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51 minutes to read by  E.LascellesJ.Nye Mar 11, 2026

Contributeurs : Vivien Lee, Aaron Ma et Eric Savoie

Webémission mensuelle

La webémission mensuelle sur l’économie du mois de mars est désormais accessible : L’Iran retient l’attention et l’IA soulève des inquiétudes. (Nota : Son enregistrement date du 2 mars. N’y figurent donc que des observations préliminaires sur la guerre en Iran.)

Guerre avec l’Iran

Le 28 février, les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran dans le cadre d’un effort concerté. Selon nous, les résultats atteints étaient encore plus probables que ce que le marché escomptait.

Cependant, l’ampleur de l’intervention a dépassé pratiquement toutes les attentes : la guerre sans merci qui a été déclenchée n’a rien à voir avec les frappes ciblées qui ont eu lieu en juin 2025. Un large éventail de cibles militaires et politiques ont été atteintes, et de nombreux dirigeants politiques iraniens, y compris le guide suprême du pays et le chef des Gardiens de la révolution, ont été tués. Plus d’une semaine plus tard, les intenses frappes de missiles se poursuivent et ne semblent pas prêtes de s’arrêter.

Les motifs de l’attaque font maintenant l’objet de débats. Ceux-ci incluent possiblement plusieurs objectifs :

  • anéantir à jamais les aspirations de l’Iran concernant les armes nucléaires

  • enrayer le développement de missiles du pays

  • protéger d’autres pays du Moyen-Orient

  • empêcher l’Iran de projeter sa puissance dans la région en soutenant les milices

  • punir l’Iran pour sa récente répression des dissidents

  • obtenir un changement de régime afin de faire de l’Iran un gouvernement plus démocratique et plus pro-occidental.

Sentant une menace pour son existence, le gouvernement iranien a réagi avec fureur. Il a ciblé les sites militaires israéliens et américains dans la région, mais aussi les infrastructures énergétiques et civiles des États du Golfe voisins.

Marché du pétrole

Ce sont les marchés mondiaux qui ressentent le plus les effets de l’Iran par l’intermédiaire du prix du pétrole. Le pays produit lui-même environ trois millions de barils de pétrole par jour, et la pression qu’il exerce sur le détroit d’Ormuz remet en cause une énorme part – 20 % – de la production mondiale de pétrole et de gaz.

La situation amène certaines variables importantes sur les marchés mondiaux :

  • la perte potentielle de production en Iran

  • les dommages effectifs ou potentiels des missiles iraniens aux installations d’extraction, de raffinage et d’expédition situées ailleurs dans le golfe Persique

  • la menace que courent les pétroliers qui tentent de traverser la région.

Dans la réalité, quasi aucun navire n’emprunte le détroit d’Ormuz, ce qui montre que le scénario le plus défavorable se déroule à l’heure actuelle (voir le graphique ci-dessous).

Étant donné la forte inélasticité de l’offre et de la demande de pétrole à court terme, la flambée du prix du pétrole n’est pas surprenante (voir le graphique ci-dessous) et l’incertitude demeure. Rien qu’au cours de la dernière journée (9 mars 2026), le prix du baril de pétrole West Texas Intermediate était passé de 89 $ US à 119 $ US, avant de retomber à 95 $ US. Quel que soit son prix exact, le baril de pétrole est beaucoup plus cher qu’il y a un mois (environ 65 $ US).

Ce sont la Chine et d’autres pays asiatiques qui consomment le pétrole du Moyen-Orient de manière disproportionnée (environ 70 % du total). En théorie, ces marchés courent donc plus de risques.

La production et l’exportation de gaz naturel ont aussi été réduites. Voici un point très néfaste pour les marchés asiatiques et européens importateurs de ce produit.

Durée de la perturbation

On comprend relativement bien la gravité de l’interruption des livraisons de pétrole et de gaz naturel. L’énergie produite au Moyen-Orient s’écoule en faibles quantités.

L’autre paramètre clé concerne la durée prévue de la perturbation. Deux semaines ? Deux mois ? Voire deux ans ? Nul ne le sait. Les marchés, l’économie et l’inflation peuvent balayer facilement un événement éphémère, alors que le prolongement de celui-ci s’avèrerait très problématique.

Le marché des contrats à terme sur le pétrole semble indiquer que l’envolée des prix du pétrole devrait être temporaire même si elle ne se résorbera pas en 24 heures. Le prix du pétrole devrait diminuer progressivement au cours des huit prochains mois, après quoi il ne sera que légèrement supérieur à ce que prévoyait le marché à terme avant la guerre.

Les marchés des paris évaluent la probabilité que la guerre prenne fin d’ici le 31 mars à 35 %, mais à 73 %, celle qu’elle finisse le 15 mai. Un autre marché évalue à 59 % les chances que la traversée du détroit d’Ormuz revienne à la normale d’ici le 30 avril.

Voilà des attentes qui ne sont pas exagérées. Pour ce qui est de déceler les risques, nous croyons qu’il est plus probable d’assister à un déblocage de l’approvisionnement en énergie dans un avenir rapproché, et ce, pour plusieurs raisons :

  • Les intérêts coïncident fortement, en dehors peut-être de ceux de la Russie, car la plupart des pays tiennent fortement à rétablir les transferts énergétiques.

  • La Chine est le pays le plus tributaire du pétrole du golfe Persique ; en tant qu’alliée théorique de l’Iran, elle aurait fait pression sur lui pour qu’il autorise l’acheminement ininterrompu de pétrole.

  • Même si les États-Unis n’importent pas de grandes quantités de pétrole du golfe Persique, la Maison-Blanche se soucie du marché boursier, de l’économie et des enjeux financiers tels que le coût de l’essence à l’approche des élections de mi-mandat en novembre. Elle est probablement aussi consciente du fait que l’électorat du président Trump n’aime pas la dérive militariste.

  • Les autres pays de l’Asie et l’Europe dépendent fortement de l’énergie dans le golfe Persique et veulent une solution.

  • Les États du Golfe ont donc doublement intérêt à résoudre la situation actuelle. Premièrement, ils ne peuvent pas vendre leur énergie. Deuxièmement, leur plan de diversification est remis en cause : les centres d’affaires fiscalement intéressants et faiblement réglementés qui sont menacés physiquement perdent beaucoup de leur attrait.

  • Les États-Unis ont offert d’assurer, voire de protéger les navires traversant le détroit d’Ormuz, en prenant ainsi le relais des assureurs privés qui ne peuvent pas prendre des risques d’un tel niveau ou offrir de protection.

  • Il est probable que les capacités militaires iraniennes se soient dégradées avec les bombardements des États-Unis et d’Israël (une question demeure quant à son équipement, possiblement considérable, en drones dont le lancement peut s’effectuer de presque n’importe où).

  • La capacité de l’Iran à financer son intervention dans la guerre est limitée si le pays est incapable de vendre son pétrole sur le marché international.

  • Le reste du monde s’attache déjà à trouver des solutions de rechange afin d’adoucir la perte, même s’il sera difficile de remplacer le pétrole du Moyen-Orient. L’Inde est autorisée à importer davantage de pétrole russe. La Chine puise dans ses vastes réserves. Les pays membres du G7 discutent à présent d’un partage coordonné de leurs réserves de pétrole. L’OPEP (avant tout l’Arabie saoudite) a convenu d’augmenter progressivement sa production de pétrole.

Il existe des similitudes évidentes avec le conflit entre la Russie et l’Ukraine en mars 2022 où celui-ci avait aussi fait bondir le prix du baril de pétrole à environ 120 $. Malgré leur volatilité persistante et le maintien d’un niveau assez élevé pendant plusieurs mois, les prix ont clôturé l’année à environ 80 $ le baril, soit un niveau quasi identique à celui au début de l’année. Cette évolution s’est produite même si la guerre se poursuit.

Alors que les actifs à risque ont fortement peiné au premier semestre de 2022, l’explication de l’évolution des prix du pétrole tient davantage au tour de vis rapide de la politique monétaire et à la flambée de l’inflation (qui dépend partiellement des prix du pétrole, mais est surtout attribuable à une forte demande après la pandémie et aux goulets d’étranglement des chaînes logistiques).

Les efforts déployés pour établir des parallèles avec les embargos pétroliers de longue durée et très préjudiciables des années 1970 laissent à désirer. Au cours de ces épisodes, bon nombre de producteurs de pétrole s’étaient unis dans leur volonté de punir le marché occidental. À l’heure actuelle, aucune coordination ni volonté de ce type n’existe – de fait, c’est tout le contraire. En conséquence, les perturbations sur les marchés devraient être moins graves et moins longues.

À l’inverse, des risques pèsent sur ces perspectives relativement favorables :

  • Les éventuelles difficultés à stopper les drones iraniens

  • L’improbabilité d’atteindre un cessez-le-feu même si la phase aiguë des frappes militaires ralentit

  • Les dégâts possibles de l’infrastructure pétrolière du Moyen-Orient par l’Iran

  • Les difficultés éventuelles et le temps nécessaire pour redémarrer la production de pétrole et de gaz à une date ultérieure

  • La possibilité que les États-Unis et Israël s’entêtent à obtenir un changement de régime avant tout cessez-le-feu.

Scénarios de phrase finale

Il est indéniable que la probabilité d’un changement de régime en Iran a augmenté, compte tenu de l’ampleur des attaques américaines et israéliennes, de la destitution du chef d’État iranien et de l’objectif avoué par les États-Unis d’un changement de régime. à Un changement de régime pourrait rapprocher l’Iran du reste du monde, les sanctions pourraient être levées, et l’Iran pourrait produire plus de pétrole. Le monde serait beaucoup plus sûr et plus prospère.

Toutefois, un changement de régime demeure relativement improbable même s’il est plus envisageable, et ce, pour plusieurs raisons :

  • La théocratie actuelle est solidement ancrée.

  • L’opposition est faible.

  • Un changement de régime est extrêmement difficile sans une présence militaire sur le terrain, c.-à-d. le déploiement de troupes américaines ou israéliennes en Iran. Aucune des deux parties ne semble désireuse d’une telle intervention.

  • Un changement de régime durable est difficile, même avec une présence militaire sur le terrain. L’Irak et l’Afghanistan en sont des exemples.

La probabilité d’un chaos politique durable en Iran a aussi augmenté. Le régime en place de longue date, axé sur la religion et la sécurité, est mis à mal, alors que le pays compte un mélange d’ethnies extrêmement diversifiées (Perses, Arabes, Kurdes, etc.) et un large éventail de factions politiques (le régime religieux et de sécurité en place, quelques groupes réformateurs/modérés, une faction laïque/démocrate, et une autre concentrée sur les problèmes économiques). Cette diversité pourrait se traduire par une situation chaotique comparable à celle de l’Irak ou de la Syrie, avec des régions détenues par différents groupes. Le contexte serait alors propice à la formation de groupes terroristes.

Enfin, la probabilité d’un statu quo a reculé, compte tenu de l’intensité du conflit. Cela dit, ce scénario reste le plus vraisemblable. Et dans le scénario d’un cessez-le-feu, l’Iran continuera sans doute de s’opposer à l’Occident, de considérer Israël comme un ennemi et de faire face à de lourdes sanctions.

La grande différence, c’est que les ambitions nucléaires du pays devraient faire un bond en arrière, de même que ses capacités militaires, ce qui pourrait impliquer une diminution du risque pour le reste du monde pendant un certain temps (quoique ce conflit puisse susciter d’intenses ressentiments et entraîner des conséquences négatives dans le futur).

Conséquences économiques

Il est difficile d’évaluer avec précision les répercussions sur l’économie tant que les prix du pétrole bondissent de près de 40 $ US par jour et que nous ne savons pas combien de temps cette course va durer.

Une hausse permanente des prix du pétrole de 40 $ US par baril (ce qui porterait les prix du pétrole à 105 $ US le baril, comparativement à 65 $ US avant la guerre) devrait, en théorie, retrancher environ 0,4 % au PIB de la zone euro, et un peu moins au PIB d’autres marchés comme le Royaume-Uni, le Japon et la Chine.

Toutefois, si nous prenons en compte l’impact additionnel des prix du gaz naturel, qui se sont envolés dans une proportion équivalente dans une grande partie de l’Asie et de l’Europe, l’effet théorique sur le PIB serait grosso modo deux fois plus important. Par conséquent, il existe un scénario dans lequel la production économique de la zone euro pourrait perdre jusqu’à un point de pourcentage par rapport à son niveau normal.

L’économie américaine n’est que légèrement touchée, étant donné que le pays ne consomme pas une grande quantité de pétrole passant par le détroit d’Ormuz et qu’il est exportateur net d’énergie. Les dommages découleraient plutôt d’un effet négatif sur la richesse par le biais du marché boursier et d’une incertitude accrue peu propice à la prise de risque.

Pour le Canada, l’augmentation des prix du pétrole et du gaz a théoriquement un effet net positif pour l’économie. Cependant, nous ne nous attendons pas à une forte augmentation des dépenses en immobilisations, car l’amélioration des perspectives est probablement temporaire.

Dans le même scénario, l’inflation de la zone euro pourrait grimper de l’ordre de 0,8 % à cause de la hausse des prix du pétrole, et peut-être du double si l’on tient compte des effets du gaz naturel (ce qui est beaucoup moins probable, étant donné la tendance des autorités réglementaires à lisser les variations de prix).

D’autres pays pourraient connaître un bond de l’inflation un peu plus modéré, avec moins de variation puisque les consommateurs des pays exportateurs de pétrole subiraient plus ou moins la même hausse du coût de la vie.

Bien sûr, le principal défaut de ce scénario est qu’il suppose que les hausses des prix du pétrole et du gaz seront permanentes. Que ces hausses se résorbent rapidement ou en l’espace de quelques mois, la majeure partie des dommages à la production sera probablement compensée à une date ultérieure, et pour chaque mois d’inflation élevée nous devrions voir un mois d’inflation faible par la suite.

En ce qui concerne les banques centrales, les modèles théoriques tendent à montrer que les chocs énergétiques stagflationnistes entraînent des baisses de taux plutôt que des hausses. Les effets négatifs sur la production économique attireront davantage l’attention que la hausse ponctuelle des prix. (L’idée est la même qu’avec les droits de douane.)

À l’inverse, les marchés financiers continuent d’anticiper un resserrement de la politique monétaire. Pour le moment, il est fort probable que les banques centrales surveilleront l’évolution de la guerre, le niveau où les prix du pétrole se stabiliseront, l’ampleur des répercussions sur le marché du travail et le coût des autres produits.

Répercussions sur le marché

La récente vigueur du dollar montre que son statut de valeur refuge, même s’il s’est amoindri, n’a pas complètement disparu.

Les taux obligataires ont augmenté, dans l’anticipation de répercussions inflationnistes et d’un possible relèvement des taux par les banques centrales, au lieu de miser sur la course vers les valeurs refuges qui fait si souvent baisser les taux des obligations d’État en période de perturbations.

Les écarts de crédit se sont élargis, mais de peu.

Les marchés boursiers sont en baisse, mais avec de grandes variations. Les marchés les plus sensibles à la situation, comme l’Asie et l’Europe, sont notablement plus faibles que les marchés nord-américains. Comme nous le verrons dans le prochain article de ce #MacroMémo, les événements géopolitiques passés ont provoqué des réactions relativement modestes et éphémères sur les marchés boursiers. Les marchés pourraient donc revenir à leurs niveaux antérieurs avant longtemps.

De plus, si la guerre avec l’Iran était résolue plus tôt que ne l’attendent les marchés ou si le détroit d’Ormuz était débloqué plus rapidement que prévu (une possibilité que nous tenons à souligner), les marchés pourraient avoir une autre raison de renverser leurs dernières tendances.

Réflexions sur le long terme

Si un cessez-le-feu est conclu dans les mois à venir, quel sera l’effet à long terme de ce conflit ?

La capacité de l’Iran à construire des armes nucléaires pourrait être définitivement compromise, en raison des événements récents, ce qui réduirait ce risque précis à l’égard du reste du monde.

Cette guerre pourrait rapprocher les pays du Moyen-Orient autres que l’Iran et mener à la création de futures alliances. À l’inverse, l’objectif de faire du Moyen-Orient une plateforme du commercial mondial est fortement remis en cause, peut-être pour longtemps.

Compte tenu de la propension de l’administration américaine actuelle à se lancer dans des interventions militaires – non seulement en Iran, mais aussi au Venezuela –, il semble que Cuba, le Panama, la Colombie et le Groenland doivent être suivis avec attention, à la lumière des récents commentaires des États-Unis à leur sujet. Le Canada est beaucoup moins concerné. Dans la mesure où les États-Unis ont tendance à cibler les « mauvais joueurs » depuis plusieurs mois, on pourrait s’attendre à ce que la Corée du Nord ou la Russie soient dans leur ligne de mire, même si un conflit semble peu probable compte tenu de leur capacité à contre-attaquer.

Même lorsque la poussière sera retombée, et malgré le repli du risque lié aux armes nucléaires, il serait logique de constater une prime de risque géopolitique un peu plus élevée sur les marchés dans un avenir prévisible. Cette guerre est une preuve de plus que les temps sont à la volatilité et au danger.

C’est pourquoi les mesures de la volatilité attendue, comme l’indice CBOE (VIX), pourraient demeurer légèrement au-dessus de la normale. De même, les prix du pétrole pourraient rester un peu plus élevés que dans d’autres conditions. Le dollar, qui est en voie de se déprécier au cours des prochaines années, pourrait baisser un peu moins durant cette période. Enfin, il serait aussi logique que les écarts de taux augmentent un peu, que les taux obligataires baissent un peu et que les valorisations boursières s’affaiblissent quelque peu elles aussi.

– EL

Le marché boursier en période d’interventions militaires

La guerre en Iran est une source de volatilité importante pour les actifs financiers, et les investisseurs craignent de plus en plus que le conflit militaire persiste pendant une longue période. Une guerre prolongée pourrait faire grimper les prix de l’énergie et plomber les actifs à risque, car les investisseurs redoutent les risques pour la croissance économique et l’inflation.

Habituellement, les actions ne subissent pas de replis importants ou durables en raison d’actes de guerre, mais la fourchette des résultats historiques est large. Jusqu’à présent, les investisseurs semblent croire que la désescalade en Iran pourrait être plus éloignée qu’on ne l’avait initialement imaginé, ce qui se traduit par des replis boursiers plus importants que d’habitude.

Pour comparer l’expérience actuelle du marché à celle d’événements militaires passés, nous avons créé un graphique qui illustre la réaction du S&P 500 à 42 actes de guerre depuis la Seconde Guerre mondiale (voir le graphique ci-dessous).

Les données comprennent des événements tels que le bombardement d’Hiroshima en 1945, l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990, l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, et bien d’autres encore. Sur le graphique, 0 marque la date de l’événement. Nous avons comparé l’évolution de l’indice S&P 500 sur les 30 jours précédant et les 60 jours suivant un événement.

Les événements sont regroupés par catégorie, comme agresseur américain, cible américaine, assassinats, événements externes et actes de terrorisme. L’expérience médiane pour chacune de ces catégories ainsi que la médiane de tous les événements sont indiquées par les lignes de couleur dans le graphique.

Selon la médiane, la réaction des marchés boursiers aux actes de guerre a toujours été modérée, les actions ayant continué de progresser une douzaine de jours après la survenue d’un événement. Comme les médianes ne reflètent pas les extrêmes, nous avons aussi ajouté une zone grise au graphique pour représenter les 10e et 90e centiles de tous les résultats pour représenter la fourchette complète des résultats historiques.

La guerre en Iran reste très instable et la situation peut changer rapidement. L’expérience actuelle du marché boursier s’oriente cependant vers la limite inférieure de la fourchette historique des réactions du marché boursier.

L’indice S&P 500 a cédé du terrain depuis la fin de février, mais son recul est peu comparable à celui des actions internationales. Celles-ci sont peut-être plus sensibles à la guerre en Iran, compte tenu de leur proximité géographique. Au 6 mars 2026, l’indice S&P 500 a perdu 2,0 %, mais les FNB qui suivent les actions européennes, japonaises et de marchés émergents (ME) ont respectivement lâché 6,6 %, 8,2 % et 8,4 % en dollars américains durant la même période (voir le tableau ci-dessous).

Il convient toutefois aussi de noter que les actions hors États-Unis ont enregistré des rendements nettement supérieurs au cours des deux premiers mois de l’année. Par conséquent, malgré les fortes baisses enregistrées en mars, la plupart des marchés internationaux devancent les marchés américains pour l’ensemble de l’année.

Nous observons une tendance semblable au sein des secteurs, où bon nombre des plus durement touchés au cours de la dernière semaine continuent de produire des rendements supérieurs en cumul annuel.

  • Les matières, la consommation de base et les produits industriels ont considérablement reculé depuis le 27 février, mais affichent toujours une hausse de près de 10 % depuis le début de l’année.

  • La technologie de l’information, la consommation discrétionnaire et les services financiers, qui ont mieux fait la semaine dernière, sont tout de même en baisse d’environ 5 % sur l’année.

  • L’énergie, le seul secteur à avoir progressé la semaine dernière à la faveur de l’envolée des prix du pétrole, s’est bien démarquée et a enregistré un bond stupéfiant de 25 % depuis le début de l’année.

Les tendances sous-jacentes des marchés au-delà de la semaine dernière pourraient être le reflet du thème à long terme de l’intelligence artificielle (IA). Bien que les utilisateurs interagissent avec l’IA par l’intermédiaire d’une interface logicielle, beaucoup de matériel est nécessaire en coulisse pour générer la puissance informatique nécessaire au traitement de grands modèles de langage à grande échelle. On s’attend également à ce que les grandes sociétés technologiques augmentent leurs dépenses en immobilisations annuelles de plusieurs centaines de milliards de dollars pour renforcer les capacités de l’IA. C’est-à-dire, plus de centres de données, qui ont besoin de puces informatiques, d’énergie et d’infrastructures réelles pour fonctionner efficacement.

Par conséquent, les investisseurs semblent privilégier les sociétés ayant des actifs durables plutôt que des actifs incorporels, comme les services logiciels, qui peuvent facilement être perturbées par de nouvelles solutions fondées sur l’IA. Le graphique ci-dessous montre que les sociétés à forte intensité d’actifs et productrices de biens ont surpassé les sociétés à faible intensité d’actifs et productrices de services dans des proportions respectives de 30 % et de 19 % depuis le début de 2025.

Comme les dépenses en immobilisations liées à l’IA devraient continuer d’augmenter au cours des prochaines années, ces tendances pourraient se poursuivre. Bien sûr, le conflit au Moyen-Orient domine les manchettes et préoccupe les investisseurs depuis quelque temps. Toutefois, cette situation pourrait finir par disparaître ou perdre sa capacité de les choquer, tandis que les tendances durables liées à l’intelligence artificielle sont susceptibles de persister.

– ES

Les promesses et les dangers de l’intelligence artificielle

Jusqu’à récemment, l’intelligence artificielle (IA) était la grande promesse de la nouvelle technologie pour l’économie et les investisseurs. Elle est toujours très importante.

Les fabricants de puces gagnent beaucoup d’argent. Les géants américains de la technologie devraient de nouveau déployer des sommes considérables et croissantes pour l’expansion des centres de données en 2026 alors qu’ils élaborent leurs modèles, ce qui sera très bénéfique pour la croissance économique à court terme.

En théorie, l’intelligence artificielle devrait aussi entraîner des gains de productivité substantiels, même si leur ampleur fait l’objet de débats (voir le graphique). Il s’agit d’un coup de pouce non négligeable qui, selon nous, commence déjà à embellir les données économiques. Il est facile de perdre de vue le fait que les principaux bénéficiaires théoriques de l’IA ne sont pas les sociétés qui développent les modèles, mais plutôt leurs nombreux utilisateurs potentiels à mesure que la technologie est déployée au sein des secteurs et du monde entier.

Nouvelles préoccupations liées à l’IA

Malgré toutes les promesses, le côté obscur de cette révolution technologique fait l’objet d’une attention croissante. On craint notamment que l’IA perturbe le secteur des logiciels, remplace certains travailleurs et entraîne un nivellement par le bas qui, en fin de compte, appauvrirait toutes les parties.

Perturbations sectorielles

Certains secteurs sont sans contredit plus à risque d’être perturbés. Les sociétés de logiciels ont été réévaluées à des niveaux nettement inférieurs, car les nouveaux modèles d’IA sont tellement performants en matière de codage qu’ils peuvent remplacer une grande partie des activités des éditeurs de logiciels traditionnels (voir le graphique ci-dessous).

Un nouveau terme a même été inventé pour désigner les entreprises qui, espérons-le, résisteront à l’IA : « HALO » (hard asset/low obsolescence en anglais, ou actifs lourds/faible obsolescence). Voyons cela de plus près. Fondamentalement, il s’agit de sociétés qui répondent à deux critères : elles possèdent ou construisent des actifs corporels peu susceptibles d’être remplacés par l’IA. Le secteur des transports (chemins de fer, etc.) en est un bon exemple. Un autre exemple encore meilleur est celui des sociétés également appelées à bénéficier directement de la croissance de l’IA, comme les réseaux électriques et les centres de données.

Une définition plus large de la notion « HALO » inclurait les sociétés qui cochent l’une ou l’autre des cases. Les sociétés d’extraction de ressources naturelles ont des actifs lourds peu susceptibles d’être remplacés par l’IA. À l’inverse, certaines entreprises profitent d’une faible obsolescence grâce à leurs barrières à l’entrée et à leur ancrage profond dans le système économique. Les réseaux de paiement, les bourses et les autorités de certification et de normalisation en sont des exemples.

Cela dit, l’existence même d’un panier de sociétés résistantes à l’IA met en évidence le fait que de beaucoup d’autres sont théoriquement exposées. Ces sociétés se retrouvent dans les domaines des logiciels, des centres d’appels, de la localisation, de la recherche financière ou de la préparation de déclarations fiscales.

Remplacement de travailleurs

Des données provisoires montrent que l’IA est effectivement en train de remplacer certains travailleurs, en particulier les nouveaux diplômés dans les domaines liés au codage.

Il n’est toutefois pas rare qu’une nouvelle technologie élimine une partie de la main-d’œuvre. La question est de savoir si ces travailleurs seront ensuite en mesure de trouver un emploi rémunérateur ailleurs. Jusqu’à présent, cela ne semble pas poser de problème : le nombre de demandes initiales de prestation d’assurance-emploi aux États-Unis demeure assez faible et le taux de chômage est normal.

Peurs dystopiques

La peur la plus intense à l’égard de l’IA est celle d’un scénario dystopique catastrophe, dans lequel le remplacement des emplois par l’IA prendrait de l’ampleur au point d’éliminer une grande partie des postes de cols blancs. La demande s’effondrerait, de sorte que l’économie partirait en vrille.

Analyse de scénarios

Que penser de ce tableau dystopique ? C’est une possibilité, mais certainement pas la seule qui pourrait se produire à moyen et long terme (voir le diagramme).

Selon nous, il y a trois scénarios possibles ;

1. L’IA s’avère être une technologie à usage général mineure. (Une technologie à usage général est une innovation qui a de vastes applications dans l’ensemble de la société et des entreprises, et qui permet une croissance soutenue et plus rapide de la productivité.)

2. L’IA s’avère être une technologie à usage général majeure.

3. L’IA devient un facteur de perturbation sans précédent.

1 - Une technologie à usage général mineure

À l’extrémité prudente du spectre, il y a la possibilité que les grands modèles de langage et autres systèmes similaires soient « simplement » une technologie à usage général mineure, à l’instar du laser ou de la batterie au lithium-ion. Autrement dit, ils seraient utiles, mais pas révolutionnaires. D’après nous, la probabilité de ce scénario est de 25 %.

Le rythme d’amélioration de l’IA ralentirait considérablement et son développement pourrait même atteindre une impasse. Les pépins pourraient se révéler difficiles à surmonter. De plus, si la qualité de l’information sur Internet utilisée pour entraîner les modèles devient trop faible, cela pourrait entraîner des résultats erronés. L’ingéniosité humaine et les connaissances institutionnelles restent des facteurs de différenciation importants par rapport à ce que les grands modèles de langage peuvent accomplir.

La croissance de la productivité s’accélérerait même dans ce scénario prudent, mais probablement de seulement 0,25 point de pourcentage par année. Les géants technologiques qui ont dépensé des sommes colossales obtiendraient finalement un piètre rendement sur leur investissement, les sociétés qui ont adopté l’IA s’en tireraient un peu mieux et le monde ne serait pas très différent de ce qu’il est aujourd’hui.

2 – Une technologie à usage général majeure

La deuxième option est plus probable à notre sens (45 %). Dans ce scénario, l’IA deviendrait une technologie à usage général majeure, au même titre que les avancées exceptionnelles du passé, telles que l’électricité, le moteur à combustion interne et l’ordinateur. L’IA continuerait de s’améliorer, et ses applications seraient à la fois vastes et profondes.

Dans ce scénario, il y aurait des pertes d’emplois considérables et certains secteurs seraient plus touchés. Toutefois, la prospérité découlant de l’IA créerait de nouveaux domaines et des occasions d’emploi.

Il existe de nombreux précédents historiques à cet égard. Aux États-Unis, l’amélioration de l’efficacité agricole a fait passer la part des emplois agricoles de 41 % en 1900 à 21,5 % en 1930, puis à seulement 12 % en 1950, parallèlement à une hausse de la production alimentaire.

Et pourtant, le taux de chômage n’a pas augmenté. Ces ouvriers agricoles ont déménagé dans les villes et ont généralement trouvé de meilleurs emplois que ceux qu’ils occupaient auparavant. Si une personne peut faire quelque chose d’utile, cela a de la valeur et a toujours trouvé une place dans l’économie.

En outre, on oublie souvent que la demande augmente lorsque les produits deviennent moins chers. Si l’IA devait remplacer 10 % des avocats, une part importante des économies de coûts serait vraisemblablement transférée aux clients, vu la nature d’un marché concurrentiel. Ces clients auraient alors davantage recours à des services juridiques, et l’emploi dans le secteur pourrait reculer de « seulement » 6 % au lieu de 10 %.

Dans certains secteurs, notamment ceux des services-conseils en gestion, de l’architecture, des banques d’investissement, de la publicité et du marketing, la demande est si élastique qu’il est théoriquement possible que l’IA fasse une grande partie du travail et que la demande d’effectifs augmente au lieu de diminuer.

Il convient de noter que les prédictions passées concernant l’hécatombe technologique se sont toujours révélées exagérées :

  • Le commerce en ligne allait prendre la place des magasins traditionnels en raison de la commodité et de l’embarras du choix. Pourtant, 30 ans plus tard, 84 % des ventes au détail sont encore effectuées dans des emplacements physiques.

  • La visioconférence et les autres outils numériques allaient faire disparaître les bureaux ; or, la proportion d’Américains entièrement en télétravail est à peine passée de 6 % en 2019 à environ 11 % en 2026. En fait, ce pourcentage est peut-être maintenant à la baisse.

  • Les cryptomonnaies allaient bouleverser le secteur bancaire, mais elles n’ont pratiquement pas eu d’incidence sur celui-ci.

  • Même si les nouvelles technologies ont bouleversé les anciennes façons de faire, elles ne les ont pas complètement éradiquées. La diffusion en continu n’a pas complètement remplacé la télévision. La télévision n’a pas complètement remplacé la radio. L’avion n’a pas complètement remplacé le train.

  • On pensait que le recours à la main-d’œuvre chinoise bon marché provoquerait une baisse des salaires des travailleurs américains et cela s’est effectivement produit dans certains secteurs. Cependant, dans l’ensemble, les salaires réels n’ont cessé d’augmenter aux États-Unis et le taux de chômage a baissé au cours des décennies suivantes.

Par conséquent, même si, en théorie, l’IA menace une grande partie des emplois et semble susceptible de transformer radicalement le monde, son impact ne sera peut-être pas aussi grand, comme le montrent ces exemples.

Dans ce scénario, l’IA a pour effet d’accélérer sensiblement la croissance de la productivité, de 0,5 à 2,5 points de pourcentage par an, déclenchant un âge d’or d’expansion (on peut établir un parallèle avec le boom informatique des années 1990 jusqu’au début des années 2000). Les géants de la technologie tirent un rendement solide de leurs investissements ; l’IA profite grandement à ceux qui l’adoptent et, comme lors des avancées technologiques précédentes, le chômage n’augmente pas de façon permanente.

3 – Une perturbation sans précédent

Enfin, l’IA constitue peut-être plutôt une perturbation sans précédent, qui diffère complètement des innovations passées pour ce qui est de la rapidité des bouleversements, de l’ampleur des répercussions et de la façon dont elle élimine les emplois hautement qualifiés que les technologies antérieures avaient tendance à créer. Nous attribuons une probabilité à 30 % à ce scénario.

Il pourrait s’avérer très négatif, mais aussi très favorable. Examinons les trois sous-scénarios qui couvrent l’éventail des possibilités.

3A – Scénario dystopique

Le scénario dystopique capte l’attention en ce moment.

En gros, de nombreuses entreprises découvrent qu’elles peuvent remplacer une part importante de leur main-d’œuvre par l’IA. Elles connaissent alors des gains de productivité et améliorent leurs marges bénéficiaires.

Par contre, à l’échelle de l’économie, c’est une tragédie. Les nombreux chômeurs doivent réduire leurs dépenses, entraînant une forte baisse de la demande pour toutes les entreprises. Cette baisse est suffisamment marquée pour neutraliser les gains de productivité engendrés par l’IA. En fin de compte, la situation de la main-d’œuvre et celle des entreprises s’aggravent.

Survient ensuite une récession profonde, qui donne lieu à de nouvelles mises à pied, encourage une automatisation accrue, et crée en fin de compte un cercle vicieux qui finit par anéantir l’économie et appauvrir même les concepteurs de l’IA.

Les cols blancs sont les plus touchés par les mises à pied initiales, étant donné que les grands modèles de langage transforment tout particulièrement le travail fondé sur les connaissances. Voilà qui pose un problème important, puisque la tranche supérieure de 10 % des ménages américains selon le revenu, dont les cols blancs représentent une part disproportionnée, génère près de la moitié des dépenses de consommation totales. Cela dit, le secteur des biens souffrirait lui aussi d’un recul de la demande et de la concurrence accrue causée par les suppressions d’emplois, tout comme les métiers.

Le travail humain ne dépend plus de la force physique et de l’endurance depuis que de puissantes machines ont pris la relève. Il est difficile de savoir ce qu’il adviendrait de la main-d’œuvre si le travail ne dépendait pas non plus de l’intelligence.

En quoi la situation actuelle serait-elle différente pour la main-d’œuvre ?

1. En général, les avancées technologiques précédentes ont supprimé des emplois difficiles, dangereux, ennuyeux et mal rémunérés. Les personnes qui les occupaient ont souvent été heureuses de les quitter. Cette fois-ci, l’IA est plus susceptible de remplacer des emplois intéressants, gratifiants et (plus important peut-être) bien rémunérés. Les travailleurs touchés devront se tourner vers des emplois offrant des salaires plus bas, au lieu de salaires meilleurs comme ce fut souvent le cas dans le passé.

2. L’IA progresse à une vitesse phénoménale et semble capable de métamorphoser de nombreux secteurs différents en même temps. Sur le plan le plus élémentaire, les ordinateurs ont longtemps été meilleurs que les humains en matière de calcul et de mémorisation. Or, ils semblent soudainement sur le point de surpasser les humains au chapitre de la perception (conduite autonome, reconnaissance de la parole) et de l’évaluation de renseignements complexes et parfois contradictoires (comme le font les grands modèles de langage). L’humain n’a plus guère d’avantages sur l’IA.

Par conséquent, même si, à long terme, d’autres emplois finissent par être créés pour les travailleurs remplacés par l’IA, il est peu probable que le reste de l’économie puisse les absorber assez rapidement ou qu’ils soient d’assez bonne qualité pour éviter des difficultés considérables.

3. Contrairement à la plupart des technologies précédentes, l’IA est bon marché une fois mise au point et peut être reproduite à l’infini. L’ordinateur pourrait procurer un avantage énorme par rapport à l’humain, incitant les entreprises à opérer une transformation particulièrement profonde.

En conclusion, si l’IA est nettement moins chère que la main-d’œuvre, si elle perturbe un grand nombre de secteurs en même temps et que les emplois restants sont moins intéressants, les travailleurs seront confrontés à un problème. Dans ce scénario, les humains sont les chevaux qui n’ont plus jamais été utilisés après la popularisation de l’automobile. (Il y avait environ cinq fois moins de chevaux aux États-Unis 30 ans après le pic de 1920.) D’après nous, la probabilité de ce scénario est de 3 %.

3B – Scénario utopique

Le scénario d’une « perturbation sans précédent » pourrait toutefois se concrétiser d’une tout autre manière.

Dans la version utopique, les progrès technologiques sans précédent associés à l’IA génèrent des gains de productivité si remarquables qu’ils créent un monde d’abondance. Si les gains de productivité annuels atteignent 5 % ou 10 %, voire plus, la taille de l’économie mondiale doublera chaque décennie. En 2050, l’économie sera huit fois plus importante qu’aujourd’hui.

Le choc positif de l’offre que cela provoque entraîne une baisse des coûts pour les entreprises, qui se traduit par une baisse des prix et une forte hausse des bénéfices des sociétés, et se répercute sur les salaires réels. Les coffres de l’État débordent. Les responsables politiques peuvent donc verser un revenu de base ou des prestations d’assurance-emploi pour rémunérer adéquatement les nombreux travailleurs qui ont été remplacés.

Dans ce scénario, la prédiction que John Maynard Keynes a formulée en 1930, selon laquelle les gens pourront travailler seulement 15 heures par semaine grâce aux progrès technologiques, est exacte et se matérialise comme prévu. Les travailleurs dont l’emploi a été supprimé peuvent donc prendre leur retraite tôt ou travailler à temps partiel, profitant de la vie comme bon leur semble. (Selon une version plus pessimiste, les gens n’ont plus de but dans la vie sans le sentiment d’accomplissement et la discipline qu’offrait leur travail ; ils ne sont donc pas aussi heureux qu’on pourrait le croire.)

Les gens ont également accès à une quantité inégalée de connaissances et de conseils de grande qualité et chacun devient la personne la plus intelligente du monde sur tous les sujets. Cela améliore naturellement leur qualité de vie. Des agents artificiels aident les consommateurs en leur permettant de trouver le meilleur rapport qualité-prix pour les achats discrétionnaires, les billets d’avion et les transactions immobilières, et en leur donnant des conseils financiers.

Au niveau sociétal, l’IA contribue à des percées dans la mise au point de médicaments et de traitements médicaux, la science des matériaux (technologie des batteries, superconducteurs, métaux légers) et la fusion nucléaire. L’espérance de vie grimpe, tandis que les changements climatiques ralentissent.

Il s’agit toutefois d’une vision utopique. D’après nous, la probabilité de ce scénario est de 3 %.

3C – Scénario nuancé

Le scénario d’une « perturbation sans précédent » n’est pas forcément noir ou blanc. En fait, celui-ci est de loin le plus probable des trois sous-scénarios, en tablant sur des résultats nuancés. Nous lui attribuons une probabilité de 24 %.

Si le monde se dirigeait vers le sous-scénario dystopique, les gouvernements chercheraient à y mettre fin. Au risque de simplifier les choses à outrance, une taxe sur le « calcul » de l’IA permettrait d’atteindre cet objectif.

L’IA serait alors plus coûteuse à utiliser pour les entreprises ; elle rendrait la main-d’œuvre humaine comparativement plus attrayante, et générerait des recettes fiscales pour recycler et, du moins en partie, indemniser les travailleurs structurellement remplacés.

Certes, ce résultat n’est pas idéal, mais il n’est pas non plus dévastateur. Dans ce scénario, la croissance de la productivité serait encore assez rapide. L’IA favoriserait une prospérité accrue et une partie des possibilités extraordinaires décrites dans le scénario utopique, même si la taxe sur l’IA en atténuerait les avantages. Les entreprises profiteraient de l’IA de façon disproportionnée.

Par contre, la situation des travailleurs remplacés serait sans doute un peu plus mauvaise (mais ce n’est pas une science exacte : si la croissance de la productivité est assez rapide et que les coffres de l’État sont suffisamment remplis, la main-d’œuvre ne s’en tirera pas si mal).

À noter que si certains pays ne taxent pas l’IA, cela causerait du tort à ceux qui le font, en raison des exportations dont les prix seront abaissés par l’IA. Ce problème pourrait être réglé par un certain degré de protectionnisme ou, comme l’UE envisage de le faire à propos des taxes climatiques, par l’imposition d’une taxe à l’importation sur les produits qui bénéficient d’un régime fiscal plus favorable que celui du marché intérieur.

Conclusion

Pour résumer, l’IA pourrait évoluer de bien des façons, comme le montre le tableau suivant. Le deuxième scénario, qui repose sur une « technologie à usage général majeure », est le plus plausible, selon une probabilité de 45 %. Bref, l’IA accélérerait notablement la croissance de la productivité et supprimerait certains emplois, mais sans élever durablement le taux de chômage.

Il est aussi possible que l’IA déçoive les attentes, comme dans le scénario d’une « technologie à usage général mineure » (probabilité de 25 %), ou encore qu’elle les dépasse largement, comme dans le scénario d’une « perturbation sans précédent » (probabilité de 30 %).

Ici, le scénario le plus vraisemblable, dont la probabilité est de 24 %, donnerait lieu à des résultats plus nuancés.

– EL

Trump change son fusil d’épaule après l’invalidation des droits de douane perçus en vertu de l’IEEPA

Le 20 février, dans une décision très attendue, la Cour suprême des États-Unis a invalidé les droits de douane globaux mis en place par l’administration Trump en vertu de l’IEEPA. Comme prévu, la Maison-Blanche a rapidement réagi en invoquant un autre pouvoir pour imposer de nouveau un droit de base général de 10 % (les exemptions importantes étant maintenues).

Résultat ? Le taux moyen des droits de douane sur les produits importés aux États-Unis a diminué (voir le graphique), du moins temporairement, et ce sont les partenaires commerciaux des marchés émergents (ME) qui en profitent le plus. Ces nouveaux droits de douane sont déjà contestés devant les tribunaux et d’autres points clés demeurent irrésolus.

La décision était largement attendue, même si son calendrier restait incertain. Lorsque la Cour suprême a commencé à entendre l’affaire, les marchés n’accordaient plus qu’environ 20 % de probabilité à une décision favorable à la Maison-Blanche, plusieurs juges conservateurs ayant exprimé leur scepticisme face aux arguments du ministère de la Justice. Le jugement final, rendu par six voix contre trois, a vu trois juges conservateurs se joindre aux trois juges libéraux de la Cour, malgré des divergences dans leur raisonnement.

En définitive, ils ont tous conclu que l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) ne permet pas d’imposer des droits de douane globaux. La décision est entrée en vigueur immédiatement.

L’IEEPA constituait pourtant le fondement juridique des droits de douane « réciproques » annoncés par l’administration lors du « jour de la libération », qui fixaient des taux de base par pays, ainsi que des droits liés au fentanyl appliqués aux importations en provenance du Canada, du Mexique et de la Chine. Ces mesures représentaient environ la moitié des recettes des droits perçues ces derniers mois et près des trois quarts des nouveaux droits de douane instaurés durant le second mandat de Donald Trump.

Les droits de douane sectoriels relevant de l’article 232 et les droits déjà en place au titre de l’article 301 sur certaines importations chinoises ne sont en revanche pas concernés par la décision. Sans l’IEEPA, le taux effectif de droits de douane sur les importations américaines tomberait à 7,6 %, contre 13,6 % auparavant, avant toute mesure de remplacement.

Nous avions indiqué que l’administration disposait d’autres instruments pour maintenir un taux effectif de droits de douane relativement élevé si l’IEEPA venait à être invalidée. C’est exactement ce qui s’est produit. Quelques heures seulement après la décision de la Cour suprême, Donald Trump a signé un décret imposant un droit de douane global de 10 % en vertu de l’article 122 du Trade Act (loi sur le commerce) de 1974. Cette disposition permet d’instaurer des droits de douane pouvant atteindre 15 % pour une durée maximale de 150 jours afin de faire face à des problèmes de balance des paiements. Toute prolongation nécessite l’approbation du Congrès.

Les marchés ont d’abord accueilli favorablement l’annonce d’un taux limité à 10 %. Mais cet optimisme s’est estompé lorsque le président a indiqué sur les réseaux sociaux, dès le lendemain, que ce taux pourrait être porté au maximum autorisé de 15 %. Aucun décret n’a toutefois encore officialisé cette hausse. Pour l’instant, des droits de douane de 10 % sont entrés en vigueur le 24 février. Au début de mars, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a néanmoins laissé entendre qu’une augmentation à 15 % pourrait intervenir prochainement.

Le décret maintient plusieurs exemptions déjà appliquées sous l’IEEPA :

  • Produits conformes à l’AEUMC

  • Produits soumis à des droits de douane distincts en vertu de l’article 232

  • Plus de 1 500 produits

Tous ces produits échappent ainsi aux droits de douane prévus par l’article 122. Dans ces conditions, le taux effectif de droits de douane s’établirait à 10,6 % si le taux de base de 10 % est maintenu, ou à 12,1 % si le taux est finalement porté à 15 %.

Comme nous l’avons mentionné, ce taux est inférieur à celui de 13,6 % sous le régime de l’IEEPA. Avec un taux de 10 %, les recettes mensuelles diminueraient d’environ 8 milliards de dollars, par rapport à un rythme d’environ 30 milliards sous l’IEEPA. Une hausse à 15 % réduirait ce manque à gagner à environ 4 milliards.

Le passage d’un système de droits différenciés par pays à un tarif uniforme tend également à niveler les conditions entre partenaires commerciaux, même si l’exposition aux droits de douane relevant de l’article 232 et certaines exemptions entraîne encore des différences. Les économies émergentes, qui faisaient face aux taux les plus élevés auparavant, seront les principales bénéficiaires de ce changement (voir le graphique). Le Brésil, par exemple, était soumis à des droits atteignant 50 % sur certains produits sous l’IEEPA. D’autres partenaires émergents, confrontés à des taux compris entre 19 % et 25 %, profitent également de cette structure plus uniforme.

La Maison‑Blanche a déjà mené une enquête au titre de l’article 301 visant la Chine, le même mécanisme qui avait permis d’imposer des droits de douane lors du premier mandat Trump, et pourrait donc, en théorie, imposer de nouveaux droits de douane équivalents à ceux appliqués en vertu de l’IEEPA. Pour l’instant, elle ne l’a pas fait, probablement dans l’attente d’une rencontre prévue en avril entre Donald Trump et Xi Jinping.

Même à 15 %, l’effet serait limité pour les principaux partenaires commerciaux des marchés développés, comme l’Union européenne(UE) et le Japon, qui avaient convenu l’an dernier d’un taux de base similaire dans le cadre d’accords-cadres. Ils pourraient toutefois être confrontés à un taux effectif légèrement plus élevé si les droits de douane applicables en vertu de l’article 122 venaient s’ajouter aux droits de douane NPF (nation la plus favorisée) préexistants (ce qui avait été fait dans le cadre de l’IEEPA).

Les autorités américaines devraient néanmoins chercher une solution afin de respecter les engagements pris dans ces accords. Le Royaume-Uni, en revanche, devrait bénéficier d’un traitement particulier afin de conserver le taux de 10 % prévu dans son accord commercial avec Washington.

Faute de législation interne imposant des droits plus élevés, les partenaires commerciaux ne peuvent pas, dans le cadre des accords de l’an dernier, accepter volontairement de payer des droits de douane plus élevés. Et la perte de l’IEEPA comme levier tarifaire limite la capacité de l’administration à brandir la menace de droits de douane plus élevés et à prendre des mesures de rétorsion en cas de non‑conformité.

Cependant, la Maison-Blanche devrait mener des enquêtes au titre de l’article 301, pouvant lui permettre d’imposer des droits plus élevés ciblés par pays, et elle dispose toujours de l’autorité nécessaire pour imposer des droits de douane sectoriels en vertu de l’article 232. Les autres pays devraient donc, dans un tel contexte, maintenir leurs engagements de réduction des barrières commerciales et d’investissement accru aux États‑Unis.

Au-delà de la question de savoir si les droits de douane au titre de l’article 122 seront portés à 15 %, plusieurs autres éléments restent non résolus et nécessitent une clarification :

Remboursements

La Cour suprême ne s’est pas prononcée sur la question d’éventuels remboursements pour les importateurs ayant payé des droits de douane sous l’IEEPA. Cette décision a été laissée aux juridictions inférieures. Le Tribunal du commerce international (TCI), qui avait initialement annulé ces droits, a, le 4 mars, rapidement ordonné le remboursement de tous les importateurs concernés. Le ministère de la Justice a demandé un sursis dans l’attente d’un appel, mais sa requête a été rejetée. Il peut toutefois encore contester l’ordonnance.

Les douanes américaines ont indiqué ne pas pouvoir procéder immédiatement aux remboursements en raison de contraintes techniques et administratives, mais estiment pouvoir commencer à les verser d’ici la fin avril, une fois leurs systèmes mis à jour.

Selon les autorités douanières américaines, les droits collectés dans ce cadre représentent environ 166 milliards de dollars auprès d’environ 330 000 importateurs. Les 1 000 plus grands d’entre eux auraient payé près de 80 % de ce total. Dans certains cas, ce sont les sociétés de transport qui ont réglé les droits de douane avant de les répercuter sur leurs clients. Le groupe FedEx fait désormais face à une action en justice visant à garantir qu’il remboursera ses clients s’il reçoit lui-même des remboursements.

Le Service des douanes et de la protection des frontières semble déployer des efforts pour simplifier le processus de remboursement, mais plusieurs obstacles subsistent – en particulier dans les cas où les droits de douane ont été payés au début de l’année dernière et où les importations ont déjà été liquidées (c.-à-d. les droits ont été finalisés). Certains petits importateurs pourraient renoncer à engager les procédures nécessaires.

Les remboursements représenteraient malgré tout une injection de liquidités significative dans l’économie américaine, équivalant à environ 0,5 % du PIB. Si cette situation améliore la situation financière des importateurs, il est peu probable que l’effet sur la croissance soit du même ordre. Une grande partie des remboursements ne devrait pas être directement aller aux consommateurs, qui, de toute façon, n’ont pas supporté l’essentiel du coût des droits de douane.

Si les 166 milliards de dollars de droits perçus doivent être intégralement remboursés, l’opération gonflerait théoriquement le déficit budgétaire des États-Unis d’environ 9 % cette année, et ce, sans compter la perte temporaire de recettes futures générées en vertu de l’article 122. Cette situation pourrait légèrement aggraver la situation budgétaire déjà difficile du pays. Toutefois, nous estimons que les remboursements pourraient être couverts par l’émission de bons du Trésor sans trop perturber le marché du Trésor.

Légalité de l’article 122

L’article 122 semble reposer sur une base juridique plus solide que les droits de douane fondés sur l’IEEPA, puisqu’elle autorise explicitement l’imposition de droits temporaires pour faire face à des « déficits importants et graves de la balance des paiements des États-Unis ». Il n’a toutefois jamais été utilisé et fait déjà l’objet de sa propre contestation judiciaire de la part de 24 États américains.

Les déficits commerciaux et les déficits de la balance des paiements sont conceptuellement distincts – les avocats de la Maison-Blanche eux-mêmes l’ont reconnu lors de l’affaire liée à l’IEEPA. Historiquement, un déficit de la balance des paiements renvoie à une sortie persistante de réserves dans un système de taux de change fixes. Avec un taux de change flottant, les États-Unis ne peuvent pas réellement enregistrer de déficit de la balance des paiements tant que la demande pour les actifs financiers américains reste suffisante, ce qui est le cas actuellement.

Mais, lors de l’examen de l’affaire liée à l’IEEPA, le TCI a semblé adopter une interprétation légèrement différente. Puisque la balance des paiements doit toujours s’équilibrer (dans sa définition actuelle sous un régime de change flottant), le tribunal a estimé que les déficits de la balance des paiements pouvaient renvoyer à des déficits des différents comptes qui la composent, notamment celui des échanges de marchandises. Cette interprétation semble ouvrir la voie à l’application de l’article 122 pour traiter les déficits commerciaux.

Reste à voir comment les tribunaux trancheront cette question. Le débat pourrait devenir sans objet si la procédure judiciaire dépasse les 150 jours pendant lesquels les droits de douane peuvent être appliqués.

Après 150 jours

L’article 122 limite clairement les droits de douane à 150 jours, s’ils ne sont pas prorogés par le Congrès. Cette éventualité semble peu probable compte tenu du manque d’enthousiasme des législateurs à l’égard des droits de douane. Il est possible qu’après les 150 premiers jours, l’administration affirme simplement que le problème de la balance des paiements n’est pas résolu et qu’elle réimpose les droits de douane prévus à l’article 122.

Cette décision serait certainement contestée devant les tribunaux. Toutefois, à moins qu’une injonction soit accordée immédiatement ou que le Congrès ne s’y oppose, elle pourrait prolonger temporairement la durée de vie des droits de douane prévus à l’article 122.

Ce n’est toutefois pas notre hypothèse de base ; nous pensons que l’administration choisira une solution de rechange plus durable et juridiquement acceptable pour remplacer les droits de douane de l’article 122. Trump a déclaré que des droits de douane sectoriels au titre de l’article 232 étaient en préparation. De plus, des enquêtes sur des produits tels que les batteries et les produits chimiques industriels seraient à venir. Il a aussi indiqué que de nouvelles enquêtes au titre de l’article 301 seraient entreprises, ce qui permettrait de réimposer des droits de douane plus élevés et différenciés selon les pays.

Ces enquêtes sur les pratiques commerciales d’autres pays durent généralement six mois ou plus, mais l’administration pourrait chercher à accélérer ce processus et s’assurer d’être en mesure d’imposer des droits de douane en vertu de l’article 301 aux principaux partenaires commerciaux avant l’expiration des droits de douane au titre de l’article 122, fin juillet. Le gouvernement des États-Unis publie déjà un rapport annuel de 400 pages détaillant les barrières au commerce extérieur de 59 pays et blocs commerciaux. Ce rapport pourrait servir de base à des enquêtes accélérées en vertu de l’article 301.

Il existe néanmoins un risque que les droits de douane de l’article 122 soient abolis avant qu’ils puissent être remplacés par d’autres mesures, et que le taux effectif des droits de douane des États-Unis diminue encore. Ce moment pourrait être bien choisi sur le plan politique, car les entreprises et les consommateurs bénéficieraient d’un allègement supplémentaire des droits de douane dans les mois précédant les élections de mi-mandat.

Dans l’ensemble, la décision de l’IEEPA était largement attendue. Donald Trump semble suivre le plan de match (droits de douane de l’article 122, suivie de nouvelles enquêtes au titre des articles 232 et 301) que nous avions anticipé comme beaucoup d’autres. Un allègement modeste et temporaire des droits de douane élevés serait le bienvenu. En revanche, nous pensons que la plupart des droits de douane de l’ACEUM pourraient être remplacés par des pouvoirs plus durables.

La décision bipartisane (6-3) de la Cour suprême des États-Unis contre l’administration est un bon rappel qu’il existe des contrepoids au sein du système et que le pouvoir exécutif n’est pas illimité.

- JN

Évaluation des répercussions des droits de douane à ce jour

Nous avons consacré beaucoup de temps à examiner les droits de douane à l’échelle des pays, à analyser la dépendance de nos partenaires commerciaux à l’égard des exportations vers les États-Unis et à examiner les accords-cadres conclus avec l’administration Trump l’an dernier. Toutes ces questions ont trait à l’impact potentiel du protectionnisme américain et demeurent un aspect important des comparaisons entre pays.

Mais les droits de douane sont en place depuis suffisamment longtemps pour que nous puissions ajouter à notre analyse des résultats réels. Les partenaires commerciaux ont-ils gagné ou perdu des parts de marché aux États-Unis ? Ont-ils diversifié leurs exportations vers d’autres pays ? Comment se portent leurs secteurs manufacturiers ? Dans quelle mesure les fluctuations de la devise ont-elles atténué le choc ?

Nous avons créé une feuille de pointage simple qui combine ces répercussions potentielles et résultats réels pour les 20 principaux partenaires commerciaux des États-Unis. Chaque pays est évalué sur la base des huit paramètres suivants afin d’obtenir une note globale :

  1. Taux des droits de douane : la variation du taux effectif des droits de douane du pays, mesurée par le taux réel des droits de douane perçus au T4 de 2025. Cela ne tient pas compte du remplacement des droits de douane de l’IEEPA par le taux de base de l’article 122.

  2. Exposition aux droits de douane : la valeur en dollars des droits de douane imposés sur les exportations d’un pays en pourcentage du PIB de ce pays. Il s’agit d’une combinaison du taux effectif des droits de douane du pays et de l’importance de ses échanges commerciaux avec les États-Unis.

  3. Accord commercial : si le pays a conclu un accord-cadre avec les États-Unis, et a un taux négocié pour les droits de douane. Nous pensons que les accords commerciaux offrent une certaine certitude, en plus de toute réduction négociée des droits de douane décrite dans les deux indicateurs ci-dessus.

  4. Part de marché : si le pays a gagné ou perdu des parts de marché aux États-Unis après l’entrée en vigueur des droits de douane.

  5. Diversification des opérations : la mesure dans laquelle le pays a augmenté ses exportations non américaines après l’entrée en vigueur des droits de douane.

  6. Indice PMI du secteur manufacturier : niveau de l’indice des directeurs d’achats (PMI) d’un pays par rapport à ses pairs et à son propre historique

  7. Variation de l’indice PMI : la variation de l’indice PMI du secteur manufacturier du pays après l’entrée en vigueur des droits de douane

  8. Compensation par le taux de change : si la monnaie du pays s’est appréciée ou dépréciée après l’entrée en vigueur des droits de douane. La dépréciation de la monnaie permet de compenser les effets des droits de douane.

Voici un aperçu de cette feuille de pointage ; les pays les plus touchés figurent en tête.

Comme on pouvait s’y attendre, les marchés émergents assujettis à des droits de douane plus élevés s’en sortent moins bien, alors que de nombreux pays européens ayant des droits de douane relativement bas et des échanges limités avec les États-Unis font meilleure figure. Toutefois, des nuances intéressantes ressortent de cette analyse.

  • Les répercussions potentiellement élevées au Vietnam – qui traduisent des droits de douane relativement élevés et des échanges commerciaux importants avec les États-Unis – ne se sont pas traduites par des résultats particulièrement néfastes. Le pays a gagné des parts de marché aux États-Unis et a considérablement augmenté ses exportations vers d’autres pays. La dépréciation de la monnaie a contribué à atténuer le contrecoup de la hausse des droits de douane.

  • Malgré des droits de douane de base relativement bas de 10 %, le Royaume-Uni et Singapour n’ont pas connu de résultats particulièrement bons. Ils n’ont pas profité de leur avantage lié aux droits de douane et ont en fait perdu une partie du marché américain.

  • Même si les droits de douane réels du Canada et du Mexique sont relativement bas, leur potentiel est limité par le poids des tensions commerciales et l’absence d’accords-cadres. Cette situation s’est traduite par des résultats relativement médiocres, la faiblesse de l’indice PMI du secteur manufacturier étant le reflet de l’incertitude quant à la renégociation de l’AEUMC.

  • Le Canada, en particulier, a perdu une part de marché importante aux États-Unis, probablement en raison de sa forte exposition aux droits de douane sectoriels. Le Canada et le Mexique occupent le même rang, mais le Canada arrive en queue de peloton parmi les marchés développés, tandis que le Mexique se situe vers la moyenne parmi les pays émergents.

  • La Chine et le Brésil ont fait les frais des plus fortes hausses de droits de douane et sont les pays les plus touchés selon notre feuille de pointage, mais il n’y a pas que de mauvaises nouvelles. Aucune de ces économies ne dépend fortement des exportations vers les États-Unis, et les deux pays ont réussi à augmenter d’environ 10 % leurs exportations vers d’autres marchés.

Bien entendu, ces cotes peuvent changer. Comme nous l’avons vu plus tôt, le remplacement des droits de douane propres à un pays, imposés au titre de la Loi IEEPA (comme c’est le cas dans cette feuille de pointage) par un taux de base uniforme prévu à l’article 122 tend à niveler les conditions de concurrence et profite de façon disproportionnée aux partenaires commerciaux des marchés émergents. Reste à voir si cette transition éventuelle se traduira par de meilleurs résultats.

Gardez aussi à l’esprit que, si l’administration poursuit les enquêtes au titre de l’article 301 à l’encontre de ses principaux partenaires commerciaux (en remplaçant durablement les droits de douane temporaires prévus à l’article 122), un calendrier de droits de douane différenciés (semblable à ceux en vigueur au titre de l’IEEPA) pourrait être rétabli.

À notre avis, le Mexique et le Canada, qui se situent actuellement en sixième et septième position, pourraient s’éloigner des positions de tête (et être moins touchés) si la renégociation de l’AEUMC réussit à dissiper l’incertitude entourant la politique commerciale. Le Mexique a déjà gagné une partie du marché américain et pourrait poursuivre sur sa lancée si le renouvellement de l’Accord États-Unis–Mexique–Canada donnait aux entreprises la confiance nécessaire pour investir dans les chaînes logistiques nord-américaines.

Pour le Canada, la réduction des répercussions des droits de douane sectoriels préjudiciables est essentielle. Si les tarifs punitifs élevés imposés aux secteurs de l’automobile, de l’acier et de l’aluminium sont maintenus sans aucune forme d’exemption des quotas, il est difficile de voir le Canada récupérer toute la part de marché qu’il a perdue l’an dernier.

- JN

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