Le 12 juin, SpaceX fera son entrée en bourse avec une levée de capitaux colossale de 75 milliards de dollars et un marché potentiel total projeté d’une valeur étourdissante de 28 billions de dollars. Les investisseurs devraient-ils adhérer à la vision d’Elon Musk, ou plutôt se méfier de fabuleuses promesses non fondées sur des données fondamentales ?
Marcello Montanari, Rob Cavallo et Jordan Wong de RBC Gestion mondiale d’actifs Inc analysant l’ambitieux dossier S-1 de SpaceX, depuis la baisse des revenus par utilisateur de Starlink jusqu’aux projections de discutables en matière d’IA, qui pourraient être déterminantes dans cette valorisation.
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Transcription
Jordan Wong - Spécialiste en portefeuille
Robert Cavallo, CFA - Premier directeur général et premier gestionnaire de portefeuille, Actions nord-américaines
Marcello Montanari, CFA - Premier directeur général et premier gestionnaire de portefeuille, Actions nord-américaines
Jordan : Bonjour tout le monde. Nous sommes heureux de vous retrouver à Parlons technologie. Bien entendu, je suis accompagné de Marcello Montanari et de Rob Cavallo, tous deux premiers directeurs généraux et premiers gestionnaires de portefeuille au sein de notre équipe Actions nord-américaines, à Toronto. Je pense que cet épisode sera très intéressant. Il se passe beaucoup de choses dans le secteur de la technologie à l’heure actuelle. Je pense que la chose la plus remarquable en ce moment, et celle dont tout le monde parle, est le premier appel public à l’épargne de Space X, prévu pour le 12 juin.
Jordan : C’est donc le moment idéal pour commencer à en discuter un peu. Je suppose que nous reviendrons sur le sujet tout au long de l’année, surtout après le PAPE et une fois la poussière retombée. Alors, merci de prendre le temps de vous joindre à nous aujourd’hui. Je sais que c’est une période de travail intense. À part ce PAPE, vous avez déjà beaucoup à faire, et la charge s’alourdit. Alors, je vous remercie de prendre du temps aujourd’hui.
Rob : Merci.
Marcello : C’est un plaisir d’être ici.
Jordan : Parfait. Et si... Et si on entrait dans le vif du sujet ? Les renseignements sur ce projet de PAPE sont encore limités, mais vous avez probablement eu l’occasion de prendre connaissance d’une partie du formulaire S-1, qui contient tous les renseignements accessibles à tous. Alors, on pourrait peut-être commencer par ça. J’aimerais avoir votre première impression sur ce que vous avez lu.
Marcello : Je vais commencer. Et pour être tout à fait clair, je n’ai que survolé rapidement le formulaire S-1, et j’ai aussi parlé à certains analystes qui ont pu s’exprimer avant de se joindre au syndicat. Alors, ça m’a permis d’y voir un peu plus clair.
Marcello : Et en plus, je lis des articles publiés dans la presse, ou je suis des gens qui écrivent dans Substack, sur Twitter, des gens très intelligents et bien informés. Difficile de savoir par où commencer. Je veux dire, c’est juste un PAPE gigantesque. Voilà qui explique la grande controverse qui entoure cette opération, qui touche tant de sociétés différentes.
Marcello : C’est très difficile. On pourrait sûrement en parler pendant des heures si on le voulait vraiment. Mais je pense que si je devais expliquer ce qui... ce qui ressort vraiment, c’est... tout d’abord, ce n’est pas une valorisation qu’on peut faire en utilisant les indicateurs traditionnels. Il faut savoir qu’il faut utiliser une valeur actualisée des flux de trésorerie et faire beaucoup d’hypothèses.
Marcello : Puis, une fois que c’est fait, toute votre valorisation repose essentiellement sur des bases bien fragiles, parce qu’il suffit de changer quelques variables... Et les chiffres peuvent varier considérablement. La valorisation est donc très élevée, compte tenu de ce que nous savons aujourd’hui en termes de revenus et autres variables du genre, parce qu’elle se négocie à environ 100 fois les revenus.
Marcello : La plupart de ces revenus proviennent des activités de Starlink. Je pense que ce sont probablement les trois quarts des revenus qui proviennent de là. Donc, pour l’instant, quand on y regarde de plus près, c’est vraiment ça, et ça pourrait bien aboutir dans la communauté. Je crois que ça pourrait bien aboutir dans le sous-indice des communications du S&P et des divers indices de référence, tout comme Google, AT&T et Verizon, ce genre de sociétés.
Marcello : En ce moment, ça relève de ce segment. La majeure partie de la valeur est là. L’activité liée aux lancements est probablement la chose la plus emballante, parce que, vraiment, qui n’aiment pas les fusées. Soyons clairs. Elon a fait... vous savez j’ai mes réserves à propos d’Elon, mais vous ne pouvez pas nier le travail qu’il a accompli.
Marcello : En gros, SpaceX est devenue en quelque sorte 75 % de la capacité de lancement hors de la Russie et de la Chine. En effet, le nombre de fusées déployées dans l’espace et, par extension, le nombre de satellites déployés dans l’espace sont impressionnants. C’est un travail impressionnant. Mais je pense que le plus important, c’est que, quand on examine le formulaire S-1, tout se résume en quelque sorte à la construction d’un édifice dont les fondations reposent sur la définition du marché potentiel total.
Marcello : Et c’est là que le formulaire S-1 entre dans une sorte de... je ne dirais pas « conte de fées », mais les chiffres qui s’y trouvent sont tout simplement gigantesques. On n’a jamais rien vu de tel. Désolé. Je déteste parler comme Donald Trump. Je n’ai jamais rien vu de semblable, mais ils tablent sur un marché potentiel total de 28 billions de dollars.
Marcello : Et la majeure partie, soit je pense 22 ou 23 milliards... milliers de milliards de dollars relèvent essentiellement de la catégorie de l’IA. Comme vous le savez, nous couvrons presque toutes les sociétés d’IA qui comptent. Il en existe, mais bon nombre d’entre elles ne sont pas publiques. Nous avons une bonne idée de leur position à cet égard, et je ne pense pas qu’aucune d’entre elles n’ait jamais nourri ce genre d’attentes.
Marcello : À suivre... Et, à vrai dire, un grand nombre de ces sociétés, comme ChatGPT, Anthropic, Microsoft, Google, etc., sont beaucoup plus avancées dans leur parcours en IA que Space X ou xAI. C’est donc un peu comme si l’un des petits acteurs du secteur mettait en avant ce gigantesque marché potentiel total. Donc, quand on analyse l’entreprise et qu’on se dit : « Bon, on comprend à peu près comment fonctionne le secteur des satellites, celui des communications par satellite », en gros, c’est tant fois le nombre d’abonnés, car ils comptent plus de 10 millions d’abonnés.
Marcello : Soit dit en passant, le RMPU a chuté de 99 $ à 66 $ au cours des deux dernières années. Alors, ce n’est pas...
Jordan : Précisons ce qu’est le RMPU.
Marcello : Désolé. C’est le revenu moyen par utilisateur. Bien sûr. Alors le revenu moyen par utilisateur était d’environ 99 $ il y a deux ans, et il est maintenant de 66 $. Ce n’est donc pas vraiment un indicateur très flatteur à présenter. Mais de toute évidence, ils le font en gros pour... Peut-être pour une des deux raisons suivantes, ou les deux. Premièrement, ils baissent leur prix à mesure que leur volume augmente.
Marcello : Vous pouvez répartir les coûts fixes sur un grand nombre de clients. Vous pouvez donc baisser votre prix pour gagner des parts de marché. C’est peut-être un des aspects de la question. Mais l’autre aspect est que, vous savez, en ce qui concerne l’accès à Internet haut débit, la plupart des villes et des banlieues sont bien couvertes par les fournisseurs existants, qu’il s’agisse de votre société de câblodistribution ou de votre compagnie de téléphone et de leurs connexions filaires.
Marcello : Et ces services sont, en général, très bons. Il s’agit donc davantage d’un service destiné aux zones rurales. Alors, au fil du temps, vous allez vous retrouver avec une clientèle de plus en plus rurale. Et vous allez vous tourner de plus en plus vers des pays en dehors de l’Occident, des États-Unis et du Canada. Et vous vous rendrez dans les pays en développement, où le revenu par habitant est généralement plus faible, etc.
Marcello : C’est donc peut-être une combinaison des deux ou juste un de ces aspects, je n’ai pas encore approfondi suffisamment la question pour savoir s’ils l’ont mentionné dans le formulaire S-1. En tout cas, il y a tellement de choses à dire pour qu’on puisse trouver comment évaluer cette partie de l’activité, le secteur des lancements. Nous pouvons émettre des hypothèses. Rien ne croît comme le secteur des lancements.
Marcello : Ce n’est pas une activité qui affiche une croissance de 20 % lorsqu’il s’agit de tiers. En réalité, la plupart des activités menées par Starlink ont été menées par SpaceX pour le compte de Starlink. Donc, si vous regardez ce que ces activités pourraient signifier pour les tiers, vous constaterez que ce segment du marché connaît une croissance plus lente. C’est en quelque sorte un taux entre 5 % et 10 %.
Marcello : Nous pouvons donc émettre des hypothèses à partir de là. Nous pouvons ainsi avoir une idée de la valeur que pourraient avoir ces deux entreprises. Mais ce faisant, il ne faut pas entrer dans le détail des chiffres. En fin de compte, une grande partie de la valorisation repose sur xAI, c’est-à-dire l’activité liée à l’IA.
Marcello : Et… Oui, ça repose sur xIA et... oui, tout se résume finalement au marché potentiel total. Vous avez donc un marché potentiel total de 28,23 billions de dollars pour cette partie de l’entreprise. C’est en quelque sorte la base. Il faut donc y jeter un coup d’œil, tu vois, faire un petit test pour voir si ça te semble plausible.
Marcello : Cette partie de l’entreprise fait donc couler beaucoup d’encre. J’aimerais donc conseiller vivement aux gens d’aiguiser leur crayon. Et d’examiner la chose de près, faire preuve de prudence, je dirais.
Marcello : Gardons cela à l’esprit. Le modèle de pointe utilisé par Space X, appelé Grok, est développé par xAI. En fait, on a vu récemment qu’Elon l’a même pratiquement admis. Ses performances n’ont pas été à la hauteur des normes en vigueur ni de celles de la concurrence actuelle.
Marcello : Il a donc essentiellement dit qu’il fallait retourner à la table à dessin pour le retravailler. Encore une fois, vous fondez la valorisation sur l’IA. Grok joue un rôle très important dans ce contexte. Les choses ne semblent pas se passer comme prévu. Ils doivent retourner à leur table à dessin pour le retravailler et le réentraîner, je suppose. Et au même moment, Elon a fait volte-face et s’est dit, d’accord, nous avons ces grands centres de données dans le Tennessee.
Marcello : Louons-les à Anthropic pour 1,25 milliard de dollars par mois, ce que tout le monde souligne. Ce qu’ils ont tendance à ne pas souligner, c’est qu’Anthropic peut, en gros, avec un préavis de 90 jours, dire : « Finalement, nous n’avons plus besoin de cette capacité. » Il faut donc garder ça à l’esprit également. Donc, si je devais citer les points à retenir, je dirais que c’est surtout la valorisation, sur quoi la valorisation est fondée
Marcello : Et nous devons être prudents en ce qui concerne les résultats d’exploitation de cette activité en particulier, plus que toute autre chose. Et il est évident que nous investissons dans toutes sortes d’activités. Le formulaire S-1 aborde des questions liées à la transformation de l’espace en centre de données et, vous savez, à l’installation de centaines de térawatts d’électricité là-haut. Et parce que la lumière du soleil est beaucoup plus efficace dans l’espace.
Rob : En fait, je ne suis pas sûr d’être prêt à m’engager là-dessus, mais comme je l’ai dit, je viens de commencer à m’y intéresser et je vais certainement regarder tout cela de plus près. Mais ce sont mes premières impressions. Désolé, ça prend un peu plus de temps.
Jordan : Non, c’est parfait. Et je crois pouvoir dire sans me tromper, Marcello, que je t’ai déjà entendu parler d’autres choses avec plus d’enthousiasme. Alors, Rob, j’aimerais bien avoir ton avis. Je suppose que tu es plutôt du même avis que Marcello à ce sujet. Qu’est-ce qui t’inquiète le plus quant à ce qui pourrait se passer à partir du 12 juin dans le cadre de ce PAPE ?
Rob : Oui, en fait, je ne suis pas inquiet. Mais j’estime qu’il faut garder une chose à l’esprit. C’est qu’il va avoir un contrôle total sur l’entreprise et il va pouvoir faire ce qu’il veut, tu vois, ce qui n’est pas vraiment différent de ce qui se passait aux débuts de Tesla : il faut vraiment adhérer au rêve de Musk, à sa vision, pour soutenir un investissement pareil.
Rob : Il faut être conscient du fait que, tu sais, il y a encore cette histoire de Starlink, mais il y a aussi l’espace et les gouffres financiers que représentent les centres d’affaires, dans lesquels il va pouvoir investir sans limite, ce qui ne facilite pas forcément la prise de bonnes décisions du point de vue des marchés financiers. Tout comme, vous savez, lorsque nous examinons certains des autres grands acteurs des Sept Magnifiques qui investissent massivement dans leurs immobilisations, nous prenons en considération ce genre de facteurs, notamment le fait qu’il existe actuellement de nombreux liens entre SpaceX et Tesla.
Rob : En fait, les marchés des paris évaluent à 60 % ou plus les probabilités d’une fusion entre ces deux sociétés avant le 1er mai de l’année prochaine. C’est un risque énorme. En tant qu’actionnaire de SpaceX, vous pourriez être à la merci des organismes de réglementation, sans compter que vous n’aurez pas le pouvoir de vote pour bloquer une transaction. Si ce n’est pas quelque chose que vous soutenez.
Rob : Ça représente 60 milliards de dollars. Il y a une clause dans leur partenariat avec Cursor, une entreprise très en vogue dans le domaine du codage – faute d’une meilleure description –, qui prévoit une valeur de 60 milliards de dollars, que SpaceX est en mesure de mobiliser pour acquérir cette société en échange d’actions SpaceX. Il y a donc ces aspects à prendre en considération et, qui sait, ils peuvent être positifs.
Rob : Ou ils peuvent se révéler négatifs. Mais, vous savez, ce qui me frappe avant tout, c’est que la situation est compliquée en raison du contrôle des votes et de la multitude de ramifications très diverses qui s’étendent à différents aspects de SpaceX même, mais aussi à Tesla en tant qu’entité publique distincte dont il faut vraiment tenir compte.
Rob : Et, il faut garder les yeux grands ouverts quand on se lance là-dedans. Si vous envisagez de devenir un investisseur.
Marcello : Oui, justement, à ce propos, en ce qui concerne la gouvernance, si on regarde la façon dont elle a été organisée, on constate qu’elle est en train de passer du Delaware au Texas. Elle devient en quelque sorte une entité contrôlée, ce qui signifie qu’Elon n’est pas tenu d’avoir des administrateurs indépendants au sein de son conseil d’administration, comme c’est le cas pour plusieurs régimes de retraite. Je crois que le premier était danois.
Marcello : Mais même des régimes comme CalPERS, de la ville de New York, et le New York State Common Retirement Fund ont en quelque sorte mis le doigt sur ce problème de gouvernance, car il y a vraiment peu de possibilités d’avoir son mot à dire sur les activités ou les résultats qui pourraient en découler pour les actionnaires.
Marcello : Là encore, il faut faire attention.
Rob : Effectivement. Désolé. Encore une chose. Je voudrais également préciser que, selon la structure prévue, une part importante des actions du PAPE sera destinée au marché de détail. Il existe donc un scénario. Un scénario où les bons détenteurs de titres du secteur détail s’emparent de l’action et l’offrent à prix d’aubaine dès le départ.
Rob : Comme si c’était risqué de ne pas en profiter. Non, cela ne sera pas nécessairement préjudiciable pour les indices. Mais vous savez, c’est une autre considération. Par exemple, dans quelle mesure le secteur détail exercera-t-il une influence sur la trajectoire de l’action dans les premiers mois suivant sa sortie, compte tenu du pourcentage de participation qu’aura le PAPE ?
Jordan : Bien sûr, Et tu sais, je voudrais revenir sur un point que tu as abordé tout à l’heure, quand tu as dit que le marché potentiel total était estimé à environ 28 000 milliards de dollars. J’ai lu brièvement sur ce sujet. Vous savez, ils ont déclaré des revenus inférieurs à 20 milliards de dollars jusqu’à présent. De toute évidence, il y a un énorme fossé qui doit être comblé pour que cette valorisation soit justifiée.
Jordan (présentateur 1) : Ça s’est déjà vu ? Y a-t-il déjà eu des cas où, disons, ce genre de valorisation a été atteinte, ou ces attentes ont été satisfaites, ou... y a-t-il un moyen de bien comprendre la valorisation ?
Rob (présentateur 2) : Puis-je intervenir ? Puis-je répondre à cette question ? Oui ?
Marcello (présentateur 3) : Oui, vas-y.
Rob (présentateur 2) : Il suffit de regarder du côté de Tesla. C’est un peu comme si on vendait un rêve assez longtemps pour pouvoir, à un certain point, tenir ses promesses sur les fondamentaux et justifier ainsi la valorisation. La question est donc de savoir si vous êtes prêt à acheter ce rêve. Et, au fil des ans, vont-ils pouvoir combler cet écart ? Musk et SpaceX vont-ils...
Rob (présentateur 2) : Seront-ils capables de répondre à ces attentes ? Je pense que Tesla constitue un cas d’étude, que les choses se passent de la même manière ou, disons, mieux ou moins bien. Je pense que c’est une analogie assez facile à comprendre dans le cas de SpaceX.
Jordan (présentateur 1) : Peut-être.
Marcello (présentateur 3) : Nous avons constaté dans le passé qu’Elon était capable de vendre ses rêves, et il l’a fait à maintes reprises.
Jordan (présentateur 1) : Alors, vous savez, ça me laisse songeur. Rob, tu as dit qu’une tranche plus importante que d’habitude sera affectée aux investisseurs du secteur détail dans le cadre de ce PAPE. Et on sait à quel point ils semblent être le groupe démographique qui adhère au « rêve » bien plus facilement que les gestionnaires fondamentaux ou institutionnels. Voilà quelques réflexions à ce sujet.
Jordan (présentateur 1) : Pensez-vous que c’est intentionnel ou pensez-vous seulement qu’il s’agit d’une tendance qui s’amplifie ?
Rob (présentateur 2) : Je pense que c’est plus intentionnel ici. Je me demande si, à l’avenir, on verra la tendance à allouer un peu plus de parts aux investisseurs du secteur détail lors de certaines introductions en bourse ? Certainement. Je pense que ce sera un montant important. Donc clairement, ils ont besoin de lever 75 milliards de dollars. Et j’imagine qu’ils pourraient le faire dans le secteur institutionnel. Mais dans ce cas, il serait bon d’avoir une participation importante dans le secteur détail.
Rob (présentateur 2) : Mais aussi, le secteur détail a toujours été un fervent partisan d’Elon, les vrais adeptes. Je pense donc qu’il y a une certaine intention derrière tout ça, tu vois, pour susciter l’enthousiasme des investisseurs et faire grimper le cours de l’action dès les premiers jours, et permettre ensuite, que ce soit par le biais de levées de fonds supplémentaires sous forme de ventes secondaires ou d’autres moyens, d’augmenter progressivement le flottant au fil du temps.
Rob (présentateur 2) : Je pense qu’obtenir ce soutien est assez intentionnel.
Marcello (présentateur 3) : Je pense qu’il est important de le souligner. Rob y a fait allusion. Ainsi, la division xAI est en concurrence avec certaines des entreprises les mieux capitalisées et les plus performantes de la planète, comme Google, Microsoft ou Facebook. Désolé, Meta. Elle dispose de flux de trésorerie importants pour l’aider à financer ses initiatives d’IA. Ce n’est pas le cas de Space X.
Marcello : C’est toujours un peu une question de capitaux. Ça mobilise d’énormes capitaux. Et rien qu’avec cette levée de 75 milliards de dollars, une somme considérable servira à rembourser les dettes passées. J’ai même l’impression qu’elle servira à rembourser des dettes contractées afin d’aider Elon à financer l’acquisition de Twitter, par exemple, ainsi que des dettes qui ont servi à financer la construction de Colossus.
Marcello : Donc, une grande partie de ce PAPE vise à rembourser les dépenses passées plutôt que les dépenses à venir, et les autres entreprises demandent beaucoup de capitaux.
Jordan : C’est extrêmement instructif. Rob, je sais que tu dois te rendre à une réunion dans quelques minutes. Je voudrais donc passer en revue quelques-unes des autres manchettes. S’il y avait autre chose qui mérite d’être abordé à ce sujet, d’accord, mais si ce n’est pas le cas, nous pouvons peut-être passer à Dell.
Jordan : Oui, c’est un bon choix.
Rob : Oui, je...
Jordanie : Toute une transition, je dirais, mais oui.
Rob Cavallo : Bien sûr. En fait, la seule autre chose à laquelle je pense, c’est que, tu sais, la question de l’espace pour les centres de données, c’est important. Et je vois bien qu’une solution pourrait se dessiner avec le temps. Et elle consistera en partie à réduire les coûts de lancement et tout ça. C’est une tout autre histoire. Mais je pense que les droits de douane sont importants.
Rob : Et essentiellement Space X cherche à construire sa propre usine de fabrication de semi-conducteurs. J’avais des réticences à ce sujet, mais en tant qu’entreprise cotée en bourse et compte tenu du contexte, je pense que c’est un autre aspect qui passe peut-être un peu inaperçu : la question de savoir si ces ambitions pourront être concrétisées, et les implications concrètes que cela aurait pour l’ensemble du secteur si cela venait à se produire.
Rob : Mais je pense qu’en dehors de ça, il s’agit surtout, comme l’a dit Marcello, de bien cerner la situation, de vraiment réfléchir à tous les scénarios possibles pour voir si ça pourrait marcher ou pas. Et je pense que cela dépend en grande partie de la confiance que l’on a en leur capacité à concrétiser leurs ambitions en matière d’IA, tant en tant qu’entreprise proposant ses propres modèles qu’en tant que futurs géants de l’infonuagique pouvant offrir leurs services à d’autres organisations, aux entreprises, etc.
Rob : Voilà les principales considérations dont nous avons parlé. Et comme je l’ai dit, vu le temps qu’on y a consacré, il vaut sans doute mieux passer à autre chose.
Jordan : Eh bien, j’en suis sûr, nous en reparlerons tout au long de l’année, surtout après le PAPE. Nous en saurons beaucoup plus à ce moment-là, c’est sûr. Et maintenant concernant la transition du siècle. J’aimerais parler de Dell. À mon avis, c’est un peu le thème de l’année. Soit les actions sont fortement perturbées par l’IA, soit elles s’envolent en raison de ces goulots d’étranglement informatiques.
Jordan : C’est une tendance que nous avons observée de manière constante sur l’ensemble du marché de la mémoire tout au long de l’année 2026. Je crois que Dell est la dernière valeur en date à avoir connu une hausse fulgurante, un peu comme les titres du secteur de la mémoire. Je trouve cela intéressant parce que, de mon point de vue, Dell est comme l’ordinateur qu’on n’achète pas si on a le budget pour autre chose. Bien sûr, le cours de l’action ne dépend pas vraiment de la qualité de leurs PC, mais vous pourriez peut-être nous donner quelques explications sur les raisons qui expliquent l’envolée soudaine de l’action.
Marcello : Rob, veux-tu que je commence ?
Rob : Oui, bien sûr. Vas-y.
Marcello : D’accord. Dell s’inscrit résolument dans le volet infrastructure de l’ensemble des titres liés à l’IA, qui vient s’ajouter à ceux du secteur informatique. Mais, nous en sommes encore à la phase de déploiement de l’infrastructure dédiée à l’IA. Et Dell joue un rôle important à cet égard. Le rôle de Dell est différent de celui des autres parce qu’elle est depuis longtemps un fournisseur d’entreprise.
Marcello : Alors que certains fournisseurs de services infonuagiques à grande échelle collaborent essentiellement avec des fournisseurs de services de gestion d’infrastructure (EMS) pour développer ce qu’on pourrait appeler du matériel « boîte blanche » – pas tant des processeurs graphiques, mais plutôt, par exemple, les systèmes TPU de Google, qu’ils développent en collaboration avec d’autres. Dell a tendance à fournir un système pleinement fonctionnel qu’il a assemblé, en se concentrant principalement sur les processeurs graphiques au sein de Vedere.
Marcello : Et donc ce que nous voyons qu’il va se produire ici... Et la plupart des activités de Dell en matière d’IA reposent sur les « neo clouds ». Voilà pour le contexte. Alors...
Marcello : Dallas fait des gains dans ce secteur. Et comme nous pouvons voir, la demande pour ce matériel est en hausse. Chaque fois que les dépenses en immobilisations augmentent, la pression s’accentue pour augmenter la capacité, que ce soit chez les fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle ou dans les « neo clouds ». C’est ce qui alimente tout cela. De plus, cela a également des répercussions sur le processeur, c’est-à-dire sur le volet informatique traditionnel.
Marcello : À propos, tout cela concerne les serveurs et les serveurs d’IA. Il ne s’agit pas d’un ordinateur personnel de Dell. Tous ces avantages proviennent donc des serveurs. J’aurais dû le dire dès le début. Donc maintenant, ce qu’on constate aussi, c’est qu’il y a une sorte d’étiquette qui englobe l’infrastructure de l’IA, tout comme les ventes de serveurs traditionnels.
Marcello : On commence à voir les serveurs traditionnels basés sur des processeurs et des architectures de type x86. Ils sont entraînés dans tout cela pour progresser côte à côte. Ce n’est pas un ratio de 1 à 1, mais il y a un ratio. Dell profite aussi de la vente de serveurs dans le volet informatique traditionnel. Et elle aura aussi une activité de stockage.
Marcello : Je pense que ce qui suscite tant d’enthousiasme autour de Dell, c’est la réponse qu’a donnée, il y a quelques trimestres, Jensen Wang à la question posée lors d’une conférence téléphonique : « Dans quel domaine pensez-vous que les ventes de processeurs graphiques et de systèmes vont connaître une plus forte croissance ? » Celui des fournisseurs de services infonuagiques à grande échelle ou des entreprises ?
Marcello : Et sans sourciller, il a dit « celui des entreprises ». Dell est donc l’un des principaux fournisseurs traditionnels d’entreprises. En y réfléchissant bien, vous savez, ici à la Banque Royale, nous allons peut-être faire appel à des fournisseurs de services infonuagiques à grande échelle pour certains de nos besoins en matière d’IA. Mais pour certains de nos besoins, nous pourrions décider, en raison de la confidentialité des données et autres choses du genre...
Marcello : et la sécurité... Nous pourrions décider d’utiliser certains modèles en interne, sur notre propre équipement. C’est dans ces cas que nous aurons recours à quelque chose comme des systèmes de Dell pour nous aider à faire cela sur place plutôt qu’à l’extérieur. Donc tous ces éléments se renforcent les uns les autres. Et je pense que c’est ce qui explique l’enthousiasme suscité par Dell et un certain nombre d’autres fournisseurs d’équipement comme HP.
Jordan Et…
Rob : D’accord.
Jordan : Bon, Rob, on pourrait peut-être conclure par une réflexion de ta part, notamment sur la pérennité de cet enthousiasme. Est-ce qu’il change fondamentalement les perspectives pour Dell, ou s’agit-il simplement d’un coup de chance, d’être au bon endroit au bon moment ? Et puis, une fois que les besoins informatiques sont satisfaits, on revient à la situation normale.
Rob : Je suppose que Dell et les autres sociétés de serveurs profitent de la pénurie. Sans aucun doute. Je pense qu’il y aura un certain retour à la normale au fil du temps, mais je pense que cela pourrait prendre des années. Ce ne sera pas en 2026. Ce ne sera pas en 2027.
Rob : Et le seul autre point que je voudrais souligner, c’est que Dell s’est également distinguée par une gestion bien plus efficace de sa chaîne d’approvisionnement. Ainsi, alors que le manque de mémoire touche tout le monde, elle parvient à s’approvisionner davantage, à gagner des parts de marché et à répercuter la hausse des prix. Ainsi, elle est capable de protéger les marges, tout en augmentant ses parts.
Rob : Et elle a tout simplement beaucoup mieux géré la situation. En plus de tirer parti de l’entreprise et des « neo clouds », la gestion de la chaîne d’approvisionnement a été un important moteur du dernier trimestre. Et aussi le solide rendement que nous avons constaté pour l’action au cours des derniers trimestres.
Jordan : Très bien. C’est très bien. Merci à vous deux. On a un peu dépassé le temps aujourd’hui. Nous allons donc conclure. Nous apprécions vraiment vos réflexions et vos commentaires pertinents. Comme je l’ai dit plus tôt, nous allons probablement reparler de Space X à quelques reprises au cours de l’année. Alors, restez à l’affût. Pour ceux qui nous écoutent : si vous souhaitez en savoir plus sur certains des produits et stratégies que Marcello et Rob gèrent, comme le Fonds de sciences biologiques et de technologie RBC et le Fonds mondial de technologie RBC, nous vous invitons à consulter notre site Web.
Jordan : www.rbcgam.com/fr/. J’attends avec impatience notre discussion du mois prochain.
Rob : Merci.
Jordan : Merci, Messieurs. À la prochaine. Merci à tous. D’accord.