Depuis la dernière édition du Regard sur les placements mondiaux, les investisseurs ont connu un changement radical dans les perspectives de la politique monétaire mondiale et, par extension, des obligations d’État. L’augmentation des prix mondiaux de l’énergie attribuable à la guerre avec l’Iran a amené les investisseurs obligataires à escompter que les banquiers centraux privilégient des hausses de taux, au lieu d’un statu quo ou d’une baisse de ceux-ci au cours de la prochaine année. Dans de nombreux marchés mondiaux, les taux obligataires atteignent ou frôlent des sommets inégalés depuis plusieurs dizaines d’années, ce qui permet d’amortir fortement les rendements des obligations. Au cours des douze prochains mois, nous pensons que les rendements obligataires seront légèrement meilleurs que ceux des placements en liquidités à court terme. Évidemment, un dénouement plus rapide que prévu du conflit avec l’Iran et, en corollaire, une baisse des prix de l’énergie constitueraient un excellent tremplin pour les rendements des obligations. Compte tenu de la vigueur généralisée de la conjoncture économique, nous recommandons aussi de détenir des obligations de sociétés plutôt que des obligations d’État.
De fait, l’offensive des États-Unis contre l’Iran à la fin de février marque selon nous un moment de bascule où les taux obligataires sont repartis à la hausse aux quatre coins du monde (figure 1). Comme la montée de l’inflation qui a suivi la COVID-19 reste bien ancrée dans l’esprit des décideurs politiques et des citoyens, les investisseurs ont rapidement anticipé l’éventuelle nécessité pour les banques centrales de relever les taux d’intérêt. Les décideurs politiques doivent être parfaitement conscients du risque que les surcoûts actuels de l’énergie ne se propagent en entraînant des hausses de prix dans d’autres secteurs économiques sans lien avec l’énergie. C’est pourquoi les taux directeurs implicites du marché pour la fin de 2026 et 2027 ont augmenté. La différence a été très marquée pour certains marchés. Par exemple, alors qu’avant la guerre, la Réserve fédérale américaine (Fed) tablait sur au moins trois réductions d’ici la fin de 2026, les investisseurs s’attendent maintenant à ce que le Comité fédéral de l’open market (FOMC) procède à un tour de vis au cours de la même période. Ce changement à lui seul explique en grande partie pourquoi les nouvelles émissions obligataires à 30 ans du Trésor américain en novembre dernier ont chuté de près de 10 % entre la fin de février et la mi-mai.
Figure 1 : Variation des taux des obligations d’État à 10 ans depuis la fin de février
Nota : Données en date du 29 mai 2026. Source : Bloomberg
Bien entendu, ce n’est pas la seule menace d’une hausse des prix de l’énergie qui a forcé les taux obligataires à la hausse. C’est aussi le fait d’une croissance économique étonnamment solide, soutenue par les budgets à nouveau expansionnistes des gouvernements. L’effet positif sur la consommation des baisses d’impôt de la loi « Big Beautiful Bill » adoptée par l’administration Trump en 2025 devrait culminer au cours du premier semestre de cette année, à mesure que seront traités les remboursements d’impôt. Les gouvernements envisagent aussi de compenser l’incidence prévue de la hausse des prix de l’énergie sur les consommateurs en annonçant un gel des prix ou des exonérations temporaires de taxes sur le carburant. Cela devrait protéger, ou du moins retarder, les effets les plus négatifs des prix de l’énergie sur l’activité économique, dans l’espoir que le conflit avec l’Iran soit résolu rapidement. L’implantation frénétique de l’intelligence artificielle (IA) semble aussi avoir donné un coup de pouce à l’activité économique, grâce aux investissements considérables dans les dépenses en infrastructures ainsi qu’à la demande de matériaux et de main-d’œuvre. Bien qu’il soit difficile de déterminer aujourd’hui l’incidence exacte de l’IA sur les perspectives de croissance économique à long terme, force est de constater que ces entreprises effectuent des dépenses colossales, financées en partie par la vente d’obligations.
Les banques centrales offrent une autre source d’obligations, à mesure que les politiciens continuent d’assainir leurs bilans alourdis par la COVID-19. De ce fait, cela pousse les investisseurs du secteur privé à accepter d’affecter une plus grande partie de leurs capitaux aux obligations d’État qu’à d’autres actifs. Il s’ensuit logiquement que ces investisseurs devraient exiger des prix plus bas (et des taux plus élevés) en contrepartie de l’offre supplémentaire d’obligations d’État sur le marché.
Dans ce contexte, les perspectives des obligations sont manifestement plutôt sombres, peut-être d’une manière similaire au dernier épisode fortement inflationniste dans le monde où les porteurs d’obligations avaient subi d’importantes pertes. Cependant, les temps ont changé à plusieurs égards. Tout d’abord, les taux obligataires sont beaucoup plus élevés, et constituent un solide tremplin pour les rendements. Si les taux ne changent pas, les investisseurs possédant des obligations du gouvernement du Canada à dix ans devront s’attendre à des rendements d’environ 3,50 % sur un an. Même si les taux devaient monter en flèche, il y a toujours de fortes chances que les rendements surpassent ceux des liquidités. De plus, les investisseurs anticipent déjà fortement que l’inflation et les taux directeurs augmenteront, et ces attentes sont déjà intégrées dans le prix des obligations. Par conséquent, si la guerre avec l’Iran était résolue plus vite que prévu, les rendements obligataires pourraient s’améliorer de manière inopinée. De plus, l’IA a suscité une émission massive d’obligations de sociétés et propulsé les actions fortement axées sur la technologie à des sommets records, malgré l’incidence prévue de la hausse des prix de l’énergie sur les dépenses de consommation. L’IA a même accru les anticipations à l’égard de la croissance économique réelle. Les investisseurs qui ont du mal à croire dans ce scénario devraient raisonnablement s’attendre à se voir récompensés pour les obligations qu’ils détiennent à ces taux plus élevés si ce scénario ne devait pas se concrétiser. Même si notre scénario de base pour les obligations prévoit des rendements plus proches des liquidités, mais supérieurs à celles-ci, notre scénario optimiste laisse entrevoir des rendements entre 5 % et 15 % pour les porteurs d’obligations.
Sur le plan géographique, nous préférons surpondérer les marchés obligataires qui regorgent d’attentes à l’égard de la croissance économique ou de l’inflation et sous-pondérer ceux où les investisseurs sous-estiment peut-être le risque d’une croissance positive inattendue. Nous continuons de penser que le Japon et l’Allemagne, respectivement, remplissent ces critères. Nous sommes d’avis que le changement radical des perspectives budgétaires en Europe, alimenté par l’expansion des dépenses publiques en Allemagne, constitue un risque de hausse sous-estimé pour la croissance et l’inflation en Europe. Au Japon, bien que le choc de la COVID-19 sur les prix à la consommation ait indéniablement tiré la croissance des salaires de sa longue léthargie, nous pensons que le pays commence désormais à avoir du mal à générer une inflation supérieure à celle induite par la hausse des prix du pétrole et de l’alimentation, ainsi que par la dépréciation rapide du yen. En clair, l’inflation d’origine interne ou autoentretenue, une condition préalable essentielle aux hausses de taux de la Banque du Japon, s’avère plus difficile à concrétiser. Néanmoins, les investisseurs continuent d’intégrer une normalisation importante de la politique de la Banque du Japon, non seulement par des hausses du taux directeur, mais aussi par des taux obligataires à long terme très élevés. Pour les investisseurs en obligations d’État mondiales bénéficiant d’une couverture de change, les obligations d’État japonaises offrent certains des rendements les plus élevés. Nous continuons de recommander une surpondération des obligations d’État japonaises par rapport aux obligations allemandes.
Orientation des taux
États-Unis
Pour la première fois depuis 2018, le comité de la Fed chargé d’établir les taux se réunira le 17 juin sous la direction d’un nouveau président. Qu’on ne s’y trompe pas : la nomination de Kevin Warsh s’inscrit dans une philosophie conservatrice : celui-ci avait occupé le poste de gouverneur de 2006 à 2011. Voici longtemps qu’il critique la gestion du bilan de la Fed, où celle-ci a acheté d’énormes quantités d’obligations d’État américaines. De plus, il s’est dit convaincu à plusieurs reprises qu’un bilan dégraissé permettrait d’abaisser les taux directeurs. Enfin, il est persuadé que l’IA a la capacité de rendre l’économie beaucoup plus efficiente, avec en corollaire, une baisse de l’inflation. Une fois de plus, ce fil des idées porte à croire que le président de la Fed, Charles Warsh, sera un fervent partisan de la diminution des taux d’intérêt lorsqu’il prendra ses nouvelles fonctions.
Cela étant, même si M. Warsh assume la fonction de président en titre, son vote ne représente qu’une seule des douze voix qui détermineront s’il convient ou non de modifier l’orientation de la politique de la Fed. En dépit de ses convictions selon lesquelles le bilan et l’IA favoriseraient une réduction des taux d’intérêt, il pourrait avoir du mal à obtenir gain de cause sur cette seule base auprès d’autres membres du comité chargé d’établir les taux. Dans le cas d’une réduction importante du bilan, il s’agira vraisemblablement d’un projet de plusieurs années pour la Fed. En ce qui concerne l’IA, il est peu probable qu’on parvienne à avancer des preuves irréfutables de son incidence sur l’inflation dans un sens ou dans l’autre à court et à moyen terme. À notre avis, les niveaux massifs d’investissements qui sont actuellement requis devraient être d’abord inflationnistes en stimulant la demande de matières premières et de main-d’œuvre.
Il ne coule donc pas de source que les États-Unis aient besoin de taux d’intérêt plus bas au vu de l’activité économique ou de l’inflation. Même sans tenir compte des répercussions de la guerre avec l’Iran, il semble que l’inflation avait déjà commencé à s’accélérer vers la fin de l’année dernière et a continué de dépasser la cible de 2 % de la Fed. Malgré la très faible création d’emplois par l’économie, les gouverneurs et les économistes de la Fed semblent attribuer cette situation sans équivoque à une modification de la politique d’immigration adoptée par l’administration Trump plutôt qu’à un signe de malaise économique.
L’historique des votes du FOMC au cours des dernières réunions où le nombre de dissidences augmente reflète cette incertitude quant à la trajectoire appropriée de la politique monétaire (figure 2). Ces dissidences s’accompagnent d’une reconnaissance du fait qu’il sera approprié de relever les taux directeurs à un moment donné, si l’inflation continue de dépasser sa cible. De leur côté, les investisseurs ont tardé à intégrer les futures augmentations de taux de la Fed. Nous nous attendons à ce que celle-ci maintienne le statu quo au cours de la prochaine année, car les incertitudes entourant les perspectives d’inflation et du marché du travail empêchent le FOMC de trancher fermement sur la future trajectoire des taux directeurs. Par ailleurs, nous croyons que les investisseurs continueront d’exiger une prime plus élevée pour les emprunts à long terme, et nous prévoyons que le taux des obligations du Trésor américain à dix ans, actuellement à 4,44 %, atteindra 4,75 % au cours des douze prochains mois.
Figure 3 : Les écarts de taux des obligations de sociétés sont faibles
Obligations canadiennes de catégorie investissement – Indice BofA ML
Nota : En date du 29 mai 2026. Source : Bank of America Merrill Lynch
Canada
La Banque du Canada s’est montrée prudente en maintenant son taux directeur à 2,25 % depuis octobre, malgré une légère révision à la hausse de ses projections de croissance pour 2026. La banque centrale a minimisé les effets positifs de la hausse des prix de l’énergie sur l’économie tout en soulignant les préoccupations entourant l’incertitude de la politique commerciale et la faiblesse du marché du travail. Les perspectives d’inflation et de croissance économique restent très incertaines, et les résultats sont très tributaires de l’évolution de la situation au Moyen-Orient.
Si les prix du pétrole à l’échelle mondiale restent élevés pendant longtemps, il se peut que des pressions sur les coûts se généralisent à l’ensemble de l’économie, et augmentent ainsi le risque d’une inflation élevée persistante. La hausse des coûts de l’essence, du diesel et du carburéacteur a déjà incité les entreprises à répercuter ce surcoût sur plusieurs biens et services. De plus, la hausse du prix des engrais et d’éventuelles pénuries d’approvisionnement pourraient faire grimper le coût de la nourriture au fil du temps, tandis que les prix élevés du pétrole diminueront le pouvoir d’achat des ménages en réduisant le revenu disponible pour les autres dépenses.
Le gouverneur de la Banque du Canada, M. Macklem, a esquissé un cadre de politique conditionnel clair en vertu duquel l’escalade des tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis justifierait un assouplissement monétaire, tandis qu’un maintien des coûts de l’énergie à des niveaux élevés pourrait entraîner une série de hausses de taux.
L’économie canadienne fait face à de nouveaux vents contraires, à savoir les droits de douane américains et l’imprévisibilité inhérente à l’évolution des partenariats commerciaux. Ces conflits commerciaux freinent également la croissance économique des provinces, ce qui se traduira par un élargissement des déficits budgétaires et une augmentation des besoins de financement au prochain exercice.
Nous prévoyons que la Banque du Canada augmentera son taux directeur de 50 points de base pour le porter à 2,75 % au cours des douze prochains mois et que le taux des obligations d’État canadiennes à dix ans atteindra 3,75 % au cours de la même période. Les importantes dépenses d’infrastructure et de défense du gouvernement fédéral, conjuguées aux déficits provinciaux élevés, entraîneront de nouvelles émissions obligataires cette année. Nous nous attendons à ce que la courbe des taux continue de s’accentuer au Canada, sous l’effet des mesures de relance budgétaire et de l’augmentation des primes de terme.
Royaume-Uni
Le marché britannique des obligations d’État fait face à des pressions contradictoires et à d’importantes divergences sur la trajectoire à venir. Il a été marqué par une forte tension sur les taux d’avril à mi-mai, suivie d’un vif mouvement de correction. Nous nous attendons à ce que cette volatilité persiste tant que les investisseurs oscilleront entre deux scénarios extrêmes. Le camp optimiste table sur une désescalade géopolitique qui aurait pour effet de réduire les prix de l’énergie, conjuguée à une désinflation durable – comme en témoigne l’amorce d’une tendance baissière de l’indice des prix à la consommation (IPC) à 2,8 % en avril – et sur le maintien des taux par la Banque d’Angleterre, alors que le marché des taux intègre déjà 50 points de base de hausse. Le camp pessimiste signale des obstacles structurels : les préoccupations budgétaires et l’incertitude politique entourant la direction du parti travailliste au pouvoir, l’explosion des dépenses d’investissement des fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle dans le domaine de l’IA, l’augmentation des dépenses militaires et la publication de chiffres d’inflation constamment supérieurs à la cible de 2 % de la Banque d’Angleterre. Autant de facteurs qui exigent une prime de risque plus élevée pour détenir des obligations d’État.
Nous révisons notre prévision du taux directeur de la Banque d’Angleterre en tablant sur une augmentation de 50 points de base au cours de la prochaine année : le taux actuel de 3,75 % devrait donc atteindre 4,25 %. Il s’agit d’une importante révision par rapport à notre publication précédente qui prévoyait un assouplissement de 50 points de base. Nous anticipons des risques majeurs d’effets de second tour sur l’inflation et de désencrage des anticipations d’inflation à long terme. Par conséquent, nous rejoignons le camp pessimiste à l’égard des perspectives des obligations d’État du Royaume-Uni et haussons notre prévision du taux des obligations d’État du Royaume-Uni à dix ans à 5,0 % au cours de la prochaine année, soit une hausse de 50 points de base par rapport à notre prévision précédente.
Chine
Les taux des obligations chinoises restent remarquablement bas et à l’abri de la liquidation des obligations mondiales depuis notre dernière publication. Ceci reflète des perspectives démographiques sombres et une pénurie d’actifs sûrs à l’échelle nationale. Néanmoins, les premiers signaux montrent que ce bouclier risque de se fissurer progressivement. Le récent changement d’orientation de la Banque populaire de Chine, qui cible désormais les taux de financement à un jour, ne présage pas de resserrement monétaire immédiat, mais montre que la phase prolongée de liquidité « extrêmement accommodante » est en train de se modérer. Ce subtil recalibrage de politique monétaire, conjugué aux pressions inflationnistes mondiales croissantes dues au conflit avec l’Iran et aux chocs sur les prix de l’énergie, crée un contexte prudemment difficile pour une nouvelle baisse des taux.
Bien que l’orientation accommodante de la Banque populaire de Chine et la tendance du ministère des Finances à comprimer les taux obligataires apportent un soutien dans l’immédiat, le contexte de taux au plancher – où les taux des obligations à dix ans se négocient à près de 1,70 % – offre une marge limitée pour une nouvelle compression et pourrait faire l’objet d’une légère pression à la hausse à mesure que se rajustent les valorisations mondiales. Nous prévoyons une légère tendance à la hausse des taux, celui des obligations d’État à dix ans étant susceptible de dériver vers une fourchette de 1,85 % à 2,00 % au cours des prochains trimestres, à mesure que la dynamique de l’inflation mondiale se stabilisera à des niveaux élevés. Quoi qu’il en soit, les taux directeurs de la Banque populaire de Chine devraient rester inchangés au cours de notre horizon prévisionnel.
Japon
Nous restons d’avis que les obligations d’État japonaises représentent un placement intéressant pour les investisseurs à long terme. Le taux des obligations d’État japonaises à 30 ans, qui est de 3,9 % au moment de la rédaction du présent rapport, a atteint un sommet qui n’avait plus été concrétisé depuis 30 ans et surpasse les obligations d’échéance comparable au Canada et en Allemagne. Après couverture du risque de change, les obligations d’État japonaises à 30 ans offrent les taux les plus élevés (plus de 5,50 %) parmi leurs pairs des marchés développés. L’envolée des taux des obligations d’État japonaises reflète la recherche par les investisseurs d’une forte compensation face à l’inflation ainsi que les pressions budgétaires nées de la guerre avec l’Iran, alors que le gouvernement devrait émettre des obligations pour financer des subventions énergétiques. Nous restons d’avis que les taux élevés des obligations à longue échéance offrent une généreuse rémunération du risque, car nous estimons peu probable que la Banque du Japon augmente ses taux directeurs à des niveaux proches de ceux-ci sur le long terme.
Nous prévoyons que la Banque du Japon relèvera ses taux directeurs de 75 points de base au cours des douze prochains mois, les faisant passer de 0,75 % à 1,5 %, ces hausses devant avoir lieu à peu près tous les quatre mois. Bien que la Banque du Japon puisse retarder sa réaction face à la flambée des prix de l’énergie, la généralisation des pressions inflationnistes suggère qu’un rythme mesuré de resserrement monétaire est bien nécessaire. Lorsque la Banque du Japon amorcera son tour de vis, cela devrait réduire la prime de risque exigée par les investisseurs pour détenir des obligations à longue échéance ; la courbe des obligations d’État japonaises devrait s’aplatir, et les obligations japonaises surclasseront probablement celles des autres régions. À notre avis, le taux des obligations d’État japonaises à dix ans diminuera au cours de notre période de prévision et finira par s’établir à 2,50 %, contre 2,66 % au moment d’écrire ces lignes.
Zone euro
Comme le montre la figure 1, l’envolée des prix de l’énergie attribuable à la guerre avec l’Iran a eu le plus de conséquences sur les perspectives de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE). La BCE a procédé à une hausse de taux de 25 points de base le 11 juin, et les décideurs politiques devraient en annoncer deux autres d’ici la fin de l’année. Cette politique reflète l’ajustement le plus violent des anticipations de politique monétaire face au choc de l’offre d’énergie parmi les grandes banques centrales suivies dans Regard sur les placements mondiaux.
Pris isolément, un choc d’offre négatif lié à une hausse ponctuelle des prix de l’énergie ne devrait pas, selon nous, susciter une réaction aussi vigoureuse de la part des banques centrales. Au contraire, ces flambées ponctuelles des prix des matières premières induites par l’offre sont précisément le type de chocs inflationnistes sur lesquels les banques centrales devraient fermer les yeux. Cela semble être la ligne de conduite attendue pour les banquiers centraux de la Fed et de la Banque du Canada. Toutefois, le mandat unique de la BCE axé sur l’inflation implique qu’il est très difficile pour elle d’ignorer de telles poussées inflationnistes. De plus, le souvenir récent de la flambée des prix après la COVID-19, causée à la fois par un choc d’offre négatif et par d’importantes dépenses publiques, laisse penser que les décideurs politiques seront plus sensibles que d’habitude à la moindre augmentation de l’inflation au-dessus de la cible.
Nous croyons qu’un argument plus convaincant en faveur d’une hausse des taux d’intérêt en Europe provient du changement radical de perspective budgétaire survenu l’an dernier dans la principale économie de la zone euro : l’Allemagne. En dépit d’un engagement historique à augmenter les dépenses publiques, les investisseurs se sont montrés largement sceptiques quant à la capacité de cette augmentation à doper les perspectives économiques à long terme et, par conséquent, les attentes d’une hausse des taux directeurs. Nous pensons que le rajustement des taux directeurs en réponse au choc énergétique aligne plus fidèlement les anticipations du marché concernant la BCE avec ce qui s’avère approprié pour un redressement réaliste des perspectives économiques. Force est de constater que les politiciens allemands, en déployant d’importantes initiatives de dépenses publiques, ont démenti les prévisions des sceptiques, l’investissement public progressant de plus de 15 % sur un an. Outre les infrastructures publiques, il semble également probable que des engagements plus fermes envers les objectifs de dépenses militaires de l’OTAN viennent renforcer la base industrielle allemande.
Au cours des douze prochains mois, nous prévoyons que la BCE augmentera son taux directeur des dépôts d’au moins 0,25 %, pour le faire passer de 2,25 % à 2,50 %. Au cours de la même période, nous prévoyons que les taux des obligations d’État allemandes à dix ans, actuellement à 2,94 %, passeront à 3,25 %.
Obligations de sociétés canadiennes
Depuis avril 2025, le marché des obligations de sociétés canadiennes a connu plusieurs périodes de creusement des écarts (aversion pour le risque), tout en revenant chaque fois aux niveaux antérieurs (figure 3). Grâce à cette résilience, les obligations de sociétés se sont bien comportées par rapport aux obligations du gouvernement du Canada.
Figure 3 : Les écarts de taux des obligations de sociétés sont faibles
Obligations canadiennes de catégorie investissement – Indice BofA ML
Nota : En date du 29 mai 2026. Source : Bank of America Merrill Lynch
Le marché du crédit bénéficie de deux soutiens majeurs : les données fondamentales des sociétés, notamment la croissance des bénéfices, et la demande de dette des sociétés. Les marchés du crédit d’entreprise sont solidement soutenus par les bilans robustes des émetteurs. L’effet de levier (figure 4) tout comme la couverture des intérêts des entreprises de notre indice de référence se situent à des niveaux sains. Compte tenu d’une croissance économique positive et de la progression des bénéfices des entreprises, les risques de détérioration de ces ratios au cours des prochains trimestres sont limités. De quoi soutenir les écarts.
Figure 4 : Endettement des sociétés canadiennes
Nota : En date du 29 mai 2026. Sources : Bloomberg, calculs de RBC GMA
Le contexte d’investissement s’avère propice aux titres de crédit, mais cette situation est en partie contrebalancée par le fait que les écarts de taux sont proches des creux enregistrés après la crise financière mondiale – en effet, ils ont rarement été aussi serrés qu’actuellement. Par conséquent, le potentiel de rendements excédentaires par rapport à ceux des obligations d’État est faible. Si les bénéfices augmentent et que la croissance du PIB est positive, nous pensons que les écarts de taux demeureront près de leurs niveaux actuels.
Malgré le resserrement des écarts, les rendements en revenu globaux sont avantageux pour de nombreux investisseurs axés sur les taux qui s’intéressent de près aux nouvelles émissions des entreprises. Ce qui est inhabituel cette fois-ci, c’est que les rendements en revenu globaux des obligations de sociétés sont intéressants en raison du niveau des taux des obligations d’État, alors que la rémunération du risque de crédit est particulièrement dérisoire. C’est pourquoi l’allocation que nous recommandons pour les obligations de sociétés est entièrement positionnée sur la catégorie investissement et fixée dans la fourchette basse de la plage autorisée. Nous savons que les écarts se creuseront fortement si l’économie ralentit, mais à ce stade, la récession est considérée comme une issue peu probable. Le fait de privilégier les titres de catégorie investissement au lieu des titres à rendement élevé signifie aussi que nous pouvons ajouter un rendement en revenu supplémentaire au portefeuille, tout en minimisant la volatilité.
Recommandation
À l’échelle régionale, nous continuons de recommander une surpondération des obligations d’État japonaises par rapport à leurs consœurs allemandes. Nous recommandons également une surpondération des obligations de sociétés de catégorie investissement de qualité supérieure par rapport aux obligations d’État à échéance similaire, en particulier celles échéant entre 2027 et 2031.