Soo Boo Cheah explique comment le conflit iranien a transformé le marché des titres à revenu fixe en un temps record, déplaçant les attentes de baisses de taux vers un scénario de hausses potentielles. Il expose également les raisons pour lesquelles les obligations de sociétés de catégorie investissement à court terme méritent une attention particulière en ce moment, pourquoi le Japon se démarque à l’échelle mondiale une fois le risque de change couvert, et quelles pourraient être les orientations de la Banque du Canada au cours des douze prochains mois. Dan Mitchell explique l’un des signaux les plus révélateurs du marché : le dollar américain, malgré la solidité des données économiques fondamentales, des rendements attrayants et l’indépendance énergétique, ne s’apprécie tout simplement pas comme il le devrait. Dan indique aussi où il voit des occasions, à savoir les devises résilientes des marchés émergents ainsi que les devises des pays du G10 exportateurs de marchandises, dont le dollar canadien.
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Transcription
Daniel Mitchell - Premier directeur général et premier gestionnaire de portefeuille, Titres mondiaux à revenu fixe et devises
Soo Boo Cheah - Premier directeur général et premier gestionnaire de portefeuille, Titres mondiaux à revenu fixe et devises, RBC Global Asset Management (UK) Limited
Comment les investisseurs devraient-ils gérer leur risque de change en 2026 ?
Daniel: Cela ne fait pas l’ombre d’un doute que 2026 a été une année plus difficile pour les investisseurs. Les marchés boursiers sont stimulés par un nombre réduit de sociétés technologiques, les marchés obligataires subissent de plein fouet la hausse de l’inflation et les marchés des changes naviguent dans des eaux incertaines. Les négociateurs sont tiraillés entre les répercussions à court et à long terme du conflit au Moyen-Orient. Dans tous ces marchés, une seule manchette peut faire chavirer le contexte de placement à tout moment.
Il peut s’agir d’une publication sur l’emploi, de certaines statistiques sur l’inflation ou simplement d’un message du président Trump sur les médias sociaux. De toute évidence, un contexte plus éprouvant, particulièrement pour les investisseurs autonomes, et a fortiori je crois pour les cambistes en particulier, est le comportement plus incongru du dollar américain dans nos dernières perspectives pour les placements mondiaux.
Nous avons évoqué la manière dont le dollar américain est habituellement considéré comme une monnaie refuge et du fait qu’en période d’incertitude économique et de tensions géopolitiques, le dollar aurait dû se comporter nettement mieux qu’actuellement. Quoi qu’il en soit, il est resté relativement stable dans cette étroite fourchette de 5 % tout au long du conflit, malgré les nombreux avantages des États-Unis.
Leur économie va plutôt bien, leurs taux sont plus intéressants qu’en Europe et au Japon, et les États-Unis abritent certaines des sociétés technologiques les plus novatrices au monde. Contrairement à l’Asie et à l’Europe, les États-Unis sont également autosuffisants en énergie. La guerre les affecte donc moins que d’autres économies mondiales.
Le fait que le dollar américain présente tous ces facteurs positifs sans toutefois parvenir encore à se redresser est donc un signe. Nous pensons que c’est le reflet d’un certain pessimisme sous-jacent de la part d’investisseurs prêts à intervenir et à vendre des titres qui rebondissent, et aussi de la prise en compte que la devise est surévaluée et comporte de nombreux facteurs négatifs à long terme sur lesquels nous avons attiré l’attention au cours des derniers trimestres.
Nous ne sommes pas particulièrement optimistes en ce qui concerne l’euro, le yen ou la livre sterling, mais avons des lueurs d’espoir du côté des devises des marchés émergents. Le renminbi, par exemple, s’est apprécié de 6 % au cours des douze derniers mois, alors que plusieurs autres devises des marchés émergents résistent incroyablement malgré l’incertitude qui prévaut. À titre d’exemple, les monnaies du Brésil, du Mexique, de la Hongrie et de l’Afrique du Sud ont toutes offert des rendements supérieurs à 10 % au cours des dernières années.
Ces pays présentent de solides données fondamentales, des perspectives politiques qui s’améliorent et des taux intéressants. Ils auraient aussi tout à gagner d’une dépréciation généralisée du dollar. Nous sommes donc d’avis que si cette dynamique se maintient, ces monnaies se comporteront bien au cours de l’année à venir. Dans le même ordre d’idées, les devises des pays du G10, qui sont plus cycliques et axées sur la croissance et l’exportation de marchandises suscitent également notre optimisme. Tel est le cas du dollar canadien qui, selon nos prévisions, devrait s’établir à 1,30 $ d’ici 12 mois, ce qui représente un gain au comptant de l’ordre de 7 % à 8 % au cours de cette période.
Compte tenu de la situation actuelle du marché, quelle position les investisseurs devraient-ils adopter à l’égard des obligations ?
Soo Boo: Depuis février, le marché obligataire a radicalement changé. À la suite de la hausse des prix de l’énergie résultant du conflit avec l’Iran, les attentes ont changé. On prévoit maintenant une augmentation des taux de la part des banques centrales, et non une réduction. Les taux obligataires occupent des sommets inégalés depuis des dizaines d’années dans les pays développés. Certains ont atteint un niveau datant d’avant la crise financière mondiale. Mais voici l’important dans tout ceci : des taux plus élevés des obligations d’État permettent aux investisseurs à long terme de gagner un revenu plus élevé en réduisant au minimum le risque de défaillance.
Replaçons ceci dans son contexte. Premièrement, les investisseurs ont déjà pris en compte de fortes hausses de taux et des attentes inflationnistes. L’effet de surprise s’est pratiquement résorbé. Cela donne à penser que les obligations à court terme, surtout celles à moins de cinq ans, pourraient surpasser le rendement des liquidités au cours des douze prochains mois. Deuxièmement, les investissements liés à l’IA poursuivent leur essor en profitant de l’activité économique et de l’optimisme entourant la croissance future. Résultat : les épargnants exigent une rémunération plus élevée.
Nous nous attendons également à ce que les taux obligataires demeurent élevés. Cela étant dit, méfions-nous de ce que les perspectives de croissance ne fassent pas l’objet d’un scepticisme suffisant. Troisièmement, le taux des obligations d’État est élevé, ce qui reflète le fait que les investisseurs cherchent à obtenir une rémunération du risque plus élevée en contrepartie de l’augmentation des dépenses budgétaires et de l’endettement. Nous estimons que la raideur de la pente de la courbe de rendement dans le segment des très longues échéances fasse que plus compenser les investisseurs pour ce risque.
Quatrième et dernier point : si le conflit avec l’Iran se solde par une résolution rapide, il se peut que les rendements des obligations à long terme dépassent nettement ceux des liquidités. En conclusion, d’un point de vue stratégique, nous privilégions les obligations à court terme, en particulier les obligations de sociétés de catégorie investissement. Les conditions économiques permettent aux investisseurs de gagner des revenus supplémentaires de ces titres. Sur le plan régional, c’est le Japon qui offre les rendements en revenu les plus élevés au monde, après couverture du risque de change, et les obligations japonaises sont celles qui affichent la prime de risque la plus élevée. Au Canada, nous prévoyons que la Banque du Canada augmentera les taux de 50 points de base au cours des douze prochains mois. Le taux des obligations à dix ans devrait alors atteindre 3,75 %.
Conclusion : Les obligations d’État deviennent intéressantes. Elles s’accompagnent d’un revenu plus élevé et d’une dislocation du marché obligataire mondial, qui offre de belles occasions aux investisseurs qui font fi des gros titres de la presse.