Phil Langham, chef, Actions, Marchés émergents, RBC Global Asset Management (UK) Limited, discute du virage possible des actions des marchés émergents (ME) après de nombreuses années de contre-performance.
M. Langham indique que les actions des marchés émergents ont connu de longs cycles de rendements, soit à la hausse, soit à la baisse, par rapport aux actions des marchés développés au cours des 35 ou 40 dernières années. Le vent pourrait toutefois commencer à tourner.
(en anglais seulement)
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Transcription
Alissa Howard : Bonjour à tous. Merci de nous écouter aujourd’hui. Je m’appelle Alyssa Howard. Je suis gestionnaire de portefeuille institutionnel à RBC Gestion mondiale d’actifs. Phil Langham, notre chef de l’équipe Actions, Marchés émergents et gestionnaire principal de portefeuille pour notre stratégie d’actions des marchés émergents m’a rejointe aujourd’hui. Nous allons discuter de certains des thèmes qui dominent les marchés émergents, tant à long terme qu’à court terme.
Entrons donc dans le vif du sujet. M. Langham, merci de vous joindre à nous aujourd’hui. Selon moi, la tendance générale que nous observons sur les marchés émergents depuis plus de dix ans dénote d’une catégorie d’actifs délaissée. Selon vous, quels sont les facteurs à long terme en faveur de cette catégorie d’actifs ? Pensez-vous que le rendement des marchés émergents connaît potentiellement un virage ?
Phil Langham : Bonjour, Mme Howard, et merci à tous pour votre participation. Je dirais donc que si on regarde le rendement relatif des marchés émergents par rapport aux marchés développés, et que nous remontons 35 ou 40 ans en arrière, la tendance vraiment intéressante tient à l’extrême longueur des cycles de rendement soit supérieur, soit inférieur.
Les marchés émergents ont connu deux très longs épisodes de rendements supérieurs et deux très longs épisodes de rendements inférieurs, notamment au cours des douze dernières années. Examinons les rendements des marchés émergents par rapport à ceux des marchés développés depuis le début de l’année. On constate que les marchés émergents ont mieux fait ; ils sont en hausse d’environ 25 % alors que les marchés développés ont progressé d’environ 15 %.
La question est donc : les marchés émergents entament-ils un nouveau cycle prolongé d’excellent rendement ? Selon nous, ce pourrait bel et bien être le cas. Un examen de ces longs cycles révèle la présence de plusieurs facteurs importants, les deux principaux étant en premier lieu la croissance des bénéfices et, en second lieu, le dollar américain.
La croissance des bénéfices, relativement stationnaire pendant la majeure partie des dix dernières années, a toutefois commencé à se redresser au cours des deux dernières années. Cette croissance sur les marchés émergents devrait avoisiner 20 % cette année et 15 % l’an prochain. Par le passé, elle avait toujours tendance à être soutenue par les cycles de marge.
Et nous avons en fait vraiment l’impression d’être au début d’un cycle de marge positif. Les marchés émergents ont connu un cycle de relativement faibles marges pendant plusieurs années. Si on examine celles-ci sur de longues périodes, le résultat, quel qu’il soit, a toujours tendance à revenir à la moyenne. L’autre facteur qui, selon nous, pourrait avantager les marchés émergents par rapport aux marchés développés ou être un facteur très important est le dollar américain.
Dans le passé, la tendance observée était que les marchés émergents avaient tendance à mieux se comporter lorsque le dollar américain se dépréciait. C’était le cas entre 2001 et 2010. Toutefois, le dollar s’est relativement raffermi pendant la majeure partie des douze dernières années. En général, le dollar a tendance à être soit très surévalué aux sommets, soit très sous-évalué aux creux, comme ce fut le cas en 2009.
Nous sommes d’avis que quelques autres facteurs justifient un recul du dollar à moyen terme en plus de la valorisation. Parmi ces facteurs, citons les déficits budgétaires et celui des comptes courants colossaux et croissants aux États-Unis et la politique de M. Trump qui prévoit une dépréciation du dollar.
Cette année, nous avons commencé à observer un affaiblissement du dollar qui a grandement stimulé les marchés émergents. Nous sommes d’avis qu’il s’agit du début d’une tendance à long terme. Enfin, je pense que l’autre critère de comparaison entre les marchés émergents et les marchés développés qui vaut la peine d’être mentionné est la valorisation.
Les marchés émergents, fortement à la traîne au cours des dix dernières années, semblent à présent très bon marché. À court terme, la valorisation n’a pas tendance à stimuler le rendement. Considérée comme un facteur de long terme, elle a tendance à être assez prédictive, en particulier dans un marché tel que les États-Unis où les valorisations actuelles très élevées pourraient inciter à la prudence pour l’avenir.
Alissa Howard : Parfait, merci. Vous avez évoqué la politique américaine. Je crois qu’il est impossible de parler des marchés et des marchés émergents en général sans réfléchir aux droits de douane et aux répercussions de la politique commerciale américaine. Selon vous, à l’échelle mondiale, quel sera le véritable impact de la politique américaine sur les droits de douane pour les marchés émergents ?
Phil Langham : Eh bien, je dirais que la politique sur les droits de douane portait fort à confusion lorsqu’elle a été annoncée initialement en mars. Les perspectives actuellement semblent désormais moins nébuleuses. Regardons les marchés émergents dans leur ensemble. Des accords sur les droits de douane ont été négociés pour tous les grands marchés émergents, à l’exception de l’Inde, de la Chine et du Brésil.
Il semble que les droits de douane sur les marchés émergents se situeront généralement entre 15 % et 20 %, un niveau grosso modo identique à celui que nous verrons probablement dans les marchés développés. Donc pour l’ensemble des États-Unis, les droits de douane passeront d’environ 2,5 % à environ 17,5 %.
Pour ce qui est des pays émergents où les droits de douane n’ont pas encore été négociés, c.-à-d. l’Inde, la Chine et le Brésil, les dernières évolutions font état de remarques plus conciliantes de la part de M. Trump tant pour l’Inde que pour la Chine. Il est fort possible que M. Trump rencontre le président chinois à la fin du mois.
Puisque les deux pays ont tous deux grand intérêt à parvenir à un accord, une telle issue est très probable selon nous, et rencontra certainement un accueil favorable. En ce qui concerne le dernier marché, le Brésil, nous sommes d’avis qu’il s’agit probablement d’une question de temps. En réalité, l’intervention de Donald Trump au Brésil a vraiment eu l’effet inverse que prévu et a fortement augmenté la popularité du chef de l’aile de gauche, Lula. Ce n’était certes pas l’intention de M. Trump.
En ce qui a trait aux répercussions globales sur les marchés émergents, on pourrait dire que pour la plupart des marchés émergents, les échanges américains représentent un faible pourcentage du PIB. Il n’y a que deux ou trois marchés émergents pour lesquels le commerce américain contribue à plus de 10 % du PIB. Le marché le plus important à ce titre serait le Mexique, qui s’en est en fait raisonnablement bien tiré.
En ce qui concerne les droits de douane pour un pays comme la Chine, par exemple, les échanges américains représentent moins de 2,5 % du PIB. En fait, si on examine la façon dont la Chine a négocié ou s’est comportée depuis le début de la guerre commerciale, on constate que le pays est parvenu à accroître ses exportations dans l’ensemble, même si celles vers les États-Unis ont diminué. Nous avons observé une tendance à la hausse des exportations des marchés émergents dans l’ensemble de la région, de manière progressive au cours des quinze ou vingt dernières années.
Les exportations entre marchés émergents, qui avoisinaient 20 % des exportations totales, ont atteint un niveau actuel situé entre 45 % et 50 %. Pour un pays comme la Chine, la réussite tient aussi à sa capacité à offrir plus de valeur ajoutée.
Par ailleurs, l’excédent commercial de la Chine reste excellent depuis le début de la guerre commerciale. Globalement, nous sommes donc d’avis que les répercussions des droits de douane sur les marchés émergents seront probablement très limitées. En revanche, le fait de savoir qui souffrira du taux général des droits de douane, allant de 2,5 % à 17,5 %, suscite certaines discussions.
Aux États-Unis, M. Trump rétorquerait qu’il s’agira probablement des exportateurs. La plupart des économistes semblent croire en revanche que c’est le consommateur américain qui subira en fait le gros contrecoup des droits de douane, qui ne sont rien d’autre que des augmentations d’impôt dans les faits.
Alissa Howard : C’est bien. Merci, M. Langham. Un autre fait intéressant à propos des marchés émergents tient à la diversification sur les plans géographique et sectoriel. Ce ne sont plus les marchés émergents d’il y a 20 ans qui étaient beaucoup plus dominés par l’énergie et les matières, avec un fort accent sur les marchandises.
Nous observons une catégorie d’actifs provenant de secteurs de meilleure qualité qui domine vraiment l’indice en ce moment. En particulier, on observe la montée de la TI et de l’IA. Tous ces thèmes sont très en vogue. Globalement, comment voyez-vous le secteur de la TI dans les marchés émergents ? Comment s’inscrit-il sur la scène mondiale ? Comment voyez-vous les valorisations de ce segment du marché aujourd’hui ?
Phil Langham : Oui, vous avez raison, Mme Howard. Au cours des dernières années, les marchandises, qui représentaient globalement près de 45 % de l’indice, ont décru à environ 10 %. Parallèlement, des secteurs de bien meilleure qualité, p. ex. la consommation et la TI, ont poursuivi leur croissance. C’est probablement la TI qui a connu la croissance la plus rapide sur les marchés émergents au cours des dernières années.
Dans l’ensemble des marchés émergents, la qualité des actions du secteur de la TI s’est nettement améliorée. C’est un domaine qui a affiché une très forte croissance des bénéfices. On observe par ailleurs que les marchés émergents profitent des tendances actuelles, c.-à-d. les dépenses dans l’IA. Je dirais qu’en particulier, beaucoup de sociétés que nous considérons comme les pics et les pelles de l’IA, à savoir les principaux acteurs dans les semi-conducteurs, sont très implantées dans les marchés émergents et se sont très bien comportées.
Si on compare le secteur de la TI des marchés développés à celui des marchés émergents, il est intéressant de constater que les valorisations des marchés émergents ne semblent pas si différentes de leurs valorisations passées. Dans les marchés développés cependant, les valorisations ont subi une très, très grande réévaluation.
Dans le même temps, la croissance des bénéfices semble en fait actuellement assez robuste sur les marchés émergents. Sur le plan des perspectives du secteur, l’évolution qui ressort probablement réside dans l’investissement massif dans les immobilisations concernant l’IA. Il s’agit principalement des fournisseurs américains de services infonuagiques à très grande échelle, mais de plus en plus d’autres sociétés.
L’une des questions que les marchés commencent assurément à poser est de connaître le genre de rendements que ces fortes dépenses en immobilisations généreront. C’est à la sortie de DeepSeek, en janvier, c.-à-d. la version chinoise d’un modèle d’IA, qu’on a vraiment remis en question la magnitude des dépenses en immobilisations.
C’est alors que nous avons commencé à voir entrevoir une correction du marché à ce propos. Depuis lors, il est clair que les dépenses en immobilisations se poursuivront. Les marchés ont continué à soutenir l’ensemble des échanges commerciaux du secteur de la TI. On se demande toutefois si à l’avenir il ne sera pas difficile d’obtenir de très bons rendements sur ces dépenses colossales en immobilisations.
Et de se demander si les TI subiront une correction. La plus grosse inquiétude réside peut-être dans le fait que jusqu’à récemment, la majeure partie des dépenses en immobilisations dans le secteur de la TI était financée par des sociétés ayant des bilans très solides. On commence toutefois à observer un recours à l’endettement pour soutenir une grande partie de ces dépenses en immobilisations.
Nous recommandons donc une légère prudence à cet égard. Et marginalement, de transférer des fonds des TI dans d’autres secteurs qui pourraient bénéficier de toutes ces dépenses liées à IA, p. ex. les logiciels, Internet ou les services liés aux TI.
Alissa Howard : C’est entendu. Merci, M. Langham. Merci infiniment d’avoir répondu à toutes les questions posées aujourd’hui.
Phil Langham : Merci.