman Sachs note un gain de productivité médian de 20 % découlant de l’adoption de l’IA dans 28 études universitaires. Les témoignages d’une vingtaine d’entreprises suggèrent une augmentation médiane de la productivité encore plus forte, de l’ordre de 30 %. Cependant, sur le plan macroéconomique, rien ne prouve encore que l’IA stimule la croissance de la productivité.
L’argument provisoire le plus solide provient peut-être d’une étude de la Réserve fédérale de Saint-Louis publiée à la fin de l’année dernière : elle suggère que l’IA générative pourrait avoir augmenté la productivité de la main-d’œuvre aux États-Unis de 1,3 % depuis l’introduction de ChatGPT. Cette augmentation représente environ les deux tiers de la croissance excédentaire de la productivité (par rapport aux tendances d’avant la pandémie) observée au cours de cette période. Cependant, cet article s’appuyait sur des gains de temps autodéclarés liés à l’adoption de l’IA, ce qui, selon une autre étude, pourrait surestimer les gains de productivité réels (les répondants pensent que l’IA leur fait gagner plus de temps qu’elle ne le fait réellement).
Malgré l’absence de preuves définitives, les économistes semblent de plus en plus reconnaître que l’IA joue un rôle dans la croissance de la productivité. Comme le montre le graphique ci-dessous, les secteurs où l’adoption de l’IA est plus forte affichent généralement une croissance de la productivité supérieure aux tendances d’avant la pandémie. En moyenne, une hausse de 10 % de l’adoption de l’IA s’accompagne d’une accélération de 1 % de la croissance de la productivité.
Cette corrélation positive n’est apparue que récemment. De même, une analyse de Morgan Stanley a révélé que le quartile supérieur des secteurs les plus exposés à l’IA représentait 70 % de la croissance de la productivité l’année dernière, contre environ 40 % en 2024.
Les secteurs où l’adoption de l’IA est plus forte voient généralement leur productivité augmenter
Au 4 juin 2026. La taille de la bulle correspond à la part du secteur dans le PIB. La productivité correspond à la valeur ajoutée réelle par heure travaillée. Sources : BLS, Census Bureau des É.-U., RBC GMA.
Nous pensons que l’IA contribue déjà à la forte croissance de la productivité aux États-Unis, mais qu’elle n’en est probablement pas le seul moteur. Voici quelques autres facteurs qui pourraient entrer en jeu :
Investissements dans les technologies non liées à l’IA : les investissements des entreprises (ou « approfondissement du capital ») ont été l’un des principaux moteurs de la croissance de la productivité de la main-d’œuvre. Les travailleurs sont plus efficients car ils disposent de meilleurs outils pour accomplir leur travail. La récente croissance des dépenses en immobilisations des entreprises a presque exclusivement concerné des produits technologiques comme les logiciels et les ordinateurs (voir le tableau ci-dessous). Si cette accélération résulte en partie de l’augmentation des dépenses en immobilisations des géants de l’IA, tous les investissements technologiques ne sont pas nécessairement liés à l’IA. L’adoption par les entreprises d’infrastructures infonuagiques, de technologies de travail à distance et hybrides, et les investissements dans la numérisation des chaînes logistiques y contribuent probablement aussi. De même, la qualité accrue des outils numériques dont disposent les travailleurs (pas nécessairement l’IA générative) les rendent probablement plus productifs.
Développement de l’IA en lui-même (et pas seulement son adoption) : les secteurs qui tirent profit des dépenses en immobilisations susmentionnées (conception de systèmes informatiques, les logiciels, le traitement de données et la fabrication de produits informatiques et électroniques) affichent eux aussi une croissance forte et accélérée de leur productivité. L’IA accroît la productivité des codeurs, mais cela n’explique probablement pas la vigueur observée dans l’ensemble de la chaîne logistique technologique. C’est peut-être le développement des centres informatiques dédiés à l’IA (et les investissements technologiques en général), plutôt que l’adoption de l’IA elle-même, qui contribue à la croissance de la productivité. Cela dit, les secteurs qui bénéficient de ces investissements représentent une part relativement faible de l’économie globale ; il est donc peu probable qu’il s’agisse du principal moteur des gains de productivité.
Fin de la thésaurisation de la main-d’œuvre postpandémique : échaudées par les pénuries de main-d’œuvre qui ont suivi le choc initial lié à la COVID, de nombreuses entreprises ont embauché de manière excessive après la pandémie et ont conservé leurs salariés, alors même que l’économie en surchauffe commençait à s’essouffler. Ces effectifs pléthoriques ont entraîné une sous-utilisation de la main-d’œuvre, ce qui a pesé sur la croissance de la productivité en 2022 et 2023. Toutefois, à mesure que les entreprises se sont délestées de leur main-d’œuvre excédentaire, cette sous-utilisation a commencé à s’inverser, favorisant ainsi les gains de productivité récents. Selon Barclays Research, ce facteur a fortement contribué à la croissance de la productivité depuis le milieu de l’année 2024, mais il a désormais largement fait son temps et sera moins favorable à l’avenir.
Évolution de la composition de l’effectif : la vigueur de l’immigration après la pandémie a probablement fait évoluer la nature des emplois vers des postes moins bien rémunérés et moins productifs, pesant ainsi sur la productivité moyenne. Toutefois, le récent recul de l’immigration pourrait désormais soutenir la croissance de la productivité. Les chercheurs de la Réserve fédérale de Saint-Louis estiment néanmoins que cet effet a été modeste. Leur mesure de la qualité de la main-d’œuvre, qui rend compte de l’évolution de la composition de la main-d’œuvre, a reculé de 0,6 % entre le premier trimestre de 2023 et le troisième trimestre de 2024, période durant laquelle la part des travailleurs nés aux États-Unis a diminué d’un point de pourcentage (pp). Le recul de la qualité de la main-d’œuvre s’est maintenant complètement inversé, ce qui a contribué aux récents gains de productivité. La composition de la main-d’œuvre a toutefois eu un effet net neutre au cours des trois dernières années ; elle n’explique donc pas l’amélioration de la productivité sur l’ensemble de cette période.
L’investissement technologique a été un facteur clé des dépenses en immobilisations des entreprises
Au 4 juin 2026. Sources : Bureau of Economic Analysis des États-Unis (BEA), RBC GMA.
En conclusion, l’accélération récente de la croissance de la productivité aux États-Unis s’explique probablement par plusieurs facteurs. L’IA n’est pas le seul facteur en cause. Cependant, les données montrent de plus en plus que l’IA joue un rôle important dans cette dynamique.
À l’avenir, nous pensons que l’IA s’imposera finalement comme une technologie transformatrice et polyvalente, capable de stimuler encore davantage la productivité à mesure que son adoption continuera de progresser et que les modèles et les utilisateurs gagneront en maîtrise. Si les États-Unis sont au cœur du développement de l’IA et que bon nombre de leurs entreprises s’avèrent être des précurseurs, les gains de productivité devraient, à terme, profiter aux utilisateurs et aux entreprises du monde entier, constituant ainsi un facteur favorable majeur à la croissance mondiale.
– JN
Le point sur les dépenses de consommation aux États-Unis
Préoccupations des consommateurs
Ces dernières années ont été inhabituelles, en ce sens que les consommateurs américains, habituellement tout-puissants, ont été éclipsés par la croissance extraordinaire des dépenses en immobilisations engagées dans le cadre de la révolution de l’IA. En conséquence, le taux de croissance des dépenses en immobilisations non résidentielles aux États-Unis a largement dépassé celui de la consommation des ménages durant la majeure partie des quatre dernières années (voir le graphique ci-dessous).
L’écart entre la croissance des dépenses en immobilisations aux É.-U. et celle de la consommation est encourageant
Au T1 de 2026. Sources : BEA, Macrobond, RBC GMA.
Bien sûr, cela ne signifie pas que les consommateurs n’ont plus d’importance. Même une croissance modeste des dépenses de consommation aux États-Unis contribue davantage à la croissance économique globale qu’une croissance rapide des dépenses en immobilisations (voir le graphique ci-dessous), en raison de la part considérable qu’elle représente dans l’économie.
La croissance des dépenses de consommation contribue grandement à la croissance du PIB américain
Au T1 de 2026. Sources : BEA, Macrobond, RBC GMA.
Il est donc important de voir au-delà des fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle, des centres informatiques et des grands modèles de langage – dont les mérites sont indéniables –, et de nous intéresser à ce que font les consommateurs américains et à ce que l’avenir pourrait réserver à ce segment de l’économie qui demeure crucial.
Il n’est pas difficile d’être pessimiste à l’égard de la consommation. La flambée des prix de l’énergie en 2026 a érodé le pouvoir d’achat des ménages. La confiance des consommateurs est donc au plus bas. À plus long terme, la faiblesse de l’immigration aux États-Unis freinera le rythme de la croissance démographique, limitant ainsi la croissance globale des dépenses.
Une hausse des dépenses de consommation étonnamment bonne
La situation n’est toutefois pas aussi morose qu’elle n’y paraît. Prouvant une fois de plus que la confiance reflète rarement les comportements réels, la croissance nominale des dépenses de consommation affiche en réalité un taux plutôt satisfaisant de +4,9 % d’une année sur l’autre. Elle semble même s’accélérer légèrement (voir le graphique ci-dessous). Si cette accélération est quelque peu illusoire, car elle reflète une hausse des dépenses pour la même quantité de produits énergétiques, la croissance réelle des dépenses de consommation reste néanmoins stable. Son taux de 2,1 % par an n’est pas réjouissant, mais il n’est pas mauvais pour autant.
Les dépenses de consommation demeurent stables aux États-Unis après correction de l’inflation
En date d’avril 2026. Sources : BEA, Macrobond, RBC GMA.
Sur une note optimiste, l’outil de suivi en temps réel des dépenses de consommation de Bank of America démontre même qu’il y a eu une accélération significative de la croissance des dépenses de consommation (hors essence) aux États-Unis au cours des six derniers mois (voir le graphique ci-dessous).
Les dépenses des consommateurs américains par cartes de crédit augmentent rapidement
Au 6 juin 2026. Le total des dépenses par cartes comprend l’ensemble des opérations par CAB, qui tient compte des ventes au détail et des services payés par carte. Il exclut les paiements traités par une chambre de compensation automatisée. Sources : Bank of America Global Research, RBC GMA.
Même si cela importe peu pour les entreprises qui misent sur la croissance globale des dépenses de consommation, il est néanmoins important de reconnaître que les Américains dépensent à un rythme plutôt soutenu. Les données officielles du U.S. Bureau of Economic Analysis affichent une croissance des dépenses de consommation par habitant de +1,8 % d’une année sur l’autre, ajustée à l’inflation, un rythme normal pour les dernières années (voir le graphique suivant). Un rythme « normal » n’est ordinairement pas un motif de réjouissance, mais au vu des craintes d’un effondrement de la consommation, voici une nouvelle particulièrement bienvenue.
Les dépenses de consommation continuent de faire bonne figure aux États-Unis
En date d’avril 2026. Sources : U.S. Consumer Bureau, Macrobond, RBC GMA.
Pourquoi une telle résilience ?
Qu’est-ce qui explique la si bonne tenue de la consommation américaine malgré les obstacles susmentionnés ? Il y a plusieurs raisons.
Un phénomène utile réside dans la vigueur récente des embauches, qui ont largement dépassé les attentes et ont presque triplé le rythme nécessaire au maintien d’un taux d’emploi stable depuis le début de l’année 2026. Qui dit plus de travailleurs dit plus de dépenses globales. Le rythme de l’embauche ne pourra probablement pas se maintenir. Quoi qu’il en soit, le constat général de la bonne santé de l’économie américaine donne à penser que le nombre d’Américains rémunérés devrait continuer de croître à un rythme adéquat.
La croissance des salaires constitue l’autre moitié de l’équation standard qui détermine l’évolution des dépenses de consommation. Chacun y trouvera son compte dans les chiffres (voir le graphique suivant). Les pessimistes noteront à juste titre que le taux de croissance des salaires nominaux ralentit de manière constante et que la croissance des salaires réels est désormais négative. Le tableau global n’est toutefois pas tellement assombri.
La croissance des salaires nominaux reste particulièrement rapide par rapport à la norme d’avant la pandémie. En outre, la croissance des salaires réels était stable et tout à fait respectable avant le choc énergétique, et devrait reprendre dès que celui-ci sera fini.
La croissance des salaires est devenue négative aux États-Unis
En date de mai 2026. Sources : BLS, Macrobond, RBC GMA.
L’une des principales raisons pour lesquelles la croissance des dépenses de consommation résiste est que les ménages choisissent d’épargner moins (voir le graphique suivant). En d’autres termes, la croissance des dépenses de consommation dépasse celle des revenus personnels. Cette situation n’est pas tenable longtemps, mais est tolérable en ce moment. Même si le taux d’épargne des ménages qui en résulte a maintenant atteint un creux historique, une certaine baisse au fil du temps est appropriée, étant donné que le pourcentage de retraités augmente. En outre, comme nous en discuterons plus loin, l’épargne s’avère moins nécessaire lorsque les actifs financiers des Américains augmentent rapidement.
Le taux d’épargne des particuliers aux États-Unis est relativement bas et en baisse
En date d’avril 2026. Les zones ombrées représentent une récession. Sources : BEA, Macrobond, RBC GMA.
Il existe également des facteurs particuliers qui soutiennent le consommateur américain (et qui dans certains cas atténuent les difficultés qu’il ressent). Jusqu’à présent en 2026, les baisses d’impôt ont rapporté davantage aux ménages américains que la hausse du prix de l’essence leur a coûté (voir le graphique suivant). Les dépenses en essence pourraient finir par dépasser les remboursements d’impôt si le choc devait persister contre toute attente jusqu’à la fin de l’année. Toutefois, les remboursements de l’impôt sur le revenu des particuliers sont sans doute sous-comptabilisés dans le graphique. La baisse des taux d’imposition ne procure pas seulement les remboursements calculés à partir des déclarations de revenus de 2025, mais également un montant similaire d’économies d’impôt réparties sur chaque fiche de paie en 2026.
Les remboursements de droits de douane sont indiqués dans le graphique pour donner un ordre de grandeur, bien qu’ils profitent bien sûr directement aux entreprises plutôt qu’aux ménages.
Les remboursements de droits de douane seront supérieurs aux remboursements supplémentaires de l’impôt sur le revenu des particuliers découlant de la loi One Big Beautiful Bill Act
Au 1er juin 2026. Les remboursements supplémentaires de l’impôt sur le revenu des particuliers s’entendent de la variation d’une année sur l’autre des remboursements de cet impôt depuis le début de l’exercice. Sources : département du Trésor américain, U.S. Customs and Border Protection, RBC GMA.
Les ménages convertissent habituellement une fraction de la richesse créée par la hausse du marché boursier en dépenses de consommation. Il est important de noter que le montant total du patrimoine en actions détenu par les ménages américains a environ doublé depuis 2019, ce qui rend théoriquement cet effet positif deux fois plus puissant aujourd’hui pour chaque point de pourcentage de rendement boursier supplémentaire. Ne sous-estimons pas cet effet.
Bien que désavantageuses, les répercussions négatives des prix élevés du pétrole sur l’économie (et, par conséquent, sur les ménages) sont moins importantes que par le passé (voir le graphique suivant).
Au cours des 50 dernières années, l’économie mondiale est devenue beaucoup moins dépendante du pétrole
Au 18 mars 2026. Sources : BP Statistical Review of World Energy, ONU commerce et développement, Macrobond, RBC GMA.
Bien que la confiance des consommateurs ait considérablement chuté, nous avons tendance à ne pas y accorder trop d’importance. Il a été démontré à maintes reprises qu’elle prédit très mal le comportement humain réel.
En fin de compte, la croissance des dépenses de consommation résiste mieux qu’on ne pourrait l’imaginer, et il existe des raisons tout à fait légitimes à cette résilience. Là encore, c’est en réalité très important pour l’ensemble de l’économie américaine, car les investissements des entreprises représentent une part trop faible du PIB pour soutenir à eux seuls la croissance.
Les ménages à faible revenu
Qu’en est-il des ménages modestes ? Depuis quelques années, ceux-ci s’en sortent moins bien que les autres Américains. Ils ont plus pâti des droits de douane et moins bénéficié des baisses d’impôt. En outre, ils profitent beaucoup moins de la hausse des cours boursiers en raison de la diminution de leurs avoirs plus modestes, et se retrouvent dans une situation plus précaire lorsque le prix des carburants augmente en raison d’une orientation plus forte de leurs dépenses vers les biens essentiels comme l’essence.
Malgré tout cela, des rumeurs récentes laissent entendre que les ménages à faible revenu choisissent néanmoins de dépenser davantage. Une partie de l’explication tient au surcoût de leurs dépenses en essence. Toutefois, une mesure en temps réel des dépenses globales des ménages à faible revenu, qui exclut l’essence et l’épicerie, affiche aussi une accélération. Voilà qui est intéressant, bien qu’il reste vrai que les Américains à revenu plus élevé enregistrent une croissance encore plus rapide, et que la contre-performance des consommateurs à faible revenu persiste désormais depuis une année complète (voir le graphique suivant).
L’écart de dépenses entre les ménages américains à faible revenu et ceux à revenu élevé persiste
Au 6 juin 2026. Le total des dépenses par carte comprend l’ensemble des opérations par cartes auprès de Bank of America (BofA), qui tient compte des ventes au détail et des services payés par cartes. Il n’inclut pas les paiements du système ACH. Les groupes de revenu sont fondés sur les estimations quantitatives du revenu des ménages de Bank of America. Le groupe de ménages à plus faible revenu (à revenu plus élevé) représente le tercile inférieur (supérieur). Sources : BofA Global Research, RBC GMA.
Peu d’éléments soutiennent les ménages à faible revenu, mais il existe une exception : le coût des loyers augmente moins rapidement que d’ordinaire – et baisse même carrément selon un indicateur. Les ménages à faible revenu sont plus susceptibles d’être locataires que les autres, ce qui s’avère avantageux dans ce contexte.
On pourrait aussi avancer que les ménages modestes sont peut-être moins anxieux à l’idée d’être remplacés dans leur travail par l’intelligence artificielle. Ce risque semble plus important pour les « cols blancs ».
Les taux de défaillance sur les prêts à la consommation aux États-Unis ont amorcé un repli tout au long du premier trimestre de l’année. On peut en déduire que, quel que soit le niveau de revenu, moins de ménages ont du mal à joindre les deux bouts (voir le graphique suivant). La situation est toutefois antérieure à la crise de l’énergie. Il faudra surveiller les données du prochain trimestre.
Les prêts à la consommation en souffrance aux États-Unis étaient en baisse avant le choc énergétique
Données au T1 2026. Sources : Réserve fédérale de New York, Macrobond, RBC GMA
Notre feuille de pointage actualisée de la santé budgétaire
Nous venons de mettre à jour notre feuille de pointage de la santé budgétaire avec les dernières données. Nous avons aussi étendu la série dans le passé afin d’évaluer formellement la détérioration de la situation budgétaire au cours des dernières décennies. La feuille de pointage porte sur 27 grandes économies, auxquelles a été attribuée une note individuelle de 1 à 5 (la plus élevée signifiant une détérioration de la santé budgétaire) sur la base de 9 indicateurs clés.
Voici le portrait qui ressort des dernières données.
La santé budgétaire de plus de la moitié des grandes économies s’est détériorée en 2025
Nota : Données de 2025 pour tous les indicateurs, à l’exception des versements d’intérêts (2024) et de la croissance du PIB (les prévisions du FMI pour 2031 sont utilisées comme référence de la « normale »). Le rajustement budgétaire désigne la réduction nécessaire du déficit budgétaire pour stabiliser le ratio de la dette au PIB. Sources : FMI, Macrobond, RBC GMA
La santé budgétaire s’est généralement détériorée : Parmi les 27 grandes économies de notre feuille de pointage, 14 ont vu leur santé budgétaire se détériorer en 2025, tandis que 8 ont connu une certaine amélioration et 5 n’ont connu aucun changement par rapport à 2024. Des déficits budgétaires plus importants (découlant de la relance budgétaire et de l’augmentation des dépenses de défense) ont contribué à l’aggravation de la situation budgétaire. Cette détérioration s’explique aussi par la hausse des charges d’intérêts en général.
Les États-Unis présentent toujours la pire santé budgétaire : notre feuille de pointage continue de montrer que la santé budgétaire des États-Unis est la pire parmi les grandes économies, bien que l’indice ait légèrement reculé par rapport à l’an dernier – indiquant une modeste amélioration. Le déficit budgétaire du gouvernement a légèrement diminué en 2025. La situation pourrait toutefois s’inverser cette année, compte tenu de la hausse des dépenses militaires et du remboursement des droits de douane. Le déficit du compte courant du pays a décliné, ce qui compense l’alourdissement de la dette et le coût élevé des intérêts. Malgré tout, les États-Unis continuent d’afficher un énorme déficit et ils ont accumulé une dette publique considérable. Le pays a besoin de l’une des plus grandes consolidations budgétaires parmi ses pairs rien que pour stabiliser son ratio d’endettement.
Remaniement en Europe : le Royaume-Uni a aussi connu une modeste amélioration de sa santé budgétaire grâce à une réduction de son déficit budgétaire. Cela a suffi pour faire glisser le pays de la deuxième à la quatrième place sur notre feuille de pointage. La France a bondi de la cinquième à la deuxième place, car le poids de sa dette et des intérêts s’est accru et son compte courant est passé d’un excédent à un déficit. La Belgique est restée au troisième rang, avec une légère détérioration de son indice.
Le Japon s’améliore : la santé budgétaire du Japon s’est quelque peu améliorée, car la forte croissance du PIB nominal a réduit le fardeau de sa dette par rapport à la taille de son économie. Une partie de cette embellie pourrait être effacée cette année, dans le contexte des mesures de stimulation budgétaire et des programmes de soutien énergétique. Le Japon arrive au dixième rang de la liste, ce qui est étonnant, même s’il a la dette la plus élevée. Il affiche en effet un fardeau d’intérêts relativement faible, détient une grande partie de sa dette à l’intérieur du pays, et son déficit budgétaire est suffisamment mince pour réduire son ratio d’endettement au fil du temps.
Le Canada est stable : l’indice du Canada est resté inchangé, car la baisse du déficit budgétaire en 2025 et les meilleures perspectives de croissance ont contrebalancé la hausse de l’endettement et le creusement du déficit du compte courant. Le Canada a tout de même gagné une place dans le classement pour se hisser au onzième rang. Depuis, il a pris de nouveaux engagements budgétaires pour 2026, tant au niveau fédéral que provincial, ce qui pourrait accroître le déficit dans les années à venir.
À l’échelle mondiale, l’aggravation générale de la santé budgétaire l’an dernier s’inscrit dans une tendance à long terme attribuable à des facteurs comprenant les suivants :
données démographiques défavorables et coûts liés au vieillissement de la population
réponses budgétaires aux crises majeures (crise financière mondiale et pandémie de COVID-19)
politiques économiques populistes.
Les ratios médians de la dette et des déficits par rapport au PIB des 27 pays de notre feuille de pointage de la santé budgétaire ont doublé au cours des deux dernières décennies. Le ralentissement de la croissance du PIB nominal a exacerbé les défis budgétaires, et la hausse des taux d’intérêt renverse la tendance baissière à long terme des coûts du service de la dette.
Nous avons maintenant reconstitué l’indice de la santé budgétaire de chaque pays en remontant jusqu’à 2007, soit juste avant le début de la crise financière mondiale. Il s’avère que 19 des 27 pays ont connu une détérioration de leur situation budgétaire au cours de la période. Dans certains cas rares, la santé budgétaire s’est améliorée à la suite de rajustements budgétaires douloureux dans des pays comme la Grèce, l’Irlande et le Portugal, au cœur de la crise de la dette européenne des années 2010.
Bien que la santé budgétaire des économies avancées soit généralement la pire en valeur absolue, comme le montre la feuille de pointage ci-dessus, les marchés émergents ont subi la détérioration la plus importante au cours des deux dernières décennies (voir le graphique ci-dessous). L’Afrique du Sud, la Russie et la Chine figurent en tête de liste des pays dont la situation budgétaire s’est détériorée. Le Brésil et le Mexique figurent aussi parmi les dix premiers. La cote moyenne des marchés émergents a été presque trois fois plus élevée que celle des marchés développés.
La majeure partie de la détérioration budgétaire dans les économies avancées est survenue avant la pandémie, tandis que la santé budgétaire des marchés émergents s’est détériorée après la crise financière mondiale et la pandémie.
Les marchés émergents ont connu une plus grande détérioration de leur situation budgétaire au cours des deux dernières décennies
Au 10 juin 2026. Source : RBC GMA.
La détérioration des finances publiques a contribué à une accentuation des courbes de rendement et à des primes de terme plus élevées. L’accroissement des coûts d’emprunt pour les gouvernements se répercute sur les entreprises et les ménages, ce qui peut entraver l’activité économique. Les déficits persistants et les niveaux élevés d’endettement augmentent le risque d’une consolidation budgétaire qui pourrait freiner la croissance, mais qui serait nécessaire pour mettre les finances publiques sur une trajectoire plus durable.
En revanche, l’absence de plans d’ajustement crédibles accroît le risque d’inflation, voire de monétisation partielle de la dette. Ces préoccupations ont contribué à l’appréciation de l’or au cours des dernières années.
– JN et DM
Récession en Europe ?
Une estimation ajustée du PIB de la zone euro montre maintenant que l’économie s’est contractée de 0,2 % (base non annualisée) au T1, ce qui constitue le premier déclin en dix trimestres. Selon S&P, les données de l’indice des directeurs d’achats pour avril et mai concordent avec un nouveau recul de 0,2 % au T2, à moins d’une reprise importante en juin. Cela augmente aussi le risque de récession « technique » en Europe.
Mais encore une fois, le contexte est important. Le repli du T1 est attribuable à un recul record de 12 % du PIB de l’Irlande, dont la volatilité est attribuable aux activités des multinationales domiciliées dans le pays. Cette baisse a retranché près de 0,5 % au PIB de la zone euro au T1 et occulté ce qui aurait pu être une saine amélioration en d’autres circonstances. Du côté des quatre plus grandes économies de la zone euro, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne ont affiché de solides gains de leur PIB au T1 tandis que la France a enregistré un léger recul.
Le T2 pourrait être plus difficile. Les indicateurs de confiance ont lourdement chuté à la suite du conflit en Iran et du choc énergétique, auquel l’Europe (tout comme l’Asie) est plus sensible que l’Amérique du Nord. Les sondages pour mai et le début de juin ont cependant montré de faibles signes de stabilisation, et l’inversion potentielle du repli artificiel du PIB de l’Irlande pourrait permettre d’éviter un nouveau recul au T2. Bien que l’Europe présente un risque de récession plus élevé que la plupart des autres régions, compte tenu de son statut d’importateur d’énergie, nous pensons qu’un ralentissement économique peut être évité, à condition que le détroit d’Ormuz soit rouvert et que les prix des produits énergétiques et raffinés n’augmentent pas davantage.
Les récents sondages ont montré de faibles signes de stabilisation dans la zone euro
Au 8 juin 2026. L’ombrage est basé sur un historique de trois ans. Sources : Commission européenne (Direction générale des affaires économiques et financières), Sentix, S&P Global ZEW (Centre for European Economic Research, Information Institute)
– JN
Récession au Canada ?
L’économie du Canada a connu un début d’année étonnamment lent. Le PIB a diminué de 0,1 % au T1 d’un trimestre à l’autre (en données annualisées). Ce recul est très mince, mais il représente la deuxième contraction trimestrielle consécutive, ce qui répond à la définition la plus simpliste d’une récession (récession dite « technique »).
Lorsque nous évaluons si une économie a connu une récession, nous adoptons une approche plus globale fondée sur trois facteurs : l’ampleur, la durée et la dispersion (aussi appelés déclin prononcé, persistant et généralisé). Compte tenu des observations qui suivent, nous ne pensons pas que ces conditions soient remplies :
Le recul de 0,1 % se situe nettement dans la marge d’erreur de ces estimations, et une augmentation du PIB canadien par secteur donne à penser que l’économie a en fait progressé de 0,5 % au T1 (voir les points jaunes dans le premier graphique ci-dessous).
Le déclin du T1 est attribuable à la diminution de la population plutôt qu’à une baisse de la demande par habitantL’économie canadienne a progressé à un rythme relativement soutenu de 0,9 % (annualisé) par habitant (voir les carrés bleu clair dans le premier graphique ci-dessous).
Un peu plus de la moitié des secteurs d’activité au Canada ont poursuivi leur croissance au cours des deux derniers trimestres. Cette ampleur n’est peut-être pas énorme, mais elle n’est pas aussi défavorable qu’au cours des récessions passées où la plupart des secteurs avaient connu des contractions (voir le deuxième graphique ci-dessous).
Le taux de chômage au Canada a reculé au cours des deux derniers trimestres, alors qu’il a généralement tendance à augmenter en période de récession.
Les dépenses de consommation ont progressé au cours des deux derniers trimestres et le taux d’épargne des ménages a diminué, ce qui suggère que les consommateurs ne réduisent pas leurs dépenses.
Plus largement, la demande intérieure finale (PIB excluant les échanges commerciaux et les stocks, un meilleur indicateur de la dépense intérieure) a fortement augmenté au quatrième trimestre et demeure en hausse nette sur les deux derniers trimestres.
L’estimation provisoire de Statistique Canada pour le PIB d’avril (+0,4 %) est la plus forte en neuf mois et laisse entrevoir un retour à la croissance au deuxième trimestre.
Le PIB du Canada a augmenté par habitant et par secteur au T1
Données au T1 2026. La mesure du PIB par habitant est fondée sur l’approche axée sur les revenus et les dépenses. Sources : Statistique Canada, Macrobond, RBC GMA.
L’indice de diffusion du PIB canadien montre que plus de la moitié des industries canadiennes ont enregistré une croissance au cours des deux derniers trimestres
Au 1er juin 2026. L’indice de diffusion reflète la part des industries en expansion sur une base semestrielle. Les zones ombrées indiquent les récessions canadiennes. Sources : Statistique Canada, C.D. Howe Institute, RBC GMA
Nous ne pensons pas que l’économie canadienne soit en récession, même si elle ne montre pas de vigueur marquée. Malgré un trimestre relativement stable, deux des quatre derniers trimestres affichent un recul.
Bien que le taux de chômage semble s’être stabilisé, il demeure élevé, ce qui laisse croire que les capacités excédentaires au sein de l’économie persistent. Le ralentissement de la croissance démographique a considérablement réduit le potentiel de croissance du PIB et rend les reculs trimestriels plus probables. Le recul de la demande intérieure finale au premier trimestre s’explique en partie par un renversement à court terme de la croissance des dépenses publiques, ce qui met en évidence la dépendance de l’économie canadienne à l’égard du soutien budgétaire.
Cela dit, nous croyons que l’économie canadienne s’accélérera dans une certaine mesure au cours des prochains trimestres. La confiance des entreprises et des consommateurs s’est raffermie. La hausse du prix du pétrole stimule les exportations, le marché du logement montre des signes timides de stabilisation et les dépenses publiques devraient à nouveau contribuer à la croissance.
Nos prévisions tablent sur une croissance de 1,4 % du PIB canadien en 2026 (T4/T4), ce qui est légèrement supérieur au rythme de croissance (PIB potentiel) précédemment évoqué.
– JN